Auteur d’une prestation décevante sur le dernier Tour de France, conclue par un abandon au départ de la 16ème étape, le grand espoir français Thibaut Pinot va prendre part à la Vuelta. La forme et le niveau du leader de la FDJ.fr est une équation aux nombreuses inconnues, et on continue de se demander s’il est possible de le retrouver dans le haut du classement général. Plusieurs hypothèses sont envisageables.

Besoin de progresser

Si ses performances de piètre qualité sur le Tour ont été en partie faites de malchance suite à son angine, le début de la compétition a bien été raté pour des questions purement sportives et surtout mentales. Pinot doit sérieusement progresser sur ce dernier aspect pour espérer atteindre ses objectifs sur la difficile Vuelta qui s’annonce. Nous reprochons souvent le manque de force mentale aux athlètes français et le dixième du Tour de France 2012 en est l’illustration parfaite. Après s’être fait distancer dans une descente dès la première étape de montagne, le Haut-Saônois a complètement craqué et abdiqué là où n’importe quel grand coureur se serait immédiatement ressaisi. Si l’indulgence est de mise en raison de son jeune âge, nous pouvons malgré tout pointer du doigt ce qui est aujourd’hui le principal défaut du poulain de Marc Madiot.

Mais en mettant de côté cet aspect, Pinot est-il capable d’atteindre des objectifs élevés sur ce Tour d’Espagne ? Sur un plan purement sportif, certains restent évidemment dans le domaine du possible. Un Top 10 ne semble pas surréaliste si le natif de Mélisey se trouve dans une bonne forme. En revanche, il est difficile d’imaginer mieux tant sa saison était axée sur le Tour de France. Son pic de forme est indéniablement derrière lui, et il est fort probable qu’il subisse à un moment un contre-coup physique. Sans oublier qu’il  est toujours difficile de juger Thibaut Pinot sur ses capacités à réussir un grand tour cette année, même s’il s’est montré convaincant sur des courses d’une semaine. En clair, de très nombreuses inconnues qui nous amène forcément à la retenue. Même si certains éléments peuvent tout de même rassurer…

Des raisons d’espérer

Alors certes, Pinot nous a fait peur sur le Tour de France, mais tout n’était pas de sa faute et ayant abandonné mentalement bien avant son abandon physique, il devient impossible d’évaluer son réel niveau. De surcroît, ses prestations encourageantes du début de saison peuvent laisser présager une très bonne Vuelta. En terminant juste derrière Roman Kreuziger lors du dernier Tour de Suisse, il a prouvé qu’il pouvait suivre les meilleurs. Et même si les plateaux de ces courses de début d’année sont incomparables avec celui de la Grande Boucle, on ne peut pas en dire autant si l’on effectue la comparaison avec la Vuelta. En concrètement, si Pinot a été capable de réaliser un Top 10 l’an dernier sur le Tour de France, compétition qui concentre toujours un nombre de cadors supérieur aux autres grands tours, pourquoi ne pourrait-il pas rééditer la même performance sur ce Tour d’Espagne ? D’autant qu’en observant le parcours, on trouve assez peu d’étapes enchaînant les cols, et donc les descentes. Ces dernières, qui ont coûté très cher au Franc-Comtois en juillet dernier, ne seront cette fois pas un problème !

Et lorsqu’on connaît les qualités de grimpeur de Pinot, on peut espérer un joli classement à Madrid, même s’il convient de ne pas s’emballer comme ça avait été le cas avant le centenaire du Tour. Un engouement qui avait en plus ajouté de la pression à un garçon qui n’en avait pas besoin. Mais l’un des principaux soucis du jeune tricolore concerne ses équipiers en montagne.Si Jeannesson ou Geniez ont pu s’accrocher à la limite de la rupture sur le Tour, ils restent des lieutenants bien trop faibles par rapport à ceux dont disposeront Alejandro Valverde, Roman Kreuziger, Vincenzo Nibali ou encore Joaquim Rodriguez, principaux prétendants à la victoire finale. Pour aller titiller les cadors, il faudra donc un grand Thibaut Pinot, qui fait rêver et qui s’envole sous le soleil ibérique, s’accrochant aux roues prestigieuses des meilleurs grimpeurs du monde… Parce qu’il faut croire en ce garçon au potentiel énorme, et qui représente finalement la seule chance française au général sur cette 68e Vuelta.

Pierre Martin

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