Luka Mezgec se frotte aux meilleurs sprinteurs depuis le début du Giro, une bonne alternative à Degenkolb - Photo R.P
Luka Mezgec se frotte aux meilleurs sprinteurs depuis le début du Giro, une bonne alternative à Degenkolb – Photo R.P

Assez proche de son équipe « cousine » Orica- Green Edge, la formation Argos-Shimano possède une pléiade de sprinteurs, avec en figure de proue un duo germanique étincelant composé de Marcel Kittel et John Degenkolb. Néanmoins, dès que la route s’élève, les chances de bonnes performances se réduisent aux escapades de quelques baroudeurs aguerris. Si Warren Barguil représente durablement des belles promesses, c’est à peu près tout. Toutefois, elle semble s’en contenter en axant son recrutement sur des espoirs ou des équipiers modèles, qui font plus qu’épauler les deux monstres de l’emballage final.

Luka Mezgec, contre exemple du coureur à points

Quand on dit coureur à points, on pense immédiatement aux échecs de recrutement de certaines équipes dépendantes de ces derniers. Fin 2011, Ag2r annonce avoir recruté Gregor Gazvoda et Boris Shpilevsky. Deux coureurs très méconnus du grand public, et qui doivent leur accession en World Tour qu’à leurs points UCI récoltés en division inférieure… Sportivement, ces décisions n’ont que très rarement un sens, et les coureurs en question finissent généralement par être renvoyés comme ils ont été approchés. C’est donc naturellement qu’au moment où Argos-Shimano est montée en World Tour, au vu de l’effectif, quelques coureurs entraient dans cette cétagorie. Et parmi eux figure le Slovène Luka Mezgec. Toutefois vainqueur de la Coupe de Saguenay chez les espoirs, et dominant les sprints du Tour de Qinqhai ou des 5 jours Moscovites en présence d’un plateau relativement « amateur », il était difficile d’imaginer une révélation au plus haut niveau. Or, depuis le début de la saison, Mezgec déjoue les mauvaises langues et surprend lors des sprints plutôt compliqués. La preuve est là avec son alléchant Tour de Romandie, où il resta abonné à la 4ème place derrière des spécialistes des parcours casse-pattes, tels Meersman ou Gavazzi. Par ailleurs, Mezgec fut loin d’être ridicule sur des terrains très variés. Il aura mouillé le maillot en étant un équipier solide de ses leaders sur les classiques pavées, réalisant en même temps des accessits par-ci par-là.

Dans l’ombre de ses compères Kittel et Degenkolb, et à la manière d’un Tom Veelers, il est l’équipier modèle qui commence petit à petit à prendre du galon en se montrant au grand public qui le découvre. Appartenant à la génération slovène 88 comme son compatriote Kump, il est donc une solution de rechange pour l’équipe néerlandaise, qui saisit la perche dès que les ogres teutons ont disparu de la circulation. Mezgec est logiquement devenu le nouveau sprinteur désigné de sa formation suite à l’abandon de John Degenkolb, et il saisit crânement sa chance face aux cadors du domaine. Troisième à Trévise sur un sprint sans encombres, et encore troisième aujourd’hui à Cherasco sur une étape marathon proche d’un Milan-Sanremo, le garçon a du talent et s’est débarrassé de son étiquette embarrassante. Pour le plus grand bonheur de ses directeurs sportifs, convaincus d’avoir fait le bon choix.

Des espoirs convaincants

On remarque aussi qu’au rayon, déjà complet, des espoirs, les coureurs recrutés remplissent pleinement le rôle dont on attend d’eux. Le Sud-Africain Reinardt Janse Van Rensburg est en train de confirmer progressivement ses qualités de coureur complet aperçus ces dernières années. Quant au vainqueur du Tour de l’Avenir 2012, Warren Barguil, il apprend au sein d’une formation élitiste et s’est montré sur pas mal de courses à étapes, telles que le Tour du Pays Basque ou de Turquie, et a pris la 4ème place du Tour de Cologne. Autre pépite , néerlandaise cette fois, Tom Dumoulin. Gravissant un échelon supérieur chaque saison, et s’immisçant de plus en plus lors de la bataille des contre-la-montre, il fait assurément partie des rouleurs de demain. Les deux jeunes suédois Ludvigsson et Ahlstrand ne sont point en reste, témoignant une belle et régulière combativité, et l’Autrichien Preidler démontre aussi des qualités prometteuses pour la suite sur des terrains un peu plus escarpés.

Mais l’autre véritable alternative en cas d’arrivée groupée, c’est incontestablement Nikias Arndt. Un Allemand – encore une fois ! – qui vient compléter la compagnie de l’équipe, emmenée évidemment par son duo phare. Passant a priori plutôt bien les bosses, il aura secondé à la perfection Marcel Kittel sur le Tour de Turquie, confirmant ses performances dans la catégorie des U23. C’est donc certain, Argos-Shimano n’a pas a rougir face aux critiques faciles envers la soi-disant dépendance Kittel-Degenkolb et le manque de grimpeurs. Pour sa première année en World Tour, elle possède une multitude de coureurs d’avenir que sont aussi ses leaders, prêts à surgir au top niveau d’ici deux ou trois années. Son projet est donc basé sur le long terme, et on aurait tort d’oublier ces talents, qui pourraient donner du fil à retordre aux gros bras.

Alexis Midol


 

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