Cette saison, Romain Bardet s'est imposé comme le chef de file de l'équipe AG2R - Photo Mathilde L'Azou
Récompenses 2016
17 décembre 2016

Bardet, Français de l’année 2016

Fignon, Virenque et Péraud. Sur les trente dernières éditions du Tour de France, seuls ces trois tricolores ont fait aussi bien que Romain Bardet, à savoir décrocher une deuxième place au général. Ça vous classe le bonhomme, et suffit à lui donner une place dans l’histoire du cyclisme français. A 26 ans, le voilà leader d’une génération bleu-blanc-rouge ambitieuse et sans complexe. Parce qu’il ne se fixe aucune limite.

Un jour, un destin

La saison de Romain Bardet a véritablement basculé dans la descente de la côte de Domancy. En suivant aveuglément son coéquipier et ami Mikaël Chérel, le garçon s’apprête à réaliser le plus grand exploit de sa jeune carrière. Après avoir créé un petit écart avec ses concurrents pour le podium du Tour, il fait plus que leur résister dans la montée vers Saint-Gervais. Pendant un peu plus de dix kilomètres, Bardet écrit son histoire. Il fait vibrer la France entière dans un mois de juillet où l’on s’est trop rarement levé du canapé avec joie. « Romain m’a donné des frissons », avancera même Chérel après-coup. Cette offensive pleine de panache fera passer l’Auvergnat de la cinquième à la deuxième place, juste derrière l’imprenable Chris Froome. Mais elle vient surtout récompenser le travail d’un coureur reconnu pour sa minutie et sa persévérance à l’entraînement. Son jeune âge n’est pas une excuse, le protégé de Vincent Lavenu chez AG2R La Mondiale ne veut rien laisser au hasard. Ce qui ne l’empêche pas d’être l’un des coureurs les plus offensifs du peloton. Son Tour de France est là pour le rappeler. Il fait partie de ceux qui osent attaquer, quitte à tout perdre. Parce qu’il ne se satisfait pas d’une place dans les dix premiers. Quelques jours avant son exploit de Saint-Gervais, il avait déjà attaqué dans les lacets du Grand Colombier. Ça n’avait pas abouti, mais ce n’était que partie remise.

Cet état d’esprit, c’est aussi ce qui lui permet de faire l’unanimité en interne, au sein de l’équipe savoyarde. Il n’y a qu’à voir l’engouement de tous ses partenaires au soir de l’arrivée sur les Champs-Elysées. Alors que Bardet recevait les honneurs du podium, tous ses coéquipiers se tenaient en face de lui, avec le staff. Pour ne pas louper ce grand moment, et saluer la performance d’un leader qui sait faire preuve de reconnaissance envers ceux qui l’accompagnent. Reste qu’il sera très difficile d’aller plus haut que ce qu’a connu le Français en juillet dernier. D’abord parce qu’un tricolore sur le Tour subit une énorme pression. Puis parce qu’il doit faire face à deux phénomènes. Le premier, Chris Froome, paraît chaque année plus invulnérable. Heureusement, il a cinq ans de plus que Bardet. Problème, l’autre larron, Nairo Quintana, est de la même année que l’Auvergnat. A eux deux, ils sont les fers de lance de cette fameuse génération 90 en montagne. Si l’idée d’un duel pour les prochaines années a de quoi séduire, on se dit surtout que le Colombien ne se loupera pas deux fois comme cette saison. Mais là encore, le nouveau patron français ne se braque pas. Il va persévérer, et reviendra dès 2017 sur la Grande Boucle pour assumer son nouveau statut. Il n’est pas du genre à se défiler.

Le Tour, mais pas que…

Malgré tout ça, résumer la saison de Romain Bardet au Tour de France serait passer à côté de beaucoup de – belles – choses. Il n’est pas uniquement un coureur du mois de juillet, loin de là. Dès le mois de février, il était parvenu à prendre la deuxième place sur les hauteurs de la Montagne Verte au Tour d’Oman, devancé par le seul Vincenzo Nibali – un ancien vainqueur du Tour, quand même. La suite, ce sont quelques mois où il se fait plus discret. Parce qu’une saison cycliste s’étale en longueur et ne peut être faite que de hauts. Il semble à ce moment-là lui manquer quelque chose. Quelques watts, diront les scientifiques du cyclisme. La dernière répétition avant la grande messe de juillet se présente alors au Dauphiné, où le pessimisme est de mise quand l’enfant de Brioude montre ses failles dès la première étape de moyenne montagne. C’est pourtant ce qui déclenchera sa grande attaque dans l’étape du samedi, à plus de 70 kilomètres de l’arrivée. A vouloir jouer à la fois le maillot de leader et la victoire d’étape, il se loupe un peu dans le final. Il est battu par Pinot à Méribel, et par Froome au général. Pas tout à fait anecdotique, car ça commence à faire beaucoup de deuxièmes places pour une seule saison – six, finalement, en 2016. Mais Bardet montre tellement qu’il y a peu de choses à lui reprocher.

Même après le Tour et une escapade olympique sans réussite, il ne plie pas bagage. Il lui reste dans un coin de la tête le dernier monument de la saison, celui qui lui convient le mieux, le Tour de Lombardie. Même si son cœur s’emballe davantage pour Liège-Bastogne-Liège, l’épreuve transalpine et ses ascensions aussi longues que difficiles lui correspondant parfaitement. Alors Bardet s’applique. Tente de suivre la cadence malgré les jambes lourdes de la fin de saison. Dans le final, il ne lui manque finalement que quelques forces pour suivre l’intenable Esteban Chaves. Mais la dernière bosse lui est fatale, et le Français termine quatrième. Un bel accessit, que beaucoup auraient accueilli avec le sourire. Mais Bardet n’envisage pas de courir pour autre chose que la victoire. Alors non, cette ultime course de 2016 ne le convainc pas. Sur le moment, c’est la déception qui prime, même si elle s’estompera pendant l’hiver. Et c’est cette attitude qui fait de Bardet un coureur si particulier. Pas encore totalement mûr, mais si persévérant qu’il pourrait bien finir par côtoyer des sommets qu’on ne lui prédisait pas.

bardetportrait

Romain BARDET

26 ans, Français, AG2R La Mondiale

1 en 2016
Classement UCI : 6

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Tour de FranceDeuxième et vainqueur d'une étape

3Bardet est le 3e Français sur le podium du Tour depuis 2014 : il y en avait eu autant entre 1987 et 2013

bardetdauphine

Critérium du DauphinéDeuxième

2C'est seulement la deuxième fois (après 1973) que les deux premiers du Dauphiné sont aussi ceux du Tour de France

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Tour d'OmanDeuxième

13Avant cette année, Romain Bardet n'avait couru qu'une fois à Oman. Il avait terminé 13e, juste derrière Nibali (12e), déjà...

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