Impressionnant sur les pavés, Philippe Gilbert a su résister pendant plus de cinquante kilomètres pour s'imposer - Photo AF-Fotografie.com
2 avril 2017
Par  Robin Watt 

Succès divin

Il ne rêvait que de ça. Montrer que lui, le Wallon qui survolait il y a quelques années les ardennaises, pouvait aussi dompter les pavés flamands. Et il y est arrivé. Malgré ses 34 ans, malgré la concurrence interne, malgré des adversaires sur le papier supérieurs, c’est bien Philippe Gilbert qui a inscrit son nom aux côtés des plus grands. Dans des circonstances très particulières…

Protégé par les Dieux

Les Dieux du vélo étaient sans doute du côté de Philippe Gilbert, en ce jour de fête pour toute la Belgique. C’est d’ailleurs ce qui hante nos esprits. Jamais, en temps normal, le Wallon n’aurait dû s’imposer. Mais définitivement, le Ronde n’est pas une course normale. « Si on veut gagner le Tour des Flandres, on n’attaque pas à 55 kilomètres de l’arrivée. » L’analyse de Jacky Durand, quelques minutes avant le podium, sur Eurosport, est pleine de sens. Parce que le Belge a eu un peu de chance. Celle de voir son leader désigné mis hors du coup sur un incident mécanique – et une certaine incompétence de l’équipe Quick-Step, disons-le. Et celle de voir, surtout, le trio Sagan-Van Avermaet-Naesen, tout juste parti à sa poursuite, chuter dans l’ultime passage du Vieux Quaremont. Sans ça, à 17 kilomètres de l’arrivée et avec moins d’une minute de retard, les trois hommes les plus costauds de ce printemps seraient revenus à coup sûr sur celui qui se donnait sans compter, seul, devant, depuis près de quarante bornes.

Parce que oui, quand Gilbert est sorti dans le deuxième passage du Vieux Quaremont, à plus de cinquante kilomètres de l’arrivée, il n’imaginait pas aller au bout. Il préparait le terrain pour ce Boonen que l’on espérait dans un grand jour et qui, à une semaine de raccrocher le vélo, rêvait de partir sur un succès de prestige. Mais finalement, de cette accélération jusqu’à Audenarde, « Phil » est resté seul. Personne n’a été là pour lui donner ne serait-ce qu’un relais. C’était Gilbert face au reste du peloton. Et face à lui-même. Alors aérien, il l’était à coup sûr. Jamais on ne l’avait vu aussi fort sur les pavés. Mais capable de s’imposer, dans des conditions normales, il ne l’était pas. Dans un sprint en petit comité, jamais il n’aurait pu rivaliser avec Sagan et Van Avermaet. Pas après tant d’efforts. Aujourd’hui, difficile donc de voir cette incroyable victoire de Gilbert comme celle du plus fort. Mais elle est incontestablement celle du plus courageux et du plus audacieux.

Étincelant

Comme si souvent, finalement, le Tour des Flandres a donc récompensé celui qui aura osé. Peut-être que ces fameux Dieux du vélo, en plus d’avoir un faible pour la belle histoire de Philippe Gilbert, ne voulaient pas d’un vainqueur qui ne se serait véritablement découvert que dans les vingt derniers kilomètres. Alors trente ans après Claudy Criquielion, voilà un nouveau wallon au palmarès du monument flamand. La légende Boonen et l’héritier Van Avermaet n’ont qu’à bien se tenir. Mais pas d’inquiétude. Le premier, déjà triple vainqueur, n’est plus à ça près. Le deuxième, lui, reviendra forcément l’an prochain, encore plus revanchard. On peut donc laisser, sans culpabiliser, une grande part du mérite à Philippe Gilbert. Un héros tellement heureux qu’en franchissant la ligne à pied, sa monture à bout de bras et le sourire jusqu’aux oreilles, il a propagé son bonheur. Jusqu’aux fans de Boonen, Sagan et Van Avermaet.

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20 Commentaires sur "Succès divin"

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guillaume
guillaume

incompétence de l’équipe quick step ? mais oui biensur.. que dire des autres équipes alors ??? chaque vélo de rechange est sur le grand plateau.. pr revenir à la course ! énorme gilbert .. le plus fort à gagner !! dommage pr sagan mais le panache en sort vainqueur..

