Les coups de bordures au milieu du désert, caractéristiques du Tour du Qatar, ne sont pas au programme en 2017 - Photo Muscat Minicipality / Paumer/Kåre Dehlie Thorstad
9 février 2017
Par Adrien Godard  

Le Tour du Qatar manque-t-il ?

Sur le site internet du Tour du Qatar, le compte à rebours avant le départ était encore visible la semaine dernière. L’épreuve devait débuter ce lundi et tout semble avoir été laissé en plan. L’anniversaire des quinze ans n’aura pas eu lieu, la faute à « des difficultés rencontrées par les organisateurs dans la recherche de sponsors. » Une annonce et une justification surprenantes, surtout pour une course qui devait intégrer le World Tour.

Une préparation privilégiée

Quand l’épreuve a été créée en 2002 pour promouvoir le Qatar et la mondialisation, l’intérêt sportif ne sautait pas aux yeux. Plus attirées par les dollars offerts aux participants que par la gloire de la victoire, de nombreuses équipes sont malgré tout devenues des fidèles de l’épreuve. Avant de trouver dans cette préparation exotique quelques avantages. Une épreuve de cinq jours en février, courue sous la chaleur, s’annonce plus efficace qu’une petite semaine en France, où il faut avant tout se battre contre le froid et la pluie. Puis le vent très présent au Moyen-Orient, à l’origine de bordures et de beaux scénarios, est aussi devenu un argument. Les chasseurs de classiques sont toujours à la recherche de telles conditions pour se tester, surtout à un mois et demi des premières échéances. D’où l’expatriation, à la fin d’hiver, d’une partie du peloton.

Les sprinteurs sont alors les plus nombreux à faire le déplacement, voyant là quatre ou cinq occasions de s’affronter. Le plateau des as de la dernière ligne droite n’avait même rien à envier à certains grands tours. Le palmarès parle de lui-même : les trois coureurs les plus prolifiques sur l’épreuve sont Boonen, Cavendish et Kristoff. Le voyage au Qatar n’avait donc rien de vacances au soleil, il s’agissait bien d’un test intéressant peu après la reprise et en vue du printemps. Alors oui, à ceux-là, le Tour du Qatar doit manquer. En atteste ce tweet de Niki Terpstra, double vainqueur, une photo de bordures dans le désert à l’appui. « Cela va me manquer. Triste d’entendre que le Tour du Qatar 2017 est annulé. » Mais le Néerlandais n’est pas resté à la maison pour autant, et a fait les beaux jours du Tour de Valence la semaine dernière. Alexander Kristoff, lui, s’est aligné sur l’Etoile de Bessèges. Quand le malheur des uns fait le bonheur des autres.

Vieux Continent vs pétrodollars

Sans le Qatar, il a fallu trouver des solutions de repli. Les épreuves européennes en ont profité. Trois équipes de premier plan se sont alignées au dernier moment dans le sud de la France : une chance à une époque où beaucoup de courses peinent à s’organiser financièrement. Mais toutes les épreuves du Vieux Continent n’ont pas eu ce plaisir. La Méditerrannéene, annulée, n’a pas bénéficié de l’épisode qatari. Et à des milliers de kilomètres de là, le Tour d’Abu Dhabi avancé à fin février se propose comme solution de remplacement, même si elle arrive un peu tard.

Se pose alors la question la mondialisation dans le cyclisme actuel. Faut-il s’expatrier aux quatre coins du monde, dans des contrées à qui l’on offre le label World Tour alors qu’elles n’attirent pas les spectateurs, quand l’historique Paris-Tours n’y a plus droit ? Le Qatar a connu son apothéose cycliste avec l’organisation des derniers Championnats du monde à Doha. Mais il n’était pas prévu que ce Graal marque aussi son crépuscule. Le manque de sponsors avancé peut alors paraître surprenant compte tenu de la puissance financière de l’émirat. « Il y a des entreprises partout dans le monde qui sont intéressés par le cyclisme », disait en plus Bryan Cookson fin décembre au Figaro. Pourtant, cette semaine, il n’est pas question de bataille des sprinteurs au milieu du désert…

Tout organiser à coup de gros sous, pour attirer le regard du monde vers leur richissime état. Voilà la stratégie des pays du Moyen-Orient, le Qatar en précurseur. C’est aussi grâce à l’épreuve gérée par ASO que des courses se déroulent à Oman, Abu Dhabi ou Dubaï. A première vue, la recette paraît simple. Aligner les billets pour permettre à de grands noms de se déplacer et proposer à Eddy Merckx d’être parrain a forcément donné une belle image de ce bout de désert. Mais terminer une étape entre deux bouts de sable, sans un seul spectateur, et monter sur un podium que personne ne regarde, est-ce vraiment ça le cyclisme ? Si les sponsors ne sont réellement plus attirés par le projet qatari, c’est presque une bonne nouvelle. Une preuve que les gros chèques n’ont pas tous les pouvoirs dans le vélo. Reste que les courses européennes doivent passer à la vitesse supérieure. Pour montrer que le Tour du Qatar n’est pas indispensable.

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5 Commentaires sur "Le Tour du Qatar manque-t-il ?"

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gougi
gougi

Tout a fait d’accord, même si je suis partisans de la mondialisation, mais pas a n’importe quel prix…. Le japon, la chine, les pays d’Amérique du sud, je dis vouis !!! il y a du public, mais c’est vrai que la démonstration du dernier championnat du monde était édifiante ! et heureusement pour eux qu’il y a eu un beau champion, sinon ça aurait été le naufrage . En même temps en dehors de la culture Qatar du vélo qui doit être proche du zéro, il faut bien reconnaitre que le climat de ces pays ne se prête pas à la pratique du vélo a un tel niveau !

Lance Neilstrung
Lance Neilstrung

la chine ? un peu comme le tour de pékin ? lol

loutrejoyeuse
loutrejoyeuse

Je pense qu’on devrait labelliser world tour des courses des courses ayant déja réussi à ce faire une réputation. Des épreuves comme la Japan Cup, le tour du langkawi, tour du colorado et même tour du rwanda sont au point.

David Brabyn

Pourquoi n’y a t-il rien en Afrique du Sud pendant l’hiver européen ? Ça me semble tellement évidement comme solution.

Gentleman
Gentleman
Les derniers championnats du monde ont démontré combien le Qatar est le pays du grand écart : d’un côté une course magnifique tant tactiquement, physiquement, que dans la beauté des paysages traversés (je reconnais que c’est un jugement personnel, tout le monde n’est pas obligé d’être sensible à la « beauté du désert » mais les images des lieux de course m’ont plu). Un vrai potentiel sportif donc. De l’autre côté, l’absence de spectateurs, un peu comme un match qui se jouerait à huis clos, mais sans que le public ait eu au préalable un comportement répréhensible. Donc forcément, la tension entre ces deux extrêmes rend la course aussi intéressante que fragile. L’élastique a cassé, peut-être fragilisé par la décision perçue comme un peu capricieuse l’an dernier de « ne pas inviter » l’équipe Etixx Quick Step suite à quelques différents avec l’organisateur. Il serait intéressant de savoir quels sont les sponsors qui ont manqué : ceux du moyen Orient, ou ceux de l’industrie du cycle ? Si ce sont ces derniers qui ont fait défaut, il serait intéressant de connaître leurs raisons. Financières (manque de retombées lié au manque de spectateurs et à une couverture TV peu suivie dans les pays de commercialisation… Lire la suite »
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