On n’avait assez peu de doutes, à vrai dire, sur les réelles intentions du Pistolero avant le départ de la Vuelta. Qu’il annonce avant même de partir qu’il ne viserait qu’une étape en troisième semaine était trop gros, il était presque évident qu’il venait pour gagner. Après dix jours de course, il n’y a plus l’ombre d’un doute : hier, il affirmait vouloir “essayer de gagner la Vuelta”, et aujourd’hui, le voilà maillot rouge. Il fait désormais figure de favori.

De l’orgueil et des jambes

En quelques jours, la face de la Vuelta a été totalement chamboulée. Contador, si discret les premiers jours, avait déjà montré à La Zubia qu’il n’était pas à court de forme. En suivant les attaques et en terminant troisième de l’étape – aux côtés de Froome – derrière un virevoltant Valverde, il avait marqué les esprits au moment ou Nairo Quintana lâchait quelques secondes. Mais c’est bien trois jours plus tard, lors de la première grosse étape de montagne dont l’arrivée était jugée à Valdelinares, qu’on a compris qu’il était là avec l’envie de prendre sa revanche, de montrer que s’il n’était pas tombé, il aurait pu disputer la victoire à Vincenzo Nibali sur les routes du Tour de France. A l’attaque dans la dernière ascension, personne n’est parvenu à prendre dans sa roue, et le duo Rodriguez-Quintana n’est revenu que dans les derniers mètres pour finalement être classé dans le même temps que le Madrilène. Les autres ? Eparpillés un petit peu plus loin.

Pas trop loin, puisque Valverde, Froome et Uran ne concédaient dimanche que 23 secondes, soit presque rien sur le plan comptable. Mais dans les têtes, l’image était déjà forte. Contador, sous la pluie ibérique, s’est déjà montré le plus fort. La forme de Rodriguez, la supériorité numérique des Movistar ou la relative fraîcheur d’Uran et Froome n’ont rien pu faire face à celui qui s’était pourtant fêlé le tibia il y a seulement trois semaines… Impressionnant, mais tout sauf anodin : le Pistolero a de l’honneur comme personne, et un talent qui lui permet à peu près tout. Avec officiellement cinq grands tours au palmarès (et officieusement sept), il n’a plus rien à prouver, et pourtant il continue chaque fois de surprendre, d’impressionner et de se rendre indispensable. Parce qu’une course où il est présent est tellement plus imprévisible qu’elle mérite encore davantage qu’on s’y intéresse. Véritablement pas comme les autres, Contador avait déjà changé de statut entre le départ et la première journée de repos.

En rouge, et capable de le rester

Mais désormais, le voici dans une nouvelle position, à laquelle on ne s’attendait absolument pas il y a encore une semaine : celle du leader de la course. A la faveur d’un chrono qu’il a parfaitement géré, il a pris possession du maillot rouge juste avant d’entamer les grosses étapes de montagne. Et surtout, il s’est posé en véritable patron. Alors que Chris Froome a été très moyen sur l’effort solitaire et que Nairo Quintana a chuté, concédant plus de trois minutes trente à l’Espagnol, Alejandro Valverde et Joaquim Rodriguez s’affirment comme les principaux rivaux du Madrilène. Comme en 2012, quand juste après son retour de suspension, Contador était allé s’offrir une victoire finale sur le Tour d’Espagne. Sauf que cette fois, Valverde sort d’un Tour de France acharné où il s’est battu jusqu’au bout, et qu’il aura du mal à rester au top jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle. Quant à Rodriguez, à 35 ans, il n’offre plus tout à fait les mêmes garanties…

Il reste donc Rigoberto Uran, qui lui aussi a profité du chrono pour se replacer. Mais clairement, la situation actuelle était impossible à pronostiquer. Voilà tout le monde à plus d’une minute du patron, à l’exception de Valverde (pointé à 27 secondes) et Uran (à 59 secondes). Cela place clairement le protégé de Bjarne Riis dans une position confortable à l’aube des grandes étapes de montagne qui attendent le peloton. Tout le monde va devoir l’attaquer et prendre des risques quand lui n’aura qu’à gérer son avance, en l’accroissant de quelques poignées de secondes s’il en a l’occasion. Bon, il reste que le garçon a du panache, et sans doute pas l’envie de rester le cul sur la selle à monter au train pour s’assurer la victoire finale sans coup d’éclat. Les étapes de Verbier sur le Tour 2009, de l’Etna sur le Giro 2011 ou de Fuente Dé sur la Vuelta 2012 rappellent que Contador aime le risque. Et cela permet aussi de noter que jamais Contador n’a échoué sur un grand tour qu’il avait l’opportunité de gagner.

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