Quinze participations, onze fois dans les dix et même cinq fois sur la boîte. Mais une seule victoire. C’est le bilan d’Alejandro Valverde sur les épreuves de trois semaines, toujours ambitieux, rarement aussi haut dans le classement que son talent ne pourrait le lui permettre. Et sur la Vuelta 2014, qu’en sera-t-il ? Peut-il aller décrocher son deuxième succès, qu’il attend depuis cinq ans ?

Pourquoi il gagnera la Vuelta

C’est une épreuve qu’il connaît par cœur. Huit fois, Balaverde a pris le départ de son Tour national, et rarement – pour ne pas dire jamais – il ne s’est raté. En 2002, pour sa première à 22 ans, il avait abandonné. Depuis, il n’est jamais sorti du top 5, a connu le podium et les maillots distinctifs à de multiples reprises et a même atteint l’apogée de sa carrière, en 2009, avec ce succès tant attendu. Ces deux dernières années, le Murcian a d’ailleurs tutoyé les sommets, au cœur d’une bataille épique avec Contador et Rodriguez en 2012, et en embuscade derrière le duo Horner-Nibali à la fin de l’été dernier. Alors si Valverde doit regagner un grand tour, chose après laquelle il court depuis plusieurs années, ça ne fait aucun doute que ce sera la Vuelta. Ce grand tour clairement fait pour les grimpeurs-puncheurs dans son style plus que pour les purs grimpeurs est le seul qui puisse encore lui convenir au point d’espérer la victoire finale.

Sa motivation est décuplée. A 34 ans, Valverde dispute peut-être l’un de ses derniers grands tours, ou au moins l’un de ses ultimes Tours d’Espagne. Si son âge lui confère moultes inconvénients par rapport à la concurrence, cela peut aussi s’avérer être une nouvelle source de motivation pour aller chercher un dernier grand succès sur « ses » routes. Alors bien sûr, avec l’Imbatido, on a l’impression de dire ça chaque année, et pourtant, il vient de décrocher son meilleur résultat sur le Tour de France. Donc sait-on jamais, peut-être sera-t-il encore plus fort dans un an, ou dans deux. Mais à cet âge là, tout ça relève un peu du hasard, de la chance. Il faudra éviter les blessures, les maladies, conserver des résultats corrects pour garder un contrat chez Movistar et une légitimité assez forte pour être désigné leader. Ca fait quand même beaucoup de facteurs difficiles à maîtriser pour se reposer dessus, et courir cette Vuelta comme si c’était la dernière. Et si c’était ça, la clé du succès ?

Pourquoi il ne gagnera pas la Vuelta

Il n’est plus assez grimpeur. Que Valverde soit puncheur, ça ne fait aucun doute, sa victoire sur la Flèche wallonne au printemps dernier, ou sur la Clasica San Sebastian fin juillet, sont de réelles preuves. Mais qu’il soit un vrai grimpeur, on peut avoir des doutes… En 2009, année de son sacre sur la Vuelta, il avait surtout remporté le Tour de Catalogne et le Dauphiné, se faisant au contraire bien plus discret sur les classiques. Parce qu’il est finalement très difficile d’être performant à la fois sur de courtes bosses comme sur le triptyque ardennais et sur les très longues ascensions parfois régulièrement au programme de la Vuelta, comme les Lagos de Covadonga, prévus pour cette édition 2014. Parce que si le dernier grand tour de l’année est celui qui convient le mieux aux puncheurs, les vrais écarts se font dans la haute montagne. De quoi expliquer les échecs réguliers de coureurs comme Rodriguez ou Valverde face à un Contador notamment.

Parce qu’il enchaîne Tour-Vuelta. Disputer deux grands tours de suite est quelque chose de plus en plus difficile dans le cyclisme moderne. Le doublé Giro-Tour n’a plus été réalisé depuis 1998 et Marco Pantani, alors que le doublé Tour-Vuelta n’a jamais été accompli depuis que ce dernier est positionné à la fin de l’été, depuis 1995. Parce que rivaliser avec un coureur ayant tout misé sur un grand tour quand on en a déjà un dans les pattes, c’est presque impossible. Alors bien sûr, si le premier est disputé sans ambition au classement général, tout reste possible. Valverde avait d’ailleurs terminé deuxième de la Vuelta en 2012 après avoir couru discrètement le Tour de France quelques semaines plus tôt, complètement hors du coup au général. Et l’an passé, son top 10 sur la Grande Boucle conjugué à son podium espagnol était presque un exploit. Mais cette fois, après avoir lutté pour le podium – et finalement terminé quatrième – en juillet, on l’imagine mal rivaliser avec un Quintana tout frais.

Il y a la présence de Quintana. Le Colombien, justement, sera un sacré inconvénient pour le coureur espagnol. Si il y a deux ans, dans la bataille pour la victoire, il avait pu compter sur lui comme lieutenant, il n’en sera rien cette fois. Après son Giro remporté, Nairo Quintana a récupéré et s’avancera au départ de Xérez plus frais que tous ses concurrents – Froome, Rodriguez, Valverde, Contador. Sa saison se déroule pour l’instant sans aucun accroc, et il espère bien la prolonger. Et chez Movistar, on ne pourra pas perdre de temps à définir le leadership pour battre une concurrence avisée, ce qui devrait profiter à Quintana plutôt qu’au plus que trentenaire Valverde. En effet, le Colombien s’impose de plus en plus comme le patron sur trois semaines, et l’Espagnol ne semble plus en mesure de lui contester ce statut. Tout le monde en est conscient, même Valverde, à n’en pas douter.

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