La Jonchère
La Jonchère

Oui tout à fait, j’ai oublié cette affirmation dans mon (déjà trop long) commentaire. L’équipe Quick-Step me paraît avoir parfaitement joué le coup tactiquement. A l’arrivée : une victoire et un podium, pas mal pour des incompétents. Plus sérieusement, pour une fois qu’ils mettent en place une stratégie d’équipe qui marche parfaitement, eux à qui on reproche si souvent (à raison souvent) de mal gérer ses leaders et de gaspiller sa force de frappe, félicitons-les.

La Jonchère
La Jonchère
Certaines de vos analyses me paraissent très contestables : -Philippe Gilbert préparait le terrain pour Boonen, et a été libéré par la chute de son leader désigné : rien n’est moins sûr. De ce que disaient les deux coureurs avant la course, Gilbert semblait jouir d’un statut au moins égal à celui de Boonen sur ce Ronde, si ce n’est mieux. De plus, il me semble que Boonen a beaucoup roulé après la cassure du Mur de Grammont et à l’approche du Vieux Quaremont, pas tellement Gilbert. Et une fois que Gilbert est parti, il roulait à fond, tandis Boonen cherchait très clairement à temporiser et ralentir le rythme du groupe. Pour moi, tout cela semble indiquer que l’offensive de Gilbert n’était probablement pas le coup préparatoire que vous suggérez. -« Aérien, il l’était à coup sûr. Mais capable de s’imposer dans des conditions normales, certainement pas »: Ah bon. Pour moi être aérien, c’est littéralement « survoler la course », c’est à dire être en mesure de s’imposer quelles que soient les circonstances. En l’occurrence, Gilbert l’a été. Quant aux « conditions normales », je ne vois pas bien à quoi cela correspond, dans une course qui se caractérise précisément par son imprédictibilité et la… Lire la suite »
guillaume
guillaume

tu as tout dit !!

pat
pat

Pour battre Sagan et GVA il fallait anticiper et c’est ce qu’ont fait les coureurs de chez quick step . Gilbert remporte une victoire pleine d’audace et de panache et on s’en fou de savoir si il était le plus fort ou non . Les Dieux du vélo n’étaient décidement pas avec Tom Boonen qui n’a vraiment pas eu de chance pour son dernier Ronde . Vu sa grande forme il aurait pu espérer finir mieux que dans un certain anonymat . J’espère que la chance et la réussite seront là pour permettre à Boonen de finir sa carrière avec un feu d’artifice à Roubaix .

guillaume
guillaume

Ne vous inquiétez pas, le cyclisme est un sport d’équipe, et dimanche ça sera tout pour TOMMEKE !!!

Reg
Reg

Il faut arrêter de parler de « course normale » [j’ai aussi lu les commentaires et réponses aux commentaires précédents] :
– Philippe Gilbert tient ses poursuivant à 1′ pendant 50km, cela n’a rien de « normal » (dans le bon sens du terme). Il réalise un exploit.
– Sagan et GVA n’étaient pas impériaux, la chute de Sagan en est probablement le signe : pas le genre à poser la roue où il ne faut pas en temps normal.
– La chute est un « fait de course », il y en a toutes les « courses normales ». Ça s’appelle le cyclisme.
– Sagan et GVA ont joué, ils ont perdu (le mec devant s’appelait Gilbert, pas – Ghislain – Lambert). Ça aussi ça s’appelle le cyclisme.
– Gilbert n’avait pas prémédité ce coup mais a réagi en fonction de la course. Encore une fois, ce que devrait être le cyclisme. Une chance que l’oreillette n’ait pas fonctionné.

En gros, je trouve dommage de minimiser cette énorme victoire (et j’aime bien Sagan et GVA).

chris83
chris83

Gilbert a réalisé un exploit. on avait vu qu’à La Panne, il volait.Les Quikstep qui étaient normalement inférieurs au trio Sagan Van Avermaet Naesen ont joué le meilleur coup à faire. Lancer l’offensive de loin, obliger les BMC et Bora à se dépouiller pour ramener leurs leaders, garder des munitions en réserve: Tepstra, Stybar. 4 chances sur 5 que ça ne marche pas mais la fortune sourit aux audacieux. S’ils n’avaient pas fait çà, même avec la chute, sans doute Van Avermaet gagnait. Et dans un Tour des Flandres comme à Paris Roubaix, encore plus que dans les autres courses, chutes, incidents mécaniques et crevaisons font partie de la course. Un grand bravo aux français très offensifs qui n’ont plus peur du Ronde.