Le Mur de Huy et ses terribles pentes n'est plus aussi applaudi qu'à ses débuts. - Photo PhotoSport
22 avril 2015

Problématique, le Mur de Huy ?

« Le terrible Mur de Huy ! », « Il ne reste plus qu’un kilomètre, mais quel kilomètre celui-là ! », « l’escalade finale ». Tant de phrases prononcées et répétées par les commentateurs sportifs des chaînes de télévision, qui ne servent qu’à mettre encore plus l’eau à la bouche du téléspectateur en attendant la fatidique ascension du Chemin des Chapelles, environ 1300 mètres à 8% de moyenne, pour un maximum estimé à 26% dans la spectaculaire épingle à mi-pente. Assurément le clou et la grosse attraction de la Flèche wallonne, et l’édition 2015 n’a pas dérogé à la triste tradition. Malgré quelques escarmouches dans le dernier tour de circuit, les petites nouveautés n’auront rien changé, et il aura même fallu attendre le replat en haut du Mur pour voir Alejandro Valverde se détacher de ses adversaires puncheurs. De quoi se montrer déçu, et inquiet en vue de Liège.

Comme à l’Amstel, les difficultés intermédiaires escamotées

Dimanche dernier déjà, la plupart des fans de cyclisme ressentaient un arrière goût amer après la victoire de Kwiatkowski au terme d’un sprint d’une quinzaine d’unités. D’une part car, disons le, un tel sprint n’est pas franchement digne du standing d’une classique aussi difficile tout au long de ses 250 kilomètres, et d’autre part parce qu’aucun des favoris n’a porté la moindre offensive avant le dernier passage d’une bosse dont on sait à qui elle peut convenir et à qui elle ne convient pas. Seul Vincenzo Nibali a bougé le petit doigt dans le Keutenberg, un raidard dépassant allégrement les 20%, mais situé tellement loin de l’arrivée depuis le remaniement post-Mondiaux 2012 que n’importe quelle tentative y échoue systématiquement. Alors, vexé de ne pas avoir été suivi, le Sicilien s’est laissé décrocher, et ce sont les second-couteaux qui se sont chargés d’animer les derniers kilomètres sans trop y croire. Simon Clarke s’est illustré avant le regroupement final, tout comme Tim Wellens ce mercredi – après une attaque vaine et molle du « Squale » dans l’inédite côte de Cherave. Le Belge, vainqueur d’un Eneco Tour au culot, n’a pas eu la même chance sur une Flèche wallonne cadenassée, et s’est ajouté à la longue liste des hommes seuls inexorablement repris par une meute à moitié endormie dès que la route se cabre. Alors, qui blâmer ? Si traditionnellement, les organisateurs représentent une cible facile dès lors que des critiques s’élèvent contre un tracé supposé favoriser l’attentisme, on ne pourra pas faire de reproche à ASO cette année.

L’introduction de la rectiligne mais difficile côte de Cherave était en effet une bonne idée. Longue d’un bon kilomètre pour une pente moyenne similaire à celle du Mur mais bien plus régulière, la nouvelle difficulté dernière sera également au programme de l’étape du Tour qui arrivera à Huy. De quoi attirer des hommes qui ont l’habitude de faire l’impasse sur la Flèche, comme Nibali, Froome ou Rolland. D’ailleurs, depuis la révélation du parcours officiel, les attentes autour de cette nouvelle côte placée à seulement cinq kilomètres de la ligne d’arrivée n’avaient cessé de croître. Attaqueront, attaqueront pas ? On aurait tort de rentrer dans l’enflammade générale télévisée due aux mouvements brusques de Nibali et Kreuziger en tête de peloton. La côte de Cherave a surtout permis aux favoris de se replacer, et à quelques rêveurs courageux de connaître leur minute de gloire. Ainsi, il a fallu se résoudre à une nouvelle montée groupée sur les hauteurs de Huy, et ce à une allure visuellement moins élevée qu’à l’habitude. Rapidement au front, Valverde s’est retourné en permanence, tandis que des coureurs non explosifs comme Rolland ou Fuglsang étaient encore au contact des meilleurs après avoir franchi les hectomètres les plus terribles. Pensaient-il vraiment battre des spécialistes de l’exercice du kilomètre pentu dans de telles conditions ?

