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Manager général d’Androni, Gianni Savio baigne dans le milieu du cyclisme depuis très longtemps déjà. Aujourd’hui, à quelques jours du du Giro, la course pour laquelle il voue un amour fou, il livre à la Chronique du Vélo son avis sur différents sujets de l’actualité cycliste. Lui qui connaît si bien le monde du vélo nous parle d’Alessandro Petacchi, mais aussi de l’équipe Sky et de comment il pense qu’elle est battable. Mais surtout, il évoque le Tour d’Italie, dont le départ sera donné samedi. Dans le duel entre Wiggins et Nibali, il livre ses arguments, sans pour autant parvenir à trancher…

Petacchi tire sa révérence… ou peut-être pas !

Tout d’abord il faut dire qu’Alessandro Petacchi a été un grand sprinteur, mais pas seulement pour les victoires qu’il a obtenu. Je me souviendrais toujours des Championnats du Monde de 2002, à Zolder. J’y étais en tant que commissaire technique de la Colombie, et nous avions, avec Santiago Botero sur le contre-la-montre, gagné le seul titre de champion du monde professionnel pour un pays d’Amérique latine. Mais pour en revenir à Petacchi, il avait été sur la course en ligne déterminant pour Mario Cipollini. A côté de ça, il a évidemment remporté énormément de courses, gagnant plusieurs étapes sur le Tour de France, sur le Giro, sur la Vuelta, ainsi que Milan-Sanremo. Tout ça en fait clairement un très grand sprinteur.

Cependant, j’ai été surpris qu’il prenne cette décision au mois d’avril, même si je refuse de dire qu’il a bien fait ou non, ça ne me regarde pas. C’est un choix personnel qu’il a fait et il faut le respecter. En revanche, plusieurs rumeurs circulent dans les médias comme quoi il pourrait rejoindre Omega-Pharma Quick-Step pour être le poisson pilote de Mark Cavendish. Et là, je pense que si cela se faisait, il pourrait énormément apporter à Cavendish par son expérience, mais aussi par sa puissance qui peut encore lui permettre d’être déterminant. J’ai même lu très récemment dans la Gazzetta Dello Sport que Petacchi pourrait être au départ du Giro. Ce serait très surprenant mais c’est peut-être quelque chose qui se fera à la dernière minute, que l’équipe ne veut pas annoncer pour faire en quelque sorte le buzz. On verra bien samedi…

La Sky n’est pas l’US Postal

Sky est une équipe très forte, avec des grands champions, en particulier Bradley Wiggins et Chris Froome. Ils étaient les deux principaux protagonistes du Tour de France l’an passé et je pense que s’ils avaient été dans des équipes différentes, on aurait eu une épreuve beaucoup plus intéressante. Mais Sky, ce n’est pas seulement ces deux hommes. Ils ont aussi des coureurs que je connais très bien, les deux Colombiens Rigoberto Uran et Sergio Henao. Il ont eux aussi obtenu de grands résultats, notamment Uran qui a terminé deuxième de la course en ligne des Jeux Olympiques. Cela fait donc beaucoup de coureurs capables de tirer leur épingle du jeu s’ils sont bien dirigés, donc c’est normal qu’ils obtiennent de tels résultats. Et c’est du coup compliqué de les attaquer. Selon moi, il faut pour le faire beaucoup de courage, et un peu de folie pendant la course. C’est à dire essayer, mais pas seulement une fois. De ce fait, il faut aussi des coureurs avec une condition optimale.

Et si l’on compare parfois Sky à l’US Postal, je pense que depuis Armstrong, beaucoup de choses se sont passées. Malheureusement, encore aujourd’hui, le fléau du dopage est présent. Mais les scandales du dopage sont désormais pour la plupart des scandales du passé. Aujourd’hui, on a le passeport biologique, que l’on n’avait pas à l’époque d’Armstrong. Moi-même, j’ai eu par le passé un problème avec un coureur de mon équipe qui se dopait. Alors je n’avais sûrement pas veillé suffisamment à ce qui se passait dans l’équipe, mais il faut signaler que je n’avais pas vraiment les moyens de le faire. Désormais, avec le passeport biologique, je peux le faire. Donc je pense que faire la comparaison entre les deux équipes, ce n’est pas correct.

Le Giro, une bagarre entre Wiggins et Nibali

Je pense que ça va être une lutte très intéressante puisque Wiggins est le plus fort en contre-la-montre, mais Nibali est meilleur dans les cols. Ca dépendra beaucoup de Ryder Hesjedal, qui a montré l’an passé qu’il était capable de remporter le Giro, et qui cette année s’est préparé exclusivement pour l’épreuve, mais aussi des autres coureurs. J’espère que comme l’année passée, où personne n’avait parié sur Hesjedal au départ, on aura des surprises. C’est d’ailleurs parce qu’il est imprévisible que le cyclisme est un si beau sport. Cela devrait nous permettre d’avoir un Giro très intéressant. De nombreuses équipes, comme nous chez Androni-Venezuela, ont une philosophie d’attaque qui devrait animer la course.

Après, je ne sais pas si mes coureurs ou ceux des autres équipes pourront réellement avoir un impact. On ne pourra le vérifier que pendant la course, jour après jour. Mais déjà, à la moitié du Giro, si on ne pourra prédire le vainqueur final, on pourra savoir qui ne le sera pas. Pour moi, c’est plus ou moins 50-50 entre Wiggins et Nibali. Ca va se jouer sur des détails, je ne peux pas me prononcer définitivement. Concernant Wiggins, je l’ai vu très bien sur le Tour du Trentin, avec aisance dans les cols. Il aurait même pu lutter avec Nibali pour la victoire s’il n’avait pas eu un problème mécanique. Et pour Nibali, il y aura notamment le public. Il est l’enfant du pays en Italie, et il aura le soutien de tout les tifosi. Pour lui, ce sera, pour se référer au football, comme jouer une finale de Ligue des Champions à domicile.

Propos recueillis par Robin Watt


 

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