Depuis un an, Alejandro Valverde est fort, très fort même. Mais aussi sacrément malchanceux. Sur la Vuelta l’an dernier, le Murcian est tombé sur un Alberto Contador motivé comme jamais. Mais il a aussi été victime d’une chute sur l’étape de Valdezcaray, dont ses concurrents n’ont pas hésité à profiter. Puis sur le Tour de France, en juillet dernier, le leader de la Movistar connaît un problème mécanique au moment où une bordure prend forme. Au final, dix minutes de perdues et un podium qui s’envole alors qu’il avait les qualités pour aller le chercher. Sans oublier de nombreuses places d’honneur sur les classiques : 2e de l’Amstel et de la Clasica San Sebastian et 3e de Liège. Comme si la victoire fuyait Balaverde en cette saison 2013. Son Tour national est alors l’une des dernières occasions de briller. Cette fois sans Contador, et sans Froome. Mais avec Nibali et Rodriguez…

La polyvalence comme atout

Valverde fait partie de ces coureurs à la fois grimpeur et puncheur. Les qualités parfaites compte tenu du parcours de cette Vuelta 2013. Avec ses nombreuses arrivées au sommet de courtes bosses, celui qui a longtemps été un spécialiste des ardennaises plutôt que des grands tours sera à l’aise comme peu de monde. Les hommes qui peuvent le battre sur ce terrain ? Joaquim Rodriguez voire Carlos Betancur, mais pas grand monde de plus. Vincenzo Nibali, le plus grand favori de ce 68e Tour d’Espagne, pourrait se retrouver régulièrement en difficulté sur ce genre d’arrivées. Car l’Italien préfère les longs cols qu’il connaît tant sur le Giro. Lorsque le Squale avait d’ailleurs remporté l’épreuve espagnole, en 2010, le parcours était sensiblement différent. Tout comme en mai dernier, lorsqu’il a écrasé la course rose. Mais ce n’est pas un problème pour Valverde, qui lui aussi aime ces longues ascensions.

L’Angliru, notamment, comme le Bola del Mundo l’an passé, ne sera pas un soucis pour lui. Purito et le jeune colombien ne peuvent pas forcément en dire autant. Si leurs qualités sont indéniables, c’est souvent dans des longues ascensions qu’ils se montrent près de la rupture. On peut ainsi se référer aux cols transalpins du Giro 2012, où le Catalan avait parfois concédé du temps sur un Hesjedal pourtant pas réputé maître des cimes. Puis il y a un an, vers Fuenté Dé, le leader de la Katusha avait cédé son maillot rouge à son compatriote Contador. Des scénarii que l’on a bien du mal à imaginer sur des fins d’étapes qui ressemblent à l’Amstel ou à la Flèche wallonne, les épreuves fétiches de l’Ibère. Alors si Valverde ne paraît pas armé pour dominer toute la concurrence sur tous les terrains, sa polyvalence pourrait clairement faire la différence.

La solitude comme carence

Alors que Nibali pourra compter sur Fuglsang et Brajkovic, Rodriguez aura à ses côtés le surprenant Moreno. Mais Valverde alors ? Et bien pas grand monde. L’an dernier, il y avait bien Nairo Quintana, déterminant en troisième semaine pour son leader. Mais cette fois, le Colombien se repose après un Tour de France conclu sur la deuxième marche du podium, et le Murcian va devoir se débrouiller. Il y aura bien Beñat Intxausti, huitième du dernier Giro et valeur sûre de l’équipe d’Eusebio Unzué, mais on a du mal à imaginer le Basque emmener El Imbatido lorsqu’il ne restera que les grands favoris. Ce qu’était parvenu à faire Quintana il y a un an. Un isolement tout relatif qui pourrait desservir Valverde sur quelques étapes aux longs cols, à Peyragudes ou à l’Angliru notamment.

Mais la motivation pourrait être plus forte que tout, même que cette solitude dont finalement, Valverde ne s’inquiètera sûrement pas. Lui qui a toujours terminé la Vuelta dans les cinq premiers – à l’exception de l’édition 2002 où il avait abandonné –  connaît le terrain comme personne et part avec un avantage non-négligeable sur bon nombre de ses concurrents. La seule énigme concerne donc sa capacité à tenir les trois semaines de course après un mois de juillet forcément éprouvant. Même si évidemment, il n’est pas le seul à avoir roulé sur les routes hexagonales avant de se rendre au départ de ce Tour d’Espagne. Mais surtout, septuple vainqueur d’étape sur ses routes nationales, il mettra le spectacle et voudra avant tout prendre du plaisir. A désormais 33 ans, il ne sait pas jusqu’à quand il pourra jouer la gagne sur les grands tours. Et on le sait, en y allant pour le plaisir, tout est possible…