Vers une désinstitutionnalisation des ardennaises ?

Face à un manque flagrant de panache, d’audace, et donc de spectacle, la question problématique d’une désacralisation d’une partie du mythe de ces classiques ardennaises mérite d’être posée. Sans lui enlever de mérite et de respect, Simon Gerrans et son effort final à Liège l’an dernier, le temps de la courte ligne droite d’Ans, avait déjà contribué à une volte-face du public face à l’événement. Liège-Bastogne-Liège est inscrite dans l’histoire du vélo pour sa distance, l’enchaînement des côtes parmi les plus difficiles du massif Ardennais, et la grandeur de ceux qui y ont construit leur palmarès. On rêve bien plus des multiples victoires de Merckx, du succès de Bernard Hinault en 1980, ou encore du triomphe de Michele Bartoli en 1998, voire d’Andy Schleck en 2009, que des accélérations victorieuses de Gerrans et Martin ces deux dernières années. Quant à l’Amstel Gold Race, le Cauberg lui a progressivement conféré, elle aussi, un statut de course d’un jour qui se décide dans son dernier kilomètre. Depuis 2010, il n’y a que Roman Kreuziger pour avoir anticipé l’explication tant attendue, et le kilomètre et demi supplémentaire au sommet du mont semble crisper de plus en plus des grimpeurs et puncheurs débordant de fougue et d’espoir.

Si bien qu’aujourd’hui, il n’y a guère que l’atmosphère si unique des classiques pavées du Nord de l’Europe qui captivent toujours avec la même saveur. L’indécision sur un secteur pavé, les bordures, les conditions météorologiques, et un parcours qui, quoi qu’on en dise, reste monumental, offrent une forte adrénaline au public, qui guette avec impatience le retour du printemps. A contrario, la fin de la campagne nourrit plus de déçus que de conquis, et on entend déjà certains clamer leur désir de voir arriver le Tour d’Italie, et à plus long terme le Tour de France. Alors, comment y remédier ? Dans le cas précis de la Flèche Wallonne, un changement de parcours s’apparente à un casse-tête insoluble. ASO change de manière régulière les petites côtes situées entre l’avant-dernier passage du Mur de Huy et le rush final, mais cela n’a jamais produit l’effet escompté. Même si la côte de Cherave, une originalité à fort potentiel qui doit être soulignée, pourrait être conservée

Sinon, que reste-t-il ? Adopter la même réforme que début 2013 aux Pays-Bas, à savoir repousser la ligne d’arrivée quelques mètres plus loin ? On peut déjà prédire le même bilan que pour sa sœur limbourgeoise, à savoir le même round d’observation dans une ultime difficulté qui harcèle moralement et physiquement les coureurs dans les oreillettes. La solution serait-elle justement à trouver de ce côté-ci ? En guise de prélude, la Flèche brabançonne avait proposé une course de mouvement agréable à regarder, mais la difficulté et la distance n’était pas comparable. Enfin, il reste le schéma radical, à savoir ôter à la manière du Ronde avec le Mur de Grammont l’élément qui cristallise toutes les attentions. Dresser l’arrivée sur les quais de la Meuse en bas de l’ascension de Cherave paraît autrement séduisant sur le papier, et obligerait les prétendants à la victoire à s’extirper du peloton bien en amont, comme par exemple dans ce qui serait le dernier passage du Mur de Huy, à 25 bornes du but. Plus facile à dire qu’à faire, et sans doute trop ambitieux pour les responsables du parcours, mais pour relancer la machine wallonne, il faudra prendre des risques. On espère en tout cas assister à un autre fil rouge dimanche, même si on n’y croît plus vraiment.

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14 Commentaires sur "Problématique, le Mur de Huy ?"

