Huitième du Ronde, Pozzato ne semble jamais y avoir cru, se laissant distraire au pire des moments. Théâtral - Photo Wilier - Selle Italia
5 avril 2017

Pozzato, l’Arlequin des Flandres

Huitième du Tour des Flandres, Filippo Pozzato a contribué à l’atmosphère générale du Ronde, où les anciennes gloires des années 2000 se sont illustrées à leur manière. Peut-être revigoré par la présence du Mur de Grammont, il ne s’est pas laissé surprendre par l’offensive des Quick-Step, avant de lâcher le bon wagon par inattention, non sans remords. Depuis toujours, « Pippo » nous a habitué à signer des coups d’éclats hasardeux. Et il n’a semble-t-il pas renoncé à ses mauvaises habitudes.

L’art de surprendre, pour le meilleur comme pour le pire

À l’approche de Milan-Sanremo, aux micros d’Eurosport, la star de Wilier-Trestina annonçait presque tranquillement ses objectifs pour la saison à venir. « Mon grand objectif, c’est Sanremo, évidemment. […] Tous les ans, je tente ma chance. Cette course, c’est mon rêve depuis tout petit. » La Primavera est déjà tombée dans l’escarcelle du Transalpin, c’était en 2006. Alors équipier de Tom Boonen dans la formation Quick-Step, personne ne l’attendait vraiment, et carte blanche lui était donnée.

Un statut qu’il affectionne, et pour cause : c’est toujours dans ces conditions qu’il a décroché ses meilleurs résultats, tous terrains confondus. Révélé en remportant Tirreno-Adriatico en 2003, Pozzato n’est pas du genre à aligner deux mois de victoires sur des courses d’importance mineure avant de concrétiser sur un objectif annoncé à l’avance. Nouvelle illustration cette année, où au mois de mars, il s’est totalement loupé. Trente-et-unième à Sanremo, aux fraises lorsque Sagan, Kwiatkowski et Alaphilippe ont fait le spectacle dans le Poggio, il s’est même fait battre par des sprinteurs de troisième zone sur le Tour de Langkawi.

Pourtant, dimanche, on a revu l’Italien aux avant-postes. Et c’est bien cette capacité à opérer des retours d’outre-tombe qui nous fascine. Le meilleur exemple reste sa deuxième place en 2012, déjà sur le Tour des Flandres. Deux mois plus tôt, Pozzato s’était fracturé la clavicule au Trofeo Laigueglia. Depuis toujours, son parcours est fait de prestations de « fuoriclasse » – parfois – et de grotesque gâchis – le plus souvent.

Au milieu de tout ça, une chose à retenir : la relative bonne étoile qui l’accompagne dans le monde des Continental Pro. Débauché par Farnese Vini à l’hiver 2011-2012 après le fiasco de la saison précédente chez Katusha, il avait paru libéré, contrastant avec sa nonchalance antérieure. Cinq années plus tard, difficile de ne pas avoir une impression de déjà-vu. Wilier-Trestina appartient historiquement à la structure Farnese du trouble Scinto. Et comme en 2012, c’est pour se relancer après une marginalisation dans l’élite – cette fois chez Lampre – qu’il y a posé ses valises. Peut-on alors dire qu’on connaît la suite ?

À 35 ans, le droit de rêver

Ce serait un peu présomptueux de vouloir assigner à Filippo Pozzato le costume de l’électron libre et désorienté pour les prochains mois. D’une part, à son âge, il n’est pas dit qu’il connaîtra forcément l’opportunité de faire un nouveau come-back en première division. Mais ce serait aussi mal connaître ses ambitions et son destin singulier. Lui-même le dit, toujours auprès d’Eurosport : « Sans Boonen, j’aurais gagné Roubaix, les Flandres et un autre Sanremo. » Difficile de lui donner tort sur ce coup-là. En 2012, l’homme aux milles tatouages était clairement dans la forme de sa vie sur le Vieux Quaremont et le Paterberg. Jamais on n’avait vu un Pozzato aussi puissant sur des pentes traîtres, qui ont failli éjecter Boonen de la chasse aux records. Sa défaite finale tient plus de son caractère que d’une infériorité physique. Présomptueux, il se sentait capable d’aligner « Tommeke » dans la dernière ligne droite.

Comme trop souvent, l’Italien avait alors perdu son pari. Au final, il aura accompagné un nombre incalculable de fois Boonen, Flecha, Freire, Ballan, Hushovd et quelques autres sur les estrades d’après-course. Mais il aura, en proportion, rarement goûté aux joies de la première place « Mon seul problème, c’est que le cyclisme a trop changé », regrette-t-il. Pointant du doigt les coureurs démarrant les longues courses tambour battant, Pozzato confie par la même occasion que sa façon d’appréhender les épreuves à évolué. Il se comporte désormais en bon diesel, qui a besoin de temps pour rentrer dans la danse. A quoi peut-il donc songer pour étoffer un palmarès qui aura connu son apogée de façon très précoce ? L’un de ses désirs secrets à toujours été le maillot arc-en-ciel. Placé parmi les outsiders à Geelong et chez lui, à Florence, il avait sabordé ses chances australiennes en se livrant au jeu du chat et de la souris, contre… Philippe Gilbert, désormais vainqueur du Ronde.

Tous ses rivaux, passés ou présents, ont su transformer les circonstances, afin qu’elles écrivent leurs trajectoires. Pozzato, lui, a toujours buté contre ces mêmes « circonstances » qu’il maudit. Supportant les aléas de la vie en Conti Pro, il ne sera pas invité sur Paris-Roubaix. Une vraie déception, lorsque l’on sait que les heureuses surprises ont toujours lieu sur le tard. Dans la Botte, il a même déjà commencé à transmettre le témoin à Sacha Modolo, sixième à Audenarde, et Sonny Colbrelli. C’est sans doute en capitaine de route qu’il disputera pour la seizième fois un grand tour, en mai prochain. Qu’importe. L’une de ses maximes préférée est empruntée à la morale saint-augustéenne. « Seul Dieu peut me juger », aime clamer Pozzato, qui a régulièrement fait acte de sa passivité dans les moments clés, quitte à s’incliner tête basse. Espérons que la retraite de Boonen, au vélodrome de Roubaix, lui donne une motivation bienvenue.

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