Vaincu par plus fort que lui lors du Giro, Vincenzo Nibali peut-il