Lauréat sur le dernier Tour d’Italie, Nairo Quintana a déjà marqué l’histoire de son pays en devenant le deuxième colombien sacré sur un grand tour. Mais il peut encore faire mieux en doublant Giro et Vuelta, rejoignant ainsi les plus grands champions de son sport, ceux capables de gagner deux épreuves de trois semaines au cours d’une même saison.

Pourquoi il gagnera la Vuelta

Sa préparation a été parfaite, sa confiance est au beau fixe. Depuis l’arrivée du Giro à Trieste, Quintana a été très discret. De retour en Colombie, pour récupérer et reprendre l’entraînement, il a retrouvé l’Europe plutôt frais après avoir observé ses futurs rivaux sur le Tour. Du coup, il a presque facilement remporté le Tour de Burgos et son étape reine aux Lagunas de Neila. Parfait pour la confiance, et la preuve aussi que le natif de Tunja arrive correctement préparé. Comme avant le Giro de mai dernier, ou le Tour de France 2013, car Nairo Quintana a toujours réussi sa préparation pour les grands évènements, même s’il n’a pas toujours remporté les épreuves qui lui servaient de tremplin. Alors forcément, le Colombien se pointera au départ de Jérez avec le plein de confiance : en le disant vite, on peut avancer qu’il a tout gagné depuis le mois de mai ! Face à des concurrents qui ont tous connu l’échec, il se saura en situation de supériorité, largement capable d’aller chercher cette victoire qui ne semble que l’attendre.

Il est le meilleur grimpeur du peloton. Cette Vuelta 2014, si elle n’est pas la plus montagneuse des dernières années, devrait malgré tout s’offrir à l’homme le plus brillant en haute montagne. Car c’est bien sur les hauteurs des plateaux espagnols que la victoire se jouera, plus que dans le plutôt court chrono individuel au programme – qui aurait pu favoriser Froome ou Contador notamment. Et à ce petit jeu, le Colombien part clairement avec une longueur d’avance. Depuis le début de l’année, les observateurs à faire de Quintana « l’officiel meilleur grimpeur du peloton » sont pléthores. Quiconque oserait remettre en question ce statut passerait même pour un fou. Avec ses 59 kilos (pour 1m67), il faut dire que le meilleur jeune du centième Tour a le physique pour, qui lui permet d’alterner les positions, assis sur sa selle ou en danseuse sur des kilomètres entiers. Si tactiquement, il fera peut-être quelques erreurs, son talent devrait lui permettre de compenser à tout moment. L’assurance de la victoire, vous dites ?

Il fait mieux à chaque fois. Depuis son passage chez les professionnels, Quintana a disputé une fois chaque grand tour. Cela avait débuté sur la Vuelta, il y a deux ans, où il avait œuvré comme équipier de Valverde. Le temps de l’apprentissage, encore. Puis le Tour 2013 l’avait vu éclore aux yeux du grand public, dauphin d’un Froome intouchable, avant la – première – consécration sur la course rose, en mai dernier. Comment imaginer alors qu’en cette fin d’été, il puisse faire moins bien que cette victoire sur le Giro ? Il a atteint les sommets, sait comment y parvenir et peu importe la concurrence, devrait être en mesure de connaître de nouveau les joies d’une victoire finale au bout de trois semaines d’efforts intenses. A 24 ans seulement, ça peut paraître surprenant. Mais c’est juste que le garçon est – très – précoce. En effet, Contador, le dernier à avoir su doubler Giro et Vuelta dans la même année, y était parvenu à presque 26 ans. Preuve que Quintana est vraiment au dessus des autres, simplement.

Pourquoi il ne gagnera pas la Vuelta

La présence d’Alejandro Valverde. S’il est sur le papier incontestablement meilleur que son aîné espagnol, Quintana va devoir faire avec la présence du mythe Valverde. Chez Movistar, on ne touche pas au Murcian comme on veut. Protégé depuis toujours d’Eusebio Unzué, l’Imbatido a un statut véritablement à part, et même s’il a le Tour de France et 34 printemps dans les pattes, il ne partira pas battu. Au contraire, il fera tout pour s’emparer du leadership, car son équipe lui laisse cette opportunité : officiellement, c’est la course qui décidera du leader. Très franchement, on a du mal à imaginer que Quintana doive se mettre à la planche pour Valverde. Mais l’Ibère est en fin de contrat, et sa longue histoire avec Unzué et son équipe (ancienne Iles Baléares et Caisse d’Epargne) lui confère des droits auxquels personne d’autre ne peut prétendre. Le Colombien va devoir s’adapter, prouver sa légitimité et peut-être faire sans l’aide de son orgueilleux coéquipier. Voire le considérer comme un réel adversaire…

Mais y’a-t-il réellement autre chose qui puisse le faire perdre ce Tour d’Espagne qui lui tend les bras ? A la régulière, Froome peut-il le battre ? Rien ne peut pour l’instant le laisser présager. Quintana a beau avoir seulement 24 ans, il n’a pas moins d’expérience que les autres. Froome et Valverde ont gagné un grand tour, comme lui. Uran et Rodriguez n’en ont gagné aucun. On ne juge pas sur le palmarès, vous dites ? Mais la façon dont le Colombien a géré le dernier Giro n’équivaut-elle pas à la maîtrise de Froome en juillet 2013 ? Quintana apprend vite et bien, il ne lui a même pas fallu un an entre son éclosion au plus haut niveau et son premier grand succès. Alors pourquoi s’arrêterait-il en si bon chemin ? Sa saison est pour le moment parfaite en tout point, et seul l’excès de confiance pourrait lui faire connaître l’échec. Cependant, voir les noms de ses « challengers » accolés au sien devrait le ramener sur terre. Il est le grand favori de cette Vuelta, mais n’a pas encore course gagnée. Il lui reste à prouver qu’on n’avait pas tort en faisait de lui le futur vainqueur.

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