25 mars 2014

Bienvenue en Flandre !

À l’approche du Tour des Flandres, le 6 avril prochain, c’est l’heure des derniers ajustements. Pour cela, trois courses sont au sont programmées pour faire office de préparation avant les monuments qui se profilent. Elles ont chacune leurs propres histoires et leurs spécificités, qui les rendent uniques. Toutefois, une seule d’entre elle parvient chaque année à attirer les plus grandes spécialistes des flandriennes.

À travers la Flandre, une course pour lieutenants

C’est la seule mentionnée qui ne fait pas partie du calendrier World Tour, et il y a bien une raison à cela. Cette course est historiquement réservée aux outsiders, aux équipiers de luxe, ceux qui n’ont droit à la gloire qu’une journée. En réalité, il a fallu attendre 18 ans et le succès de Nick Nuyens pour voir un coureur à nouveau remporter la semi-classique flamande et le Tour des Flandres la même année. Avant lui, le dernier en date était Johan Museeuw en 1993, il y a une éternité. La principale cause de ce bilan est sans doute la place de l’épreuve dans le calendrier. Traditionnellement placée à cheval entre la Primavera et le GP E3, les leaders sont de plus en plus réticents à faire le déplacement jusqu’à Roulers, surtout depuis le décalage de Gand-Wevelgem depuis 2010. Tom Boonen en a fait la triste expérience en 2007, en remportant coup sur coup Kuurne-Bruxelles-Kuurne, Dwars door Vlaanderen et l’E3. Mais ces efforts cumulés ont pénalisé le coureur belge, qui n’a pas su s’en remettre lors des deux monuments qui ont suivi.

Enchaîner un triptyque de plus de 600 kilomètres en 4 jours, après un Milan-Sanremo éprouvant, est presque devenu suicidaire pour la majorité des leaders, fonctionnant de plus en plus à l’économie pour tenir toute la saison. Mais malgré ces contretemps, la classique flamande est relativement intéressante en matière de parcours. Avec plus de 200 bornes au compteur, elle permet au coureur en plein cheminement vers ses objectifs d’engranger les kilomètres tout en se testant sur les différents bergs présents. L’enchaînement Taaienberg, Vieux Quaremont et Paterberg sera au programme cette saison, un moment à ne pas rater deux jours avant le Grand Prix E3. D’autant que cette épreuve est aussi une course d’attaque. Ces dernières années, le scénario fut souvent très indécis en partie grâce au manque de leaders franchement désignés dans les grosses écuries du peloton, ce qui a notamment donné lieu à la victoire d’Oscar Gatto en 2013. Elle sera donc intéressante à suivre pour observer les quelques cadors présents, mais surtout les habituels lieutenants qui pourront, l’espace d’une journée, rêver d’une classique. Sans oublier que des têtes d’affiche du niveau Valverde, Boonen, Kristoff, Leukemans, Chavanel ou encore Stannard seront présentes. C’est assez rare pour être souligné.

Le GP E3, le Ronde avant l’heure

La classique d’Harelbeke a longtemps été sous-estimée au niveau mondial. Longtemps perçue comme un épreuve de répétition ennuyeuse à cause du bal des outsiders, elle fut instaurée dans le calendrier World Tour en 2012. Concurrencée par Gand-Wevelgem lors des saisons 2010 et 2011, ce problème ne se posait alors plus, puisqu’une nouvelle place lui fut trouvée dans le calendrier. Surtout un moyen d’éviter le scénario d’une édition 2011 où le Grand Prix d’Harelbeke a vu son attractivité considérablement baisser à cause des points World Tour. Devenus primordiaux dans le cyclisme moderne, ces points ont joué un rôle prépondérant sur la baisse d’intérêt pour la classique, et le paroxysme de l’illogisme fut atteint quand Tom Boonen dût y renoncer de manière forcée, contraint d’aller glaner des points ailleurs pour permettre à son équipe de dominer le classement par équipes. Pendant cette courte période de deux ans, c’est Cancellara qui s’était alors montré le plus fort sur une épreuve proposant un terrain de jeu complet permettant au Suisse de faire la différence.

Mais depuis son replacement dans l’agenda des classiques et l’attribution d’une licence dans la catégorie reine, l’E3 a retrouvé son influence et son rôle de course préparatoire pour le Tour des Flandres. Car l’épreuve fait partie du patrimoine flandrien. Par son parcours, surtout. Sur un peu plus de 200 kilomètres, cette course empruntera le triptyque Kruisberg, Paterberg, Vieux Quaremont sans oublier la présence du Taaienberg quelques bornes plus tôt. Un parcours très exigeant, à l’instar de sa grande soeur, qui s’est souvent révélé influent au niveau du palmarès. En effet, pas moins de sept coureurs ont réalisé le doublé E3-Ronde. Et, fait encore plus rare lors de l’édition 2005, le podium des deux courses fut identique, et le scénario très semblable. Dans ce contexte, rares sont les favoris qui peuvent se permettre de louper cette préparation devenue désormais indispensable, neuf jours avant d’en découdre à Audenarde. Car s’il fallait choisir une course dans la semaine pour se préparer au mieux en vue du Ronde, ce serait incontestablement le GP E3.

Gand-Wevelgem, un parcours peu approprié

Jusqu’à la saison 2010, la classique World Tour se déroulait à cheval entre le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Elle était alors destinée aux seconds couteaux, aux sprinteurs ou aux coureurs s’étant carrément loupés trois jours plus tôt. Les grands favoris, eux, littéralement cette course, ou au mieux, y participaient uniquement pour faire tourner les jambes. L’exemple le plus frappant est encore celui de l’horloge suisse Fabian Cancellara. Depuis sa victoire sur Paris-Roubaix en 2006, il n’a plus réalisé aucun top 10 sur cette course ! Gand-Wevelgem est aussi la classique qui a fait naître Edvald Boasson Hagen et Marcus Burghardt, deux espoirs annoncés après leur succès mais qui n’ont jamais pu confirmer par la suite. Le vainqueur de l’édition 2005 est symptomatique de ce qu’est Gand-Wevelgem. Nico Mattan n’a jamais été un véritable favori à la victoire finale sur un monument, mais il faisait partie de ses coureurs qui finissaient régulièrement dans le top 10 de l’épreuve qui partait encore à l’époque de la ville de Gand.

Cependant, outre son placement dans le calendrier, c’est aussi le parcours qui fait débat. Pas assez difficile, il est propice aux sprinteurs capables de passer quelques monts pavés à une allure constante. Heureusement, l’UCI a voulu donner un nouvel élan à la course, la plaçant depuis quelques semaines la semaine qui précède le Ronde van Vlaanderen. Un changement particulièrement bénéfique, que ce soit pour le spectacle et pour le prestige de l’épreuve. Depuis 2010, seule une édition s’est achevée par un sprint massif et le pedigree des vainqueurs est de plus en plus prestigieux. Toutefois, si au fil des années, la classique est devenue beaucoup plus indécise, elle reste pour beaucoup de leaders une course de seconde zone, une manière d’engranger des kilomètres et d’emmagasiner de la confiance. Une confiance qu’avait semble-t-il perdu Cancellara en 2012, victime d’une chute sur Gand-Wevelgem une semaine avant de se fracturer la clavicule sur le Tour des Flandres. Peut-être donc pas si anodine, cette épreuve longtemps boycottée et aujourd’hui encore au centre des débats.

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