Le quotidien de Kévin Sireau est compliqué, mais le Français ne perd pas espoir, et pense à Rio
Interview
9 novembre 2013
Par  Robin Watt 

Sireau : « Aller chercher cette médaille d’or »

Par équipes, il est double champion du monde et double médaillé d’argent olympique de vitesse. En individuel, il est vice-champion du monde de vitesse et recordman du monde du 200 mètres lancés. Et ce ne sont là que ses principaux faits d’armes. Kévin Sireau, 26 ans, est l’un des tous meilleurs pistards de la planète. Pourtant, le Français galère, comme beaucoup dans le milieu. Les sponsors, les entraineurs, rien ne semble pouvoir durer éternellement, et les performances sportives ne suffissent même plus à faire vivre le natif de Châteauroux correctement. Malgré tout, le garçon garde espoir, et se confie à la Chronique du Vélo. Depuis un an, il en a bavé, aurait pu tout laissé tomber. Mais il a persévéré, se sent aujourd’hui beaucoup mieux, et n’a qu’un objectif en tête : les Jeux de Rio, à l’été 2016. Entretien grand format.

Pour commencer, le week-end dernier vous étiez à Manchester pour une manche de Coupe du Monde. Vous avez terminé très mal classé, que s’est-il passé ?

Tout simplement, j’ai eu une baisse de forme… Je n’ai pas fait un bon temps en qualification, ce qui m’a classé dans les derniers… Pourtant j’arrivais à faire de très bons temps en vitesse par équipes deux jours avant.

C’est une période sportivement compliquée pour vous, avec les Championnats d’Europe aux Pays-Bas, où vous espériez décrocher un meilleur résultat. Comment le vivez-vous ?

C’est difficile, c’est sûr, mais je ne perds pas espoir. Ca fait maintenant un an que j’ai galéré pour m’entrainer après les Jeux Olympiques, et ça fait seulement depuis début septembre que je suis à l’INSEP. Maintenant il faut le temps de remettre tout en route après avoir réintégré un groupe et trouvé un nouvel entraineur…

Justement, ce retour des JO, avec une médaille d’argent mais un environnement chamboulé avec le départ de votre entraineur Benoit Vêtu, ça a du vous perturber…

Oui c’est vrai que mon ancien entraineur est partit du jour au lendemain, j’ai dû m’entrainer seul jusqu’au mois de juin, et c’était très dur. Donc j’ai pris l’initiative de partir m’entrainer au centre mondial de l’UCI de juin à début septembre, en accord avec le président de la fédération et le DTN. En Suisse, j’ai pu m’entrainer avec M. Klarsfeld pour reprendre un peu du poil de la bête. Et depuis septembre donc, je suis de nouveau à l’INSEP, et je m’entraîne avec Justin Grace.

Il y a un an, malgré un stage à l’INSEP, vous aviez décidé de rester à Hyères, même sans entraineur. Cette fois, vous n’aviez plus le choix ?

C’est vrai que l’année dernière je voulais essayer de forcer le destin en restant dans le Var pour m’entrainer. Mais aucune des personnes que j’ai contacté, que ce soit le DTN, la ville de Hyères ou le vélodrome, n’avaient en projet d’essayer de conserver un centre d’entrainement, donc tant pis pour eux. Ils se retrouvent avec une piste quasi-vide, et il a bien fallu que j’aille m’entrainer. Ca a été compliqué à un moment avec le départ de Florian Rousseau, puisque même à l’INSEP il n’y avait plus d’entraineurs, mais désormais avec Justin Grace, tout va bien.

Quand vous étiez seul à Hyères, vous aviez dit que vous ne pouviez pas vous entrainer pour les départs arrêtés. A ce moment là, la fédération vous-a-t-elle aidé ?

Non, justement… Il y a eu le départ de Benoit, celui de Florian aussi, et personne n’a pu me venir en aide pour que je continue de m’entrainer à Hyères. Mais maintenant que je suis à l’INSEP tout roule à merveille. C’est vrai que c’est une piste un peu petite mais des champions du monde y ont déjà été formés, donc elle est tout à fait correcte et le travail y est réalisable. Et puis au mois de janvier de toute façon, on intègrera la structure de Saint-Quentin-en-Yvelines, sur une belle piste. Donc ça va continuer à évoluer, il y a un nouvel entraineur plein de projets, le DTN va dans le même sens, donc je pense qu’on est sur le bon chemin.

Malgré tout, la piste française a vécu une année galère alors que c’est une des meilleures nations dans la discipline, et vous l’un des meilleurs spécialistes. C’est surréaliste, non ?

Oui, c’est sûr… Quand on a des médailles au niveau olympique, c’est dommage d’être en quelque sorte abandonnés. Mais la fédération ne peut pas gérer les départs des entraineurs, qui ne sont pas censés partir du jour du lendemain… C’était difficile pour tout le monde. Alors on a fait comme on a pu et maintenant tout va bien, on est reparti. Les Jeux sont en 2016, donc on a le temps de repréparer le groupe et d’aller chercher cette médaille d’or.

La situation difficile de la piste s’étend-elle aux autres nations, ou est-ce un problème uniquement français ?

Non on n’est pas la seule nation à avoir des problèmes pour s’entrainer. On est l’une des meilleures nations mais par exemple, les Allemands n’ont pas vraiment de structure adéquat, la Nouvelle-Zélande également, et eux aussi ont subi un départ d’entraineur qui a été difficile. Tout le monde a ses problèmes, et il faut s’adapter.

On le répète donc, vous êtes l’un des meilleurs pistards du monde, votre palmarès est impressionnant et vous n’avez que 26 ans. Donc pour vous, il faut penser à l’avenir et oublier cette année galère ?

Oui tout à fait, si je me focalise sur les temps que je n’ai pas fait et sur l’année que j’ai passé à galérer, on ne s’en sort pas. Il faut penser à aller chercher la médaille d’or à Rio en vitesse par équipes, et essayer d’aller faire un podium en individuelle, ou au moins de me qualifier. C’est comme ça que j’avance, si j’arrête d’avoir ces rêves là, j’arrête le vélo tout simplement.

En mars dernier, François Pervis nous disait qu’il avait rencontré, avec Grégory Baugé et Michael D’Almeida, le président réélu de la FFC, David Lappartient, quelques semaines après le départ de Florian Rousseau. Est-ce que cela a servi à quelque chose ?

A vrai dire moi aussi j’ai eu une réunion avec l’ancienne DTN Isabelle Gautheron à la suite du départ de Benoit Vêtu, et j’ai eu également plusieurs contacts avec David Lappartient, mais ça a été dur pour tout le monde. Ca n’a pas forcément avancé parce que lui non plus ne pouvait pas tout gérer, entre les entraineurs et le DTN, mais c’était vraiment pas évident…

Revenons un peu sur votre passé plus ancien, avec votre révélation en 2006 sur la scène nationale, et votre confirmation en 2008 sur la scène internationale. Votre vie a changé à ce moment là ?

Oui, le tremplin était vraiment là. En 2008, j’étais leader de Coupe du Monde en vitesse individuelle, j’ai été cherché une deuxième place derrière Chris Hoy aux Mondiaux pour ma première sélection. Et puis par équipes, on a décroché l’or mondial et l’argent olympique. Donc oui c’est vraiment cette année là qui m’a apporter ma notoriété.

Aujourd’hui vous dites donc que tout va bien à l’INSEP, mais il y a quelques mois vous avez aussi dû faire face à l’arrêt de votre sponsor Cofidis. Tout est rentré dans l’ordre également à ce niveau là ?

Non pas du tout, je suis dans le même cas, c’est même de pire en pire. J’ai toujours autant de difficulté à relier les deux bouts, mais je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour m’en sortir… J’ai ma femme qui est là pour m’aider à subvenir à nos besoins de vie de couple, et voilà…

Heureusement à l’INSEP, vous avez retrouvé un groupe et des gens autour de vous, on imagine que ça a compté dans votre choix.

Oui c’est vraiment quelque chose qui me permet de remonter la pente : avoir un groupe, des gens motivés autour de soi et des collègues d’entrainement qui vous permettent d’évoluer, car seul ce n’est pas possible ! Donc c’est vraiment un bon point pour retrouver le niveau que j’avais auparavant.

Vous avez aussi parlé d’un prochain cap important avec le déménagement à Saint-Quentin-en-Yvelines. C’est, avec les Jeux Olympiques de Rio, l’évènement important des prochaines années ?

Tout à fait, le déménagement à Saint-Quentin-en-Yvelines va être important. Il y aura une nouvelle structure d’entrainement, un projet fédéral… Ca va être un grand changement, mais un bon. Après il y aura bien sûr les Championnats du Monde chaque année jusqu’aux Jeux Olympiques à l’été 2016.

Pour terminer, comment voyez-vous l’avenir de la piste française, et enfin, le votre ?

Les coureurs, on est toujours en train de chercher des aides pour vivre. Ce n’est pas un sport qui nous fait réellement vivre, il faut l’avouer. Mais c’est notre passion et notre rêve, alors on est toujours là pour assurer les médailles mondiales et olympiques, même si c’est difficile pour tout le monde. Malgré tout, ça à l’air d’aller dans le bon sens avec un DTN et un entraineur qui ont la même volonté de progresser, donc on garde confiance. On va voir avec du sang neuf ce que ça donne. Enfin, me concernant, je pense continuer encore le vélo je ne sais pour combien de temps. Disons tant que ça compte marcher. Les Jeux ne seront pas une date butoir.

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