Sans jamais être mis en danger lors de la vitesse individuelle, Jason Kenny est allé jusqu'au titre olympique : son deuxième dans la discipline - Photo Rio 2016
15 août 2016
Par  Robin Watt 

Kenny, champion de l’ombre

Il est un coureur olympique. Un pistard capable de se faire discret pendant quatre ans pour faire le travail et décrocher l’or sur la course la plus importante qui soit, celle des Jeux. Dimanche soir, il n’a donc pas manqué son rendez-vous : il a conservé son titre de champion olympique en vitesse individuelle. Sans jamais paraître en danger.

Au niveau de Wiggo, plus très loin de Hoy

La vitesse par équipes avait presque été une formalité pour les Britanniques, et déjà Jason Kenny était entré dans l’histoire. Il est en effet devenu le premier athlète de son sport sacré trois fois dans la discipline (après 2008 et 2012). Puis, comme il y a quatre ans à Londres, il a fait le doublé avec la vitesse individuelle. Dans une finale un peu spéciale qui l’opposait à son coéquipier et ami Callum Skinner, il n’a pas fait de détail. Il avait rendez-vous avec sa légende, celle qui devait faire de lui le deuxième homme après Jens Fiedler à conserver son titre dans l’épreuve reine. Mais surtout, avec cinq médailles d’or aux Jeux Olympiques, il a égalé Bradley Wiggins, et s’est rapproché de la référence Chris Hoy, sacrée à six reprises. Le discret Jason, 28 ans, s’est donc fait une place de choix dans la hiérarchie des champions britanniques, même s’il n’a pas l’aura et le charisme de ses prédécesseurs. Dimanche soir, il a célébré son titre avec sobriété, arborant simplement un drapeau de l’Union Jack un peu trop grand pour être complètement déployé.

Mais cette discrétion par rapport à d’autres champions parfois facétieux, Kenny s’en accommode. Quelques semaines avant de s’envoler pour Rio, il s’était attardé sur sa situation : « J’adorerais être mieux payé, mais si les gens ne veulent pas me sponsoriser, c’est comme ça… J’ai appris à l’accepter, nous sommes tous en concurrence avec de beaux athlètes, vos Tom Daley (un plongeur britannique) et les autres. Et je ne pourrai jamais rivaliser avec eux d’un point de vue marketing. » L’enfant de Bolton, à l’est de l’Angleterre, en a remis une couche après ses nouveaux titres olympiques. « Tout simplement, je ne suis pas très vendeur. J’ai appris à l’accepter. J’aime bien le fait de rester discret », assure-t-il. La célébrité, en fait, représente tout le contraire de ce qu’il recherche. A Rio, il est d’ailleurs ravi de la partager avec sa compagne Laura Trott, elle aussi spécialiste de la piste. Comme si son statut lui pesait. Kenny, c’est donc l’antithèse d’un Wiggins que les médias traquent quotidiennement, et encore davantage pendant une olympiade.

Rendez-vous dans quatre ans

Pourtant, malgré ce qui pourrait passer pour un manque de reconnaissance, « JK » continue de faire des Jeux le rendez-vous de sa vie. Et comme Chris Hoy avant lui, il ne fait jamais de razzia sur les Championnats du Monde. En vitesse individuelle, il ne s’est offert le maillot arc-en-ciel qu’en 2011 et 2016. Une philosophie toute britannique, que l’on retrouve partout ailleurs. En vitesse par équipes, jamais les trios de Pékin, Londres ou Rio ne se sont offerts des titres mondiaux. C’est une des raisons pour lesquelles tous les quatre ans, leurs adversaires – et surtout la France – semblent tomber des nues face à l’écart qui sépare la « Team GB » du reste du monde. Mais le choix est assumé. Et aujourd’hui, malgré une personnalité intrigante et une exposition médiatique limitée, Jason Kenny fait partie des plus grands pistards de l’histoire. A seulement 28 ans, et avec l’opportunité de rêver à d’autres médailles en 2020, à Tokyo. Parce que d’ici là, on peut en être certains, il travaillera dans l’ombre et la discrétion pour devenir meilleur, et ne révéler ses cartes que le jour où l’or olympique sera de nouveau en jeu.

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