Dimanche, dans le Col de l’Ospedale, il y avait comme un parfum de Tour de France. Du soleil, de la montagne, un Frank Schleck aux avant-postes, et les commentaires du duo Adam-Jalabert. Bon, la victoire finale de Jean-Christophe Péraud nous fait revenir à la réalité, car il y a encore un gouffre entre le Critérium International et la Grande Boucle. Mais à 36 ans, « Jicé » poursuit sa progression.

Plus fort que jamais

Péraud n’est plus tout jeune, et pourtant, il n’est que dans sa cinquième année professionnelle. Son histoire, désormais on la connaît : ancien vététiste, il passe sur la route en 2010, à 31 ans. Chez Lotto-Belisol, c’est la révélation, et il signe dès l’année suivante chez Vincent Lavenu. Depuis, sa progression est constante. Chaque année, il s’impose un peu plus comme un leader qui compte sur les courses par étapes. Il est encore loin des paillettes de Froome, Contador ou Quintana, c’est sûr. Mais à l’échelle française, il est l’une des meilleures chances de résultat sur les grandes épreuves. Son dernier Tour de France est là pour nous le rappeler. Dans le coup jusqu’à l’aube de la dernière semaine, il a été éliminé sur chute. Il n’avait alors pas pu rééditer sa performance de 2011, lorsqu’il avait terminé 9e du général. Qu’importe, il avait prouvé qu’il était encore plus fort. On attendait alors avec impatience la saison 2014.

Et on n’a pas été déçu ! Vainqueur de l’étape phare du Tour Méditerranée au Mont-Faron, il n’est passé qu’à quatre secondes de la victoire finale. Ce qui aurait pu être un échec a finalement été le point d’orgue d’un très gros début de saison. Un mois après l’épreuve française, le Toulousain a traversé les Alpes pour disputer Tirreno-Adriatico. Sur la Course des Deux Mers, la concurrence était incroyable ; presque tous les grands leaders étaient présents. Mais Péraud a su se montrer régulier pour leur tenir la dragée haute. Cinquième sur l’étape du Guardiagrele, il achève finalement sa semaine transalpine à la quatrième place du général, derrière Contador, Quintana et Kreuziger, mais devant tout le reste de la meute. A l’heure où l’on met en avant la grande forme de l’équipe AG2R La Mondiale, il faut noter celle de Jean-Christophe Péraud, qui avec Carlos Betancur notamment, porte haut les couleurs de l’équipe savoyarde.

Une première

Après quelques jours de repos, « Jicé » a donc pris le départ du Critérium International. Avec la confiance à bloc, et en ayant conscience qu’il devait « surfer sur cet état de forme », comme il le confiait avant le départ. Malgré tout, alors que les observateurs étaient unanimes pour faire de Péraud le grand favori de l’épreuve, lui préférait – comme souvent – la modestie. « Je n’ai jamais gagné le Critérium International », rappelait-il à tout va. Pourtant, ce dimanche, c’est bien lui qui a été sacré sur les routes corses, se permettant même de ne pas disputer la victoire à Mathias Frank sur les hauteurs de l’Ospedale. La quatrième victoire professionnelle de sa courte carrière sur route, et la première sur une course par étapes. Trois fois deuxième du Tour Med’, il attendait un premier sacre depuis quelques années, conscient qu’il en était capable. Désormais, c’est fait, et on attend la suite !

Péraud nous enchante depuis plus d’un mois, et on a hâte de voir ce que cela va donner sur ses grands objectifs. Lui avance la réussite collective de l’équipe et l’expérience qu’il a accumulé pour expliquer son tempérament serein et presque attaquant actuellement. Mais n’est-il pas tout simplement en train de progresser, malgré ses 36 printemps ? « Non, à mon âge, je ne progresse plus. Je suis arrivé au top de ce que je peux faire », ce contente-t-il de rétorquer. Mais on n’est pas obligé de le croire. Sur le papier, finalement, les résultats sont similaires à ceux de l’an passé (2e du Tour Med’, 3e de Paris-Nice et 5e du Critérium International). Mais la manière, elle, ne trompe pas. Et les adversaires qui n’ont pu contester la supériorité de Péraud non plus. Le Français n’a pas encore un nom qui claque, mais son niveau, lui se rapproche de celui des meilleurs. Rendez-vous est pris.

Buy me a coffeeOffrir un café
Vous avez aimé cet article de Robin Watt ? Participez à l'élaboration du prochain en contribuant aux frais d’hébergement du site.