Les sprints massifs ne sont pas légion sur ce Tour 2015 : depuis le départ d’Utrecht, il n’y en a eu que quatre. Mais André Greipel a su les rentabiliser, levant les bras à trois reprises. En l’absence de son compatriote Marcel Kittel, il s’est imposé comme le meilleur sprinteur du peloton, avec une sacrée marge sur ses concurrents.

Le goût du vert

André Greipel vêtu du maillot vert, avant la première semaine de ce mois de juillet, c’était du jamais vu. Même ses trois succès en 2012 ne lui avaient pas offert cet honneur. Une petite anomalie pour l’un des plus grands spécialistes de la dernière ligne droite que compte le peloton. Au milieu des Cavendish, Kittel et autres Sagan, tous vainqueurs d’étapes sur les dernières éditions de la Grande Boucle, il était le seul à n’avoir jamais porté le paletot de « meilleur sprinteur ». La faute à son incapacité à passer les bosses. De ce point de vu là, s’il n’est pas et ne sera sans doute jamais une référence, il a comblé une partie de ses lacunes, qui l’ont longtemps empêché de lever les bras au terme d’une étape n’étant pas totalement plate. Sa victoire, ce dimanche à Valence, en est la preuve : le « Gorille de Rostock » a été capable de franchir plusieurs cols, dont celui de l’Escrinet, classé en deuxième catégorie. Cette difficulté, il y a quelques années, aurait tout bonnement signifié l’éviction de Greipel.

Malgré tout, ce n’est pas encore assez pour espérer ramener le maillot vert à Paris. Si Cavendish a galéré trois ans, et que Kittel n’y est pas encore parvenu, on se doutait bien que pour le sprinteur de la Lotto-Soudal, ce serait compliqué. Sauf qu’il y avait ce nouveau barème, censé favoriser les vainqueurs d’étapes. Avec ses succès, on a cru un temps que Greipel irait titiller un Sagan toujours placé, jamais gagnant – pour le moment. Mais finalement, il l’a reconnu à Valence, il est désormais impossible pour lui d’espérer connaître le podium parisien. En même temps, avec 44 points de retard sur le Slovaque et plus qu’une seule arrivée pour sprinteurs, sur les Champs-Elysées, il s’agit plus d’un constat lucide que d’une véritable révélation. Quoi qu’il en soit, Greipel domine les sprints du Tour comme il ne l’a jamais fait. Lorsqu’il avait décroché trois bouquets en 2012, Sagan et Cavendish en avaient fait autant. Cette année, il est bien le seul sprinteur à briller. Le Britannique, vainqueur d’une étape, sauve tout juste les apparences.

Le passe de quatre ?

En ayant pris le départ avec son plus mauvais bilan comptable depuis 2011 (8 victoires depuis le début de saison), André Greipel avait de quoi nourrir quelques incertitudes. Son compatriote Degenkolb, remplaçant de grand luxe de Kittel, aurait pu l’empêcher de briller. Comme Cavendish, s’il avait retrouvé ses jambes d’il y a quelques étés. Mais plus puissant et mieux emmené que tout le monde, le Gorille n’a pas vraiment laissé de place à des concurrents largement dépassés. Quatre sprints disputés, trois victoires et une deuxième place, le ratio est prometteur. Et il pourrait encore s’améliorer sur les Champs-Elysées. Face au Cav’, qui avait fait de l’arrivée parisienne son lieu de prédilection entre 2008 et 2012, il y aura forcément duel. Tous les deux, s’ils n’avaient dû choisir qu’une étape, ça aurait été celle-là. Mais sur la dynamique actuelle, Greipel aura un avantage considérable pour prendre la succession de Kittel, vainqueur ces deux dernières années sur la plus grande avenue du monde.

S’il venait à convertir cette ultime opportunité pour sprinteurs, Greipel s’adjugerait un quatrième bouquet en trois semaines. Un score qu’il n’a jamais atteint sur le Tour, et qui lui permettrait notamment de faire aussi bien que Kittel en 2014. Une performance qui aurait sans doute un goût de revanche pour celui qui a toujours été considéré comme « le second ». Barré par Cavendish chez HTC, puis rapidement annoncé comme dépassé dans la hiérarchie allemande par Kittel, le double champion d’Allemagne n’a pas toujours la reconnaissance qu’il mérite. Mais après avoir écrasé les sprints de ce Tour 2015, il sera impossible de ne pas le placer tout en haut de l’affiche. Cavendish redescendu de son piedestal, Degenkolb, Sagan et Kristoff pas assez puissants sur des sprints plats, il ne resterait donc plus que le beau blond de la Giant pour concurrencer Greipel. Et à 33 ans, être l’un des deux meilleurs sprinteurs du monde, c’est quand même assez fort pour qu’on reconnaisse enfin Greipel à sa juste valeur.

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