En ce début de Tour d’Espagne, quelques coureurs ont surpris. Dans le bon sens du terme, à l’instar de Chris Horner. Ou dans le mauvais, comme le Colombien Carlos Betancur. Il n’est pas le seul, mais il était l’un des plus attendus pour titiller le trio Nibali-Valverde-Rodriguez. Il n’en sera rien…

Un programme incompréhensible

En rejoignant cet hiver la formation AG2R La Mondiale, le garçon de 23 ans poussait une porte qui lui réservait bien des surprises. Le World Tour est en tout différent de la deuxième division qu’il connaissait chez Acqua & Sapone. Pas intimidé pour autant, le natif de Bolivar a impressionné. Sur les classiques d’abord, où il termine 3e de la Flèche wallonne et 4e de Liège-Bastogne-Liège. Puis sur le Giro, qu’il courrait pour la deuxième fois seulement. Impérial en montagne, il rattrape alors le temps perdu sur les chronos, et s’invite dans le top 5 final à la surprise générale. Maillot blanc à Brescia, ce Tour d’Italie dantesque révèle aux yeux du grand public un talent en devenir. Un talent que l’on a alors déjà hâte de retrouver, notamment sur une Vuelta qui semblait lui convenir à merveille.

Mais le Colombien n’a rien fait comme les autres avant d’arriver au départ de ce Tour d’Espagne. Alors que ses concurrents ont tous repris la compétition au mois d’août – voire avant -, lui n’a pas couru, privilégiant des stages, chez lui en Colombie, pour se préparer à grimper. Entre le Giro et la Vuelta, Betancur ne compte donc aucun jour de course – contre 49 entre janvier et mai. Assez étonnant quand on connaît la difficulté à se remettre dans la compétition après une aussi longue coupure. Même Nibali avait eu du mal sur le Tour de Pologne, lâché dès les premiers kilomètres lorsque les cols s’étaient dressés. Il lui a alors fallu aller au Tour de Burgos pour retrouver ses jambes. Quand à Rafal Majka, autre garçon doublant Giro et Vuelta, il avait repris bien plus tôt, dès juillet sur le Tour d’Autriche, puis en août sur ses terres.

AG2R avait misé sur Pozzovivo

Alors, serait-ce une erreur de jeunesse de la part du jeune grimpeur d’AG2R ? Difficile à imaginer puisque le staff de Vincent Lavenu a dû suivre avec attention le programme de leur protégé. Mais force est de constater que ça n’a pas fonctionné. On peut alors s’étonner de cette expérience faîte avec le Colombien alors que dans le même temps, son coéquipier Domenico Pozzovivo, qui avait les mêmes objectifs cette saison – à savoir Giro et Vuelta notamment -, a couru les Tours de Suisse et de Pologne. Pour finalement arriver en jolie forme sur les routes hispaniques, à en juger son coup de pédale sur les premières étapes. Une stratégie quelque peu douteuse qui se révèle totalement infructueuse. Après trois jours de course, Betancur a déjà lâché près de 25 minutes et abandonné tout espoir de bien figurer au classement général.

Tout le contraire de l’Italien, très en jambe samedi vers l’Alto do Monte da Groba, et qui ne doit son retard au général qu’au mauvais chrono d’AG2R samedi dernier. Des rôles inversés par rapport au dernier Giro dont finalement la formation française semblait préparée. En effet, à regarder de plus près la liste des participants et leurs dossards, on remarque que le 11 a été attribué à Pozzovivo. Le signe habituel du leadership que beaucoup avaient jugé anecdotique, mais qui n’a pas tardé à se confirmer. Dès le chrono inaugural, Betancur a été lâché par ses coéquipiers, mais n’a été attendu par personne. Preuve que Vincent Lavenu était déjà décidé à miser sur Domenico Pozzovivo, tout de même dixième du Tour d’Italie en mai dernier. Reste donc à savoir si le Colombien sera en mesure d’aider son coéquipier, avant de réfléchir à un nouveau programme pour l’an prochain…

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