En grand champion qu'il est, le Suisse Fabian Cancellara participe à la construction de l'Histoire - Photo Emily Maye
18 avril 2013
Par  Robin Watt 

Les flandriennes, si différentes…

Remporter une classique n’est jamais chose aisée puisque de nombreux facteurs entrent en jeu. Bien avant le talent et la forme du moment, les conditions météorologiques et les circonstances de course ont une importance cruciale. Cependant, cela se vérifie beaucoup plus sur certaines épreuves que sur d’autres. Ainsi, en 2013 sur les flandriennes, Fabian Cancellara était bien le plus fort, et il a remporté le Tour des Flandres puis Paris-Roubaix. En revanche, Milan-Sanremo, l’Amstel Gold Race et la Flèche wallonne, autres classiques importantes, se sont offertes à des outsiders que l’on n’attendait pas forcément victorieux. Une simple coïncidence ? Il y a de fortes chances que non…

Un constat sans équivoque

Cela a commencé au mois de mars avec la victoire de Gerald Ciolek. Jouant parfaitement le coup stratégiquement, l’Allemand a levé les bras à Sanremo. Depuis, on a eu droit aux sacres de Roman Kreuziger à Valkenburg et à celui de Daniel Moreno en haut du Mur de Huy. Des vainqueurs tout à fait honorables mais qui ont fait faux bond aux favoris de chacune de ces épreuves. Et force est de constater que ce n’est pas la première fois. Sur la Primavera, le palmarès est rempli de coureurs inattendus : Simon Gerrans ou Matthew Goss, récents vainqueurs, en sont de bons exemples. Lorsqu’on regarde les autres classiques où la bataille se fait dans les bosses du parcours, le résultat est identique. Sur l’Amstel Gold Race, la Flèche wallonne et même les monuments que sont Liège-Bastogne-Liège ou le Tour de Lombardie, les surprises s’enchaînent, sans que ce soit réellement le plus fort qui s’impose. Enrico Gasparotto, Maxim Iglinskiy ou Oliver Zaugg, vainqueurs depuis 2010 de ces épreuves mythiques du calendrier, sont là pour le prouver.

On ne peut pas dire que l’inverse est totalement vrai sur les classiques flandriennes, puisque les surprises existent. Johan Vansummeren et Nick Nuyens, chacun vainqueurs d’un monument en 2011, nous le rappellent. Mais à n’en pas douter, les pavés, qu’ils soient du Nord de la France ou de la Belgique, sacrent bien plus souvent l’homme le plus fort de la journée. La stratégie, évidemment, joue un rôle important, mais elle n’occupe pas la plus grande des places. C’est pour cela que la plupart du temps, le vainqueur a belle allure : actuellement, Fabian Cancellara et Tom Boonen se partagent les deux monstres du calendrier, ne laissant que les miettes aux autres. Cela réduit en partie le suspense, oui, mais clairement, cela rend encore plus belle une victoire sur le Ronde ou l’Enfer du Nord. Une grande épopée participe à l’Histoire de chaque épreuve, et elles sont plus nombreuses quand les pavés se dressent en face du peloton.

Des pavés plus difficiles à dompter

Pourtant, difficile d’avancer que Liège-Bastogne-Liège est plus facile que Paris-Roubaix ou le Tour des Flandres. La Doyenne et sa succession de bosses – comme l’Amstel et la Flèche – fait, sur le papier, aussi mal aux jambes que les secteurs pavés de l’Enfer du Nord. Et pourtant… En fait, un coureur pas forcément à l’aise dans les bosses aura plus de facilité à les franchir qu’un homme n’aimant pas les pavés dans un secteur nordique. Car tout simplement, les bosses sont communes à tous les cyclistes. Chacun en a sur ses routes d’entrainement, et même si certains ne les apprécient pas, ils savent comment les passer. La fatigue se fait donc ressentir, évidemment, mais les côtes des ardennaises évincent rarement de façon naturelle les plus faibles. Au contraire des pavés, que peu savent dompter, et qui éliminent très rapidement ceux qui n’en ont pas l’habitude. C’est ainsi que la Trouée d’Arenberg est l’un des passages les plus redoutés alors que le fameux triptyque Wanne-Stockeu-Haute Levée n’a plus grand chose de terrifiant.

La faute, en partie, des organisateurs, qui placent trop souvent une bosse toute proche de l’arrivée. C’est le cas sur l’Amstel Gold Race avec le Cauberg, sur la Flèche avec le Mur de Huy, mais aussi sur Milan-Sanremo avec le Poggio ou sur Liège-Bastogne-Liège avec la côte de Saint-Nicolas, malgré leur distance plus éloignée par rapport à la ligne d’arrivée. De ce fait, les coureurs attendent quasi-systématiquement la dernière difficulté pour se livrer bataille. La trentaine de côtes qui précède prend alors des allures d’échauffement, où le seul but est de contrôler l’échappée matinale. Sur les flandriennes, les secteurs sont réparties d’une façon à peu près similaire, et c’est parfois même la distance les séparant de l’arrivée qui est la cause de contestations. Sur le Ronde par exemple, certains trouvent le Paterberg trop éloigné d’Audenaarde, puisque au sommet de ce dernier mont, les coureurs doivent encore parcourir près de 15 kilomètres.

Et pourtant, sur ces épreuves, les cadors n’attendent pas la dernière difficulté. Certes, ils refusent de se livrer trop tôt la plupart du temps, mais en 2010 comme en 2011, on a notamment eu droit à de superbes coups de force de la part de Cancellara et Boonen, partis chacun à une cinquantaine de kilomètres du but sur Paris-Roubaix. C’est donc tout simplement la différence entre côtes et secteurs pavés qui est à l’origine de ces scenarii de course presque opposés. Alors qu’il est très difficile de lâcher tous ses adversaires sur un seul secteur, il est possible de le faire dans une unique côte. Voulant rester seuls le moins longtemps possible, les puncheurs attendent donc le dernier moment pour produire leur effort sur ces différentes ardennaises – auxquelles on ajoute donc Milan-Sanremo et le Tour de Lombardie, entre autre -, alors qu’une sélection progressive est nécessaire sur les flandriennes. Cela semble donc écrit, le spectacle sera toujours plus grand début avril, en Flandres, que par la suite dans les Ardennes.

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