En osant sortir du peloton quand tout le monde attendait la dernière bosse, Kwiatkowski s'est offert le sacre mondial - Photo AFP
28 septembre 2014
Par  Robin Watt 

Remercions l’audace de Kwiatkowski

Ils étaient neuf au départ, comme les plus grandes nations du cyclisme actuel. Parce que la Pologne en fait désormais partie. Pourtant, ce matin, personne ne semblait vraiment faire attention à eux. Kwiatkowski était certes un leader crédible, mais si peu prolifique dans les grands rendez-vous que peu de monde y croyait. Soit il serait battu au sprint, soit il ne tiendrait pas la cadence dans la montée. Ils se sont donc tous trompés. Opportuniste et plein de culot, il a fait la nique à l’ensemble du peloton. Il n’y a qu’une chose à dire : bravo.

L’audace récompensée

Quand à peu près tout le monde s’est rendu compte que l’échappée matinale avait pris trop d’avance, c’est la Pologne qui a pris ses responsabilités. Un premier signe qui ne trompe pas. Même si personne ne les comparait aux armadas en lice à Ponferrada, eux étaient persuadés de pouvoir faire un coup. Ils ont donc secoué le peloton pour réduire très fortement l’écart avec la tête de course, avant de rentrer dans le rang pour laisser les grosses écuries se charger de la suite. Avec une sélection construite autour du leader Kwiatkowski, il n’y avait alors aucun doute sur la stratégie d’équipe à adopter : c’était tout pour le jeune Michal, 24 ans seulement mais contraint de porter sur ses seules épaules les espoirs d’une nation. Protégé tout au long de la journée, il fut alors le témoin privilégie d’une course qui s’enlisait, avec des fuyards trop près du peloton pour espérer se jouer la gagne, et un parcours vraisemblablement pas assez corsé pour faire la sélection entre puncheurs et sprinteurs.

Le natif de Torun, dans le Nord de la Pologne, aurait donc pu faire comme les autres : attendre. Avec sa bonne pointe de vitesse, suivre les attaques des premiers puncheurs aurait sans doute été suffisant pour s’imposer. Mais il ne savait pas quand ceux-ci daigneraient lever le cul de leurs selles, et il ne savait pas non plus si des coureurs étaient capables de faire le trou avec le peloton. Attentif tout au long de la semaine aux courses de jeunes, il a donc décidé de prendre seul ses responsabilités. D’où cette attaque dans la descente de la bosse de Confederacion, à huit kilomètres du but et alors qu’il reste quatre hommes devant. Le pari, se dit-on, est risqué. Mais au moins, quoi qu’il advienne, « Kwiatko » aura le mérite de quitter le territoire espagnol sans regret, avec la certitude d’avoir fait le maximum pour aller décrocher ce paletot arc-en-ciel. La suite, c’est un véritable numéro, le coureur d’Omega-Pharma Quick-Step lâchant les échappés puis créant l’écart dans la montée du Mirador. Malgré les efforts d’un petit groupe de poursuivants et du peloton, personne ne reverra Kwiatkowski, vainqueur au mérite sur la ligne.

A n’en pas douter, ses adversaires ont fait une grosse erreur en ne le suivant pas. Incroyable descendeur, le Polonais a profité des deux portions qui lui étaient favorables en seulement huit bornes pour ne jamais être revu. Mais les Valverde, Gerrans, Gilbert, van Avermaet, Gallopin ou Breschel, passés à l’offensive dans la dernière bosse, n’auraient-ils pas pu bouger un peu avant, pour suivre le jeunot de 24 ans parti comme un boulet de canon ? Incontestablement, si. Mais une nouvelle fois, ces gars là ont payé cher leur peur du risque. Si Gilbert a déjà connu le sacre mondial, tous les autres venaient pour gagner, et malgré une entente correcte dans les derniers kilomètres, n’ont rien repris ou presque à ce garçon à la gueule d’ange filant vers le sacre. Pour une fois, et qui plus est sur une épreuve des plus importantes, l’audace a été récompensé. Une véritable leçon assenée à des poursuivants expérimentés mais qui pour certains n’ont toujours pas appris de leurs erreurs. Alors qu’on attendait un festival dans l’ultime bosse, il a fallu patienter jusqu’aux derniers hectomètres pour qu’une offensive se dessine. De cette façon, espérer gagner est logiquement devenu impossible pour le groupe de six à la poursuite de Kwiatkowski.

Une réponse à ses détracteurs

Après une explosion sur la scène internationale en 2013, Michal Kwiatkowski a dû essuyer bon nombre de critiques cette saison. Ultra-polyvalent (puncheur, rouleur, grimpeur, sprinteur et presque flandrien), on lui a reproché de vouloir jouer sur tous les tableaux, avançant que c’était ça qui l’empêchait de lever les bras sur les grandes épreuves. Mais s’il doit se spécialiser, laissons-le plutôt choisir, et admirons le palmarès du garçon : en deux ans, le voilà monté sur le podium de Liège et de la Flèche, positionné sur d’innombrables autres classiques, onzième de la Grande Boucle et deuxième d’un Tour du Pays-basque. Où est le problème ? Comme Peter Sagan, né la même année et déjà son adversaire chez les jeunes, on semble vouloir lui faire remarquer son manque d’efficacité, oubliant un peu trop vite son jeune âge et son inexpérience criante. Il n’empêche qu’aujourd’hui, sur le circuit de Ponferrada, le Polonais a fait preuve d’une rare maturité, semblant avoir parfaitement appris de ses erreurs passées. Il a su partir au bon moment et résister à la perfection, faussant compagnie à des favoris qui l’ont sans aucun doute mal jaugé.

L’effort de toute la sélection polonaise plusieurs heures auparavant, que peu de monde avait compris, a alors pris tout son sens. Kwiatkowski, dont on parlait finalement assez peu ces derniers jours, avait des jambes de feu, et il a su en profiter. Les reproches devraient donc rapidement s’envoler, et nous laisser le temps de s’attarder un peu plus sur ce succès. A 24 ans, le protégé de Patrick Lefevere est le premier champion du monde polonais, et le plus jeune coureur sacré depuis Oscar Freire en 1999. Une perche tendue pour faire le rapprochement avec l’Espagnol, triplement sacré mondialement, mais aussi détenteur de trois Milan-Sanremo ou d’un maillot vert sur le Tour… Même s’il convient donc de ne pas aller trop vite en besogne, l’idée d’avoir un garçon relativement jeune pour porter la tunique arc-en-ciel a de quoi réjouir. Son style offensif et sa tendance à vouloir gagner au risque de tout perdre nous offriront à n’en pas douter des classiques avec un champion du monde à l’avant, et qui honorera son nouveau statut. On ne parlera donc pas de la malédiction du fameux paletot, mais plutôt d’un sacre obtenu de la plus belle des manières, et qui laisse présager un futur radieux pour « Kwiatko ». Parce que sur cette course, il a prouvé que sa période d’apprentissage était terminée, et que désormais, il fait partie des cadors du peloton.

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