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vincent3869
vincent3869

C’est vrai que les classiques ardennaises sont de plus en plus stéréotypées et que les Flandriennes sont aujourd’hui plus captivantes. Pour la Flèche, ce n’est pas si gênant, c’est la seule classique qui se termine par un mur, c’est son identité (même si on aimerait un peu plus de mouvements…). Pour l’Amstel et surtout pour Liège, c’est plus gênant. Mais bon, si on regarde les éditions de la Doyenne jusqu’à 2012 (l’attaque de Nibali dans la Roche aux Faucons), on a quand même eu des courses plus animées. Si dimanche, ils arrivent à 15 à la flamme rouge à Ans, on commencera à se lasser…

bat
bat

A titre personnel, j’ai beaucoup de mal avec ce type de critiques. On semble très facilement oublié que coureur cycliste, c’est avant tout un métier pour eux, pas un spectacle. Leur but, c’est de gagner la course, pas de faire un show qui ravira le spectateur.

GVR
GVR

On sait très bien que 2/3 équipes vont cadenasser la course, arriver à 40 à Ans mener gros tempo sur le début de l’ascension finale et finalement laisser leur leader sortir à 150 mètres !
Je ne vois pas pourquoi ça changerait dimanche !
Les organisateurs n’y sont pour rien, le problème vient selon moi des points WT attribués et du fait que les DS préfèrent assurer une cinquième place plutôt que de tenter un coup à 30 bornes pour la gagne !

Alexandre Péju
Alexandre Péju

On a quand même eu un beau final hier. La Côte de Cherave aura permis à Wellens d’attaquer et s’il avait été suivi par deux trois gars, pourquoi pas?

Maintenant il faudrait peut être baisser le nombre de coureurs à 5-6 par équipes, enlever les oreillettes et changer les points WT (style les 25 premiers marquent des points).

Après hier, Valverde était tellement au-dessus du lot que de toute façon, ça aurait été bien difficile de le battre.

Espérons plus de mouvement dimanche mais je pense que Valverde peut faire le doublé.

chris
chris
C’était couru d’avance. Le cyclisme moderne, c’est çà. Et sur tous les types de parcours. Sur les Flandres et Paris Roubaix, le jour n’est pas loin où l’on aura 40 coureurs au sprint. Le parcours n’y fait rien.Si c’est plat, sprint massif, si ça monte, défilé du peloton sur toutes les bosses ou cols et course dans les 3 derniers kilomètres. Depuis belle lurette, celui qui ne regarde que le dernier tour des Championnats du Monde avec course bloquée par les équipes sur 90 % du parcours ne perd rien! Le niveau de préparation a tiré le peloton vers le haut. Les équipes sont très structurées avec leurs ouvriers spécialisés qui tirent le peloton à 50 km/h et s’ils se retrouvent devant par hasard, ils n’ont aucune liberté ( voir le comportement de Martin et de Van Andermaet sur l’Amstel). le cyclisme est désormais un sport d’équipe tourné vers le dernier étage de la fusée à mettre sur orbite le plus près possible de la ligne d’arrivée. Je ne vois pas d’autre solution pour rendre son caractère individuel et épique à un sport qui va faire crever d’ennui les spectateurs que le démantèlement des équipes avec 30 équipes au départ… Lire la suite »
Robin Watt

@Chris : Je suis clairement d’accord avec toi, mais réduire les équipes à ce point pose d’autres problèmes. Et notamment celui de la précarité des coureurs. Aujourd’hui on a des équipes de 30 coureurs en WT, et ils ont tous un rôle. Si on venait à mettre seulement 5 coureurs par équipes sur les courses, on pourrait faire la saison avec 22-23 coureurs je pense. Ca en fait 7-8 par équipes qui se retrouvent sur le carreau, et je suis pas sûr qu’il se crée assez d’équipes en parallèle pour tous les accueillir.

En gros, il faudrait oser changer les règles et mettre un tas de gars dans la merde (surtout que ce serait les gregario, parfois très bons mais qui n’ont juste pas eu leur chance), ce qui est quand même cruel. Du coup, l’UCI ne le fera jamais. Après, on peut imaginer quelque chose sur le long terme : passer à sept coureurs rapidement, puis à six dans cinq ans, etc. Mais pour ça, il faudrait que les instances veuillent faire évoluer le cyclisme dans ce sens, et ça n’a pas l’air d’être à l’ordre du jour…

Alexandre Péju
Alexandre Péju

@Robin Watt

Je ne suis pas du tout certain que l’UCI s’intéresse aux « petits » coureurs.

En même temps il va falloir changer les règles car le cyclisme va mourir à petit feu si cela continue comme ça.

Hub
Hub

Les ardennaises doivent clairement se réinventer. Ces courses soporifiques où tout se joue dans les derniers hectomètres et qu’un coureur invisible une journée entière remporte deviennent franchement pénibles. Tracer la ligne d’arrivée une quinzaine de km après la dernière difficulté (soit pas trop pour pouvoir conclure seul ou en petit comité et pas assez pour permettre aux équipes de finisseurs-opportunistes de s’organiser) me semble effectivement une bonne solution. Il est grand temps que les organisateurs s’en rendent compte !

A titre de comparaison, les vainqueurs 2015 des classiques du Nord (Stannard, Thomas, Paolini, Kristoff et Degenkolb) ont tous, a un moment ou un autre, dû prendre tout seuls leurs responsabilités pour triompher. Quel contraste avec le scénario insipide offert sur les ardennaises !

GVR
GVR

@Hub

On a vu sur l’Amstel que l’arrivée étant placée quelques hectomètres après le Cauberg, la course s’est tout de même disputée au sprint avec Matthews qui dissuadait tout le monde de rouler !
Il suffit donc qu’un seul coureur plutôt rapide même GVA par exemple s’accroche pour qu’il n’y ait pas de collaboration .

chris
chris

Pour répondre à Robin Watt, effectivement, la réduction du nombre de coureurs par course aurait pour conséquence de réduire l’effectif global des équipes. cela poserait un problème de chômage. Avec des bémols: avec des courses à 30 équipes de 5 au départ ( 25 de 7 pour les courses à étapes), on pourrait augmenter le nombre des pro Tour actuellement de 17 à 20, soit, sur une hypothèse de 22 coureurs maximum par équipe, 66 coureurs « recasés » sur les 120 à 130 concernés par les réductions d’effectif. L’appel d’air créé du coup chez les continentales pro dont 3 passeraient à l’échelon supérieur et 10 seraient invités chaque fois ( 5 sur les grands tours) , ferait certainement « monter » les meilleures continentales qui recruteraient ( pourquoi pas Marseille ou Lille Roubaix?) Des seconds couteaux de grosses équipes pourraient troquer leur rôle de domestique contre celui de leader d’équipes à l’échelon directement inférieur. C’est bien entendu des discours du café de la gare mais…

Hub
Hub

@GVR
Je pense que l’Amstel a un bon parcours, qui offre des possibilités à pas mal de coureurs. La preuve : Kreuziger l’a remportée il y a deux ans et Kreuziger et Van Avermaet auraient pu/du aller au bout si BMC avait fait preuve d’un minimum de clairvoyance.
La Flèche et LBL sont différentes et nettement plus exigeantes : dans leurs 5 derniers km, elles ont chacune deux montées plus difficiles que le Cauberg. Ca fait peur à tous les coureurs (même Nibali s’y est cassé les dents, c’est dire…).

Robin Watt

@Chris : Oui certains pourraient possiblement retrouver une équipe. Mais ajouter trois équipes WT, ça ne se fait pas comme ça. Regarde il y a deux ans, il n’y avait qu’Europcar pour candidater. Je ne dirai pas qu’il y a pénurie de sponsors, mais on n’est quand même pas dans une situation où des équipes demandent à se créer chaque année. Chaque saison, des sponsors s’en vont, et il suffit de regarder cette année : on n’a que 17 équipes WT…

GVR
GVR

Après on sait tous que la Flèche c’est une course de côte et à la limite c’est ancré dans son patrimoine génétique donc si la Flèche reste une course de côte c’est pas dérangeant en soit si on a du beau spectacle sur les deux autres.
Le problème c’est qu’on se dirige sur le même schéma pour les trois ardennaises ce qui risque de lasser à force !
Je lance ça comme ça mais pour débrider un peu les courses, que pensez vous de donner le même nombre de points World Tour aux 5 premiers par exemple !
Comme ça il ne chercherait plus à garder les points de la 2° place par exemple vu que même si ils perdent des places ils auront le même gain de points !
Quitte à persister dans cette idée, il faudrait faire de même pour les primes de courses, qu’elle soit moins élevées pour le premier afin d’uniformiser et d’encourager les coureurs à prendre des risques