En devançant presque aisément au sprint Valverde et Kwiatkowski, Gerrans décroche la Doyenne - Photo Belga
27 avril 2014
Par  Robin Watt 

Une victoire à la Gerrans

Il y a quelques jours, nous soulignions l’ennui général qui régnait devant les ardennaises que sont l’Amstel et la Flèche. On vantait cependant – sans doute par optimisme – un scénario différent pour Liège-Bastogne-Liège. Mais finalement, les coureurs ont réussi à rendre la Doyenne aussi efficace qu’un somnifère. Alors en spécialiste et surtout en opportuniste, Gerrans est sorti du bois pour s’imposer. Bien joué à lui, mais on s’est ennuyé sec…

Un attentisme frustrant

A mesure que le final approchait, on commençait à s’en douter. Parce que Gerrans est un spécialiste de ces longues journées où il ne pointe jamais le bout de son nez avant les 300 derniers mètres. Entouré d’une grosse équipe Orica-GreenEdge, il a donc pu passer les 260 premiers kilomètres très tranquillement, pour ne montrer son maillot de champion d’Australie que dans la côte d’Ans. Une tactique adaptée à ses qualités et qui a fabuleusement porté ses fruits. On ne peut alors que féliciter l’Aussie, qui a ainsi fait la nique aux grands favoris annoncés qu’étaient surtout Gilbert et Valverde. Cependant, eux ont clairement des choses à se reprocher. Car le parcours devait leur offrir un terrain d’expression idéal pour se livrer une bataille attendue. Alors bien sûr, on n’attendait pas qu’ils s’envolent dès la trilogie (l’enchaînement Wanne – Stockeu – Haute-Levée), mais les côtes suivantes étaient annoncées comme le théâtre du combat.

Finalement, de la Redoute jusqu’à Saint-Nicolas, en passant par la côte des Forges et même la redoutable ascension de la Roche-aux-Faucons, toutes les montées ont été escamotées. Le peloton a roulé au train, tantôt sous la houlette des BMC et des Omega-Pharma Quick-Step, tantôt sous celle d’AG2R La Mondiale. Mais jamais les favoris n’ont daigné bougé le petit doigt. Pozzovivo a tenté, deux fois, profitant du forfait de son habituel leader sur les ardennaises, Carlos Betancur. Mais que ce soit avec Arredondo ou avec Caruso, le petit grimpeur italien a toujours été repris. Malgré tout, il a créé la panique dans les rues d’Ans et termine cinquième en ayant lancé son sprint de très loin. Preuve que son attaque était opportune et qu’avec l’aide d’un ou deux coureurs supplémentaires, les fuyards se seraient joués la victoire. Mais Valverde et Gilbert n’avaient pas ça en tête : ils ont préféré attendre, se regarder, faire rouler leurs équipiers dans le vide et finalement occuper les places d’honneur. Peu glorieux…

Un homme qui se loupe rarement

Clairement, à l’arrivée, on reste donc sur notre faim. Au pied de la côte de Saint-Nicolas, il restait près de 40 coureurs. De quoi nous tenir en haleine sur les cinq derniers kilomètres, mais guère plus. Comme le signe que la Doyenne est rentrée dans le rang, avec un scénario qui correspond parfaitement à celui de ses cousines disputées dimanche dernier et mercredi. Alors les plus rapides au sprint ont saisi leur chance : ils se sont accrochés au maximum avant de sortir dans le final. Gerrans vainqueur, Kwiatkowski troisième, ces deux garçons auraient dû être mis hors course pour la victoire finale par les cadors. Comme il y a une semaine, lorsque l’attaque de Gilbert dans le Cauberg a fait sauter l’Australien, qui n’a pu faire mieux que troisième. Mais personne n’a attaqué, alors l’ancien pensionnaire de l’équipe Sky ne s’est pas fait prier. Dans ce genre de situation, il est l’un des hommes les plus efficaces du peloton, il l’avait déjà prouvé sur Milan-Sanremo, disposant en 2012 de Nibali et Cancellara.

Le natif de Melbourne rentre ainsi un peu plus dans l’histoire de son sport. Vainqueur du deuxième monument de sa carrière, il devient par la même occasion le premier vainqueur australien de Liège-Bastogne-Liège. Cité depuis trois ans comme un outsider crédible sur la quasi totalité des classiques vallonnées, il n’aura sans doute jamais le droit à la lumière dont peuvent bénéficier certains de ses concurrents. Parce qu’il n’est pas très glamour, ni spectaculaire. Mais il est en train, au fil de saisons, de s’attirer le plus grand respect de tous. Car si sa stratégie a pu être critiquée par le passé, finalement, il ne fait que de servir de l’attentisme des autres. Désormais, il ne surprend plus personne, et pourtant, c’est comme si ce dimanche encore, tout le monde l’avait laissé faire. La victoire était là, à portée de main ; et Gerrans n’est pas du genre à dire non. Il a tendu le bras – ou plutôt tourné les jambes – presque facilement pour s’adjuger une victoire de prestige. A bientôt 34 ans, il n’a jamais paru aussi fort, et ce n’est peut-être pas terminé…

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