Sur le dernier Tour de France, Nicolas Roche a participé à la victoire finale de Chris Froome - Photo Mathilde L'Azou
8 mars 2016

Roche, gregario d’élite

Gregario, lieutenant, équipier de luxe… Les manières de qualifier Nicolas Roche et son rôle chez Sky sont nombreuses. Ancien leader d’AG2R, l’Irlandais a choisi de se lancer dans une nouvelle carrière en 2013, lors de sa signature chez Saxo-Bank, l’équipe d’Alberto Contador. Son « travail » ? Emmener son leader le plus loin possible, prendre le vent à sa place, monter les bidons, offrir sa sueur, sa force, son talent à une entité supérieure : l’équipe.

Un choix de carrière assumé

« Mon rôle d’équipier ne me frustre pas, je suis un professionnel et c’est mon travail. » Nicolas Roche a la voix ferme, il ne doute pas de son importance primordiale au sein du Team Sky. « Il sait que dans les grosses équipes, les ambitions sont plus hautes et qu’il ne peut plus être le leader. C’est un vrai choix de carrière, assure son directeur sportif Nicolas Portal. C’est la même chose pour des coureurs comme Kreuziger. Ils sont capables de terminer dans le top 5 de grands tours mais quand il y a un Froome, un Contador ou un Nibali, il faut travailler pour eux. » En 2013, quand Roche fait le choix de rejoindre la Saxo, il est autant question de relancer sa carrière que de s’essayer à un nouveau rôle auprès d’Alberto Contador. L’Irlandais, qui avait explosé en 2010 avec une sixième place sur la Vuelta, n’arrive pas à franchir le cap pour être un très grand leader. Douzième sur le Tour et la Vuelta en 2012, il ne progresse plus dans l’écurie française. Alors il change son fusil d’épaule. Chasser les accessits n’est plus à l’ordre du jour. Il faut amener le Pistolero à la victoire en juillet.

La mission est manquée, Contador bute sur Froome. Mais Nicolas Roche réussit sa fin de saison en terminant cinquième de la Clasica San Sebastian puis du général de la Vuelta. De quoi postuler à un nouveau rôle de coureur protégé. Mais il prend encore le contrepied en 2014 en rejoignant l’armada la plus puissante du peloton : la Sky. Avec Wiggins, Froome, Porte ou Thomas dans l’équipe, difficile d’avoir des ambitions personnelles. « Sky regroupe les meilleurs coureurs pour en aider un encore plus fort. Je n’ai donc aucun problème à travailler pour Froome ou Thomas », rassure l’équipier modèle. Même si son leader rate la finition ? « Nicolas peut avoir fait un très bon boulot et derrière Chris se rate, tempère Portal. Mais il a de l’expérience et sait dissocier les deux. D’ailleurs, ce sont plutôt les leaders qui se mettent la pression quand l’équipe fait un super boulot. »

Ce sens du sacrifice qui caractérise aujourd’hui Nicolas Roche ne l’empêche toutefois pas de briller individuellement. Comme à la Saxo, l’Irlandais sait profiter à plein des quelques cartouches qu’il obtient. « Je n’ai pas dit mon dernier mot, clame-t-il. Ce n’est pas par ce que je donne des coups de mains aux autres sur la plupart des courses que je suis résigné à ne pas me montrer à d’autres moments. » Sur la dernière Vuelta, le Francilien de naissance est allé chercher une victoire d’étape qui a presque sauvé sa saison. Car il le sait, dans une grosse équipe comme la Sky, gagner est primordial. Même lorsqu’on est un lieutenant. « Il peut parfois avoir carte blanche. C’est important pour des coureurs comme lui d’avoir des ambitions personnelles car ce sont des gagneurs, met en avant Portal. Ce sont de super équipiers mais aussi d’anciens leaders, il ne faut pas l’oublier. » Les opportunités se font malgré tout de plus en plus rares, et difficiles à saisir. Nicolas Roche n’a pas terminé la moindre course par étape World Tour dans le top 20 la saison dernière.

Confiance, communication et complicité

De Contador à Thomas en passant par Froome ou Porte, Nicolas Roche a déjà servi plusieurs leaders d’envergure. Pour lui, la relation avec son subordonnant  est importante. « Outre la confiance, il faut aussi une certaine complicité qui permet d’aller un tout petit peu plus loin dans l’effort. Inconsciemment c’est plus facile d’être à 110% pour quelqu’un qu’on apprécie », reconnait-il. Mais la force de Nicolas Roche réside aussi dans sa capacité à être entendu. « Il est très écouté, de par son histoire, de par son père mais aussi car il parle très bien anglais, français, espagnol et italien. Dans le peloton il est incroyablement utile pour dialoguer », assure Nicolas Portal. Il représente l’huile dans les rouages de la machine Sky. « C’est vrai que je suis un peu le médiateur de l’équipe, je joue souvent au traducteur », s’amuse le principal intéressé. Un rôle crucial dans un sport ou l’aléatoire garde une place importante. « La communication est incontournable. Si j’ai un coup de moins bien et qu’un coéquipier se sent plus fort c’est à lui de faire le travail qui m’est incombé, explique Roche. Ça ne se prévoit pas à l’avance. »

Chose plutôt rare dans le peloton professionnel, Nicolas Roche roule au quotidien avec ceux qu’il accompagne tout au long de l’année. « Chris ou Geraint, ce sont des amis en plus d’être des coéquipiers. On habite à un kilomètre les uns des autres donc on s’entraîne quasiment tous les jours ensemble. » Une entente qui fonctionne bien au vu du bilan éloquent de l’Irlandais depuis son arrivée chez Sky. L’an passé, lorsque Richie Porte a remporté Paris Nice et le Tour de Catalogne, il était là. Et quand Froome a dominé le Tour d’Andalousie, le Dauphiné et le Tour de France, il faisait aussi partie de l’équipe gagnante. Chez Tinkoff, ancien employeur de Roche, on affirme ne pas regretter sa présence. « On a de très bons équipiers, on n’a pas besoin de Nicolas Roche », lâche volontiers Oleg Tinkov. Mais difficile de ne pas donner de crédit à celui qui, aujourd’hui, est clairement la voute de l’édifice Sky.

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1 Commentaire sur "Roche, gregario d’élite"

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rolfsorensen
rolfsorensen

Un bon coureur qui connaît ses limites et les a très bien acceptées. Un rôle de l’ombre idéal pour une fin de carrière en pente douce.