Les Colombiens ne sont pas tous des grimpeurs ! Depuis quelques jours, Fernando Gaviria est en train de le prouver de fort belle manière. Etincelant sur le Tour de San Luis, il a remporté deux étapes, chaque fois devant Mark Cavendish. A seulement 20 ans, cela pourrait lui ouvrir les portes de l’Europe.

Aussi bon routier que pistard

Comme beaucoup de ses compatriotes, Gaviria vit en altitude, à plus de 2200 mètres, dans la ville de La Ceja. Mais les montées, le garçon tente de les éviter au maximum. « Je ne veux pas perdre la vélocité que j’ai, alors je ne travaille pas du tout mes qualités de grimpeur. Sauf quand je dois revenir chez moi, à La Ceja… », expliquait-il ces derniers jours à Diario Vasco. Né dans un famille de sportifs (son père était déjà cycliste, sa mère basketteuse), Fernando a, comme sa sœur Juliana, baigné dans le sport dès sa naissance. Premier vélo à trois ans, première compétition à treize, il s’est rapidement distingué. Mais un peu plus sur la piste que sur la route. Aujourd’hui encore, il alterne donc entre les deux disciplines, avec une réussite affolante. Après avoir été champion du monde junior de l’omnium, Fernando Gaviria a décroché dans la même épreuve la manche de Coupe du Monde de Londres, en décembre dernier. Une performance loin d’être anecdotique.

Sur la route, son parcours est moins traditionnel et surtout moins linéaire. Recruté par l’équipe Colombia-Claro en 2013, il dispute une saison en Continental avant que l’équipe colombienne, créée en 2012, ne redescende chez les amateurs. Gaviria n’a eu d’autre choix que de suivre, et de s’adapter. Il fait alors la part belle à la piste, sans oublier d’aller se montrer sur route pour ne pas compromettre ses chances de connaître à l’avenir les grosses écuries du peloton. En 2014, il a ainsi été sacré champion panaméricain sur route chez les espoirs, avant de briller sur le Tour de l’Avenir. Plusieurs fois placé dans les sprints (troisième, cinquième et huitième), il n’a échoué qu’à un point du maillot vert au terme des sept étapes. De quoi légitimer son envie de privilégier la route, et une sélection avec la l’équipe nationale colombienne pour le Tour de San Luis.

Le coup de projecteur inattendu

Pendant plus d’un mois, Gaviria s’est préparé spécifiquement en vue de ce Tour de San Luis, mettant de côté pendant ce temps les Mondiaux sur piste prévus dans trois semaines seulement. Du coup, quand la plupart reprennent tranquillement la saison sur les routes argentines, lui est arrivé presque au top de sa forme. Désigné sprinteur de l’équipe colombienne invitée par les organisateurs, il n’espérait sans doute pas, en début de semaine, décrocher ces deux succès. Et encore moins devant un homme qui a remporté 25 étapes sur le Tour de France. Juan Carlos Jaramillo, sélectionneur colombien, n’a pas pu cacher son enthousiasme. « Gagner devant Cavendish, un coureur si expérimenté et avec une équipe si forte, c’est un honneur pour lui comme pour nous. » Et d’annoncer, non sans un brin de subjectivité, que son protégé pourrait devenir un très grand du cyclisme mondial.

Pour le vérifier, il faudra attendre quelques années, mais le principal intéressé assure ne pas vouloir s’emballer et brûler les étapes. « Mon rêve en tant que coureur est de courir en Europe, dans une formation européenne. Mais pour le moment, l’idée est de continuer en Colombie, chez Colombia-Claro, qui a misé sur moi quand personne ne me connaissait. » Il lui reste une année de contrat, et après, il sera alors temps d’étudier les offres en provenance de plus grosses écuries. « Je ne veux surtout pas partir en de mauvais termes, partir pour partir. Je veux faire les choses bien », a ajouté le déjà mature sprinteur de 20 ans. En attendant, Gaviria va repartir d’Argentine avec le plein de confiance et un nom connu de tous les observateurs. De quoi aborder sereinement ses prochains objectifs. « Gagner l’omnium des Mondiaux ? J’aimerais bien », a-t-il confié. Et il y a des raisons d’y croire.

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