Sur les pavés du Tour des Flandres, Fiorenzo Magni était le roi : en 1951, il s'est imposé avec plus de cinq minutes d'avance sur son dauphin.
1 avril 2016
Par  Robin Watt 

Magni, seul dans la légende du Ronde

Fiorenzo Magni est à lui seul un concentré d’histoire et d’anecdotes. Ce Tour de France 1950 abandonné maillot jaune sur le dos, suite à la décision du sélectionneur Alfredo Binda, ou ce Giro 1956 lors duquel, la clavicule cassée, l’Italien tirait sur son guidon par l’intermédiaire d’une chambre à air qu’il serrait à la force de ses dents, ont fait sa légende. Et puis, au milieu de tout ça, il y a un triplé sur le Tour des Flandres : 1949, 1950, 1951. Trois victoires d’affilée, il est le seul à l’avoir fait dans l’histoire du Ronde.

Un étranger accepté

Magni courait à l’époque où les cadors du peloton pouvaient encore gagner à la fois sur les classiques flandriennes et sur les grands tours. Du coup, le natif de Vaiano, en Toscane, ne s’est pas fait prier pour accumuler les succès. S’il n’a jamais pu bénéficier de la même reconnaissance que ses compatriotes Fausto Coppi et Gino Bartali – la faute, en partie, à ses déviances fascistes durant la seconde guerre mondiale -, Magni a été adopté et presque idolâtré un peu plus au Nord, en Belgique. Notamment parce que son triplé sur le Tour des Flandres a marqué les esprits. A l’époque, les Italiens se désintéressent complètement de cette course, préférant jeter leur dévolu sur le Giro, Milan-Sanremo, le Tour de Lombardie voire les ardennaises. Tout sauf les courses pavées, en somme. Magni, lui, est l’un des rares à faire les déplacements jusqu’au pays, déjà, de quelques légendes comme Achiel Buysse ou Rik Van Steenbergen. Et en 1949, il est seulement le deuxième étranger – après le Suisse Henri Suter en 1923 – à remporter le Ronde.

Une édition que le transalpin aurait pu ne pas disputer. A quelques jours du départ, il se rend à Bruxelles, puis à Gand, en trimbalant son vélo dans le train. Par chance, il tombe sur un hôtel dirigé par Cesar Debaets, ancien cycliste professionnel belge, qui lui trouve une chambre pour la nuit alors que Magni n’avait rien prévu, rien réservé. Et comme la réussite était en cette année 1949 du côté de l’Italien, il trouve un mécanicien au sein de l’hôtel. « Un grand homme », dira quelques années plus tard le Toscan. En effet, cet inconnu se poste le jour de la course juste après le Mur de Grammont, et donne à Magni un bidon rempli de thé bien chaud. Une bénédiction au moment où se joue la course ! Celui qui est alors pensionnaire de l’équipe Willier Triestina s’en va donc décrocher un Tour des Flandres que les Belges n’oublieront pas. L’année suivante, quand il repasse dans la mythique difficulté du Ronde, il est acclamé. Les spectateurs crient en français : « C’est le même que l’année dernière ! » Le principal intéressé confiera plus tard que ces mots lui ont donné des ailes.

La naissance du « Lion des Flandres »

La suite, c’est donc une nouvelle victoire, en 1950, puis une troisième, l’année suivante. Dans des conditions exécrables, qui voient la grêle se mêler à la pluie et au vent. Fiorenzo Magni a 30 ans, et il est à l’apogée de sa carrière. Un journaliste italien lui trouve alors un surnom : le Lion des Flandres. « J’aime ce surnom. Non seulement pour le lion, mais aussi pour les Flandres », soulignera Magni. En trois ans, il a mis tous les Belges à ses pieds, de Van Steenbergen à Schotte en passant par Impanis. C’est un Italien qui domine donc les pavés. Il explique : « J’ai vite découvert que j’aurais pu être flamand. Les pavés, c’était pour moi. C’était comme si je roulais sur l’asphalte. Dès que je voyais des pavés, j’attaquais. » C’est ce caractère d’attaquant qui le mena à la victoire trois années de suite. Ce qui ne peut pas être dû au hasard. « La première fois, cela peut être un coup de chance. La deuxième fois, c’est plus improbable, et la troisième, c’est impossible », lancera « l’autre Campionissimo. »

Ces trois succès, pour Magni, représentent la perfection en tant que cycliste. Car gagner en Belgique face à des coureurs belges, il n’y avait pour lui rien de plus grand. « C’était incroyable. Aujourd’hui encore, je me dis que quelqu’un d’autre a gagné. Mais non, c’est bien moi », se plaisait-il à raconter jusqu’à il y a encore quelques années. Car désormais, Fiorenzo Magni ne fait plus partie de ce monde. A 91 ans, il a opté en octobre 2012 pour une ultime échappée. Une de celles qui ne sont jamais reprises… Malgré tout, son exploit – et son record – restera à jamais dans l’histoire. D’autant qu’à l’heure actuelle, il ne semble pas en danger. Et même si Magni affirmait que les records sont faits pour être battus, et qu’il ne serait absolument pas vexé de voir un coureur actuel faire mieux que lui, il faut encore trouver un homme aimant autant que l’Italien une course qui a tout pour être détestée. Parce que gagner le Tour des Flandres est déjà un exploit en soi. Et c’est finalement Magni qui en parlait le mieux : « Pour réussir sur le Ronde, il faut un caractère spécial. » Vraiment spécial.

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