Cette année encore, quelque 3500 personnes sont venues assister à la présentation du Tour de France 2015 à Paris. Réunir journalistes, cyclistes, partenaires commerciaux, amis d’ASO (la société organisatrice du Tour) et bien d’autres au Palais des Congrès fin octobre nécessite d’importants moyens ; l’événement mérite-t-il un tel investissement ? Là est la question.

Pourquoi est-il « impensable » de manquer la présentation du Tour ?

L’ampleur médiatique. Le Tour de France est la compétition sportive la plus diffusée après les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football. Il s’agit de la plus grande course cycliste du calendrier, retransmise aux quatre coins de la planète. Il est donc inimaginable de ne pas faire écho à toute actualité liée au Tour de France. Se rendre à sa présentation permet aux journalistes de retransmettre l’information à partir d’un direct au JT, de photos, de reportages, d’interviews, etc.

Des entretiens « exclusifs ». Outre le parcours du Tour et ses explications, être sur place fournit aux reporters les réactions des principaux protagonistes de la Grande Boucle : Nibali, Kittel, Cavendish, Pinot, Van Avermaet. Rares sont les courses qui peuvent se targuer d’un tel plateau. La présentation du Tour rassemble ces vedettes ainsi que ceux qui ont dessiné le tracé : Christian Prudhomme, le directeur du Tour, et toute son équipe. D’anciens (ou futurs-anciens) coureurs comme Cadel Evans ou Alexandre Vinokourov sont également de la partie. À partir de là, tout journaliste sportif digne de ce nom se doit d’aller à leur rencontre, afin de livrer leurs ressentis aux lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs.

Un show vivant. Effets lumineux et sonores, archives et discours, rires et applaudissements rythment la cérémonie. Il faut bien l’admettre, il est plus agréable d’assister à une présentation animée sur écran géant du fond de son confortable fauteuil du Palais des Congrès que de regarder la froide carte du parcours sur son PC.

Pourquoi est-il « déraisonnable » de se rendre à la présentation du Tour ?

Aucune découverte. Hormis l’habituel dithyrambe de Christian Prudhomme, le gentil discours du maire de la ville de départ et les boniments de l’héritier d’ASO, plus grand-chose n’est divulgué lors de la présentation du Tour. Ces dernières années, les fuites  informatiques et autres spéculations avisées dévoilent la carte exacte (ou presque) du parcours du Tour la veille ou le matin-même de l’annonce officielle. Plus aucune révélation, plus aucune exclusivité, plus aucune raison d’y aller !

Des coûts trop importants. Du Japon, des États-Unis ou encore d’Australie, certains n’hésitent pas à traverser mers et océans pour venir voir Christian Prudhomme décrire le contre-la-montre par équipes de 28 km entre Vannes et Plumelec. Au-delà du billet d’avion, de train ou de métro, cet événement requiert une ressource particulièrement lacunaire dans le milieu journalistique : le temps. Comptez une journée entière pour vous rendre à Paris, vivre l’heure et demie de présentation, rédiger votre article et retourner à la rédaction… Le jeu n’en vaut dès lors plus la chandelle !

Des réactions prévisibles. « J’aime bien ce parcours, nous allons préparer les étapes de montagne et les chronos avec l’équipe. Il faudra aussi être attentif aux premières étapes car elles peuvent être piégeuses. J’ai en tout cas hâte d’être en juillet ! ». Voilà la réponse type du cycliste lorsqu’on lui demande son impression sur le parcours « fraichement » dévoilé. A défaut de surprendre ou même d’informer les amateurs de vélo, ces réactions ont la vertu de convenir à tous les leaders et pour tous les tracés. Reprenez donc l’interview de l’an passé plutôt que de retourner sur Paris pour obtenir d’identiques explications…

Ni apologie ni charge contre la présentation du Tour, ce billet aura renforcé ou, à l’inverse,  mis en pièces le bienfondé de votre participation à cette cérémonie annuelle. Quant à ceux qui regretteraient toujours de ne pas y être conviés, ils sont maintenant plus au fait encore de ce qu’ils ratent ou, au contraire, de ce qu’ils s’épargnent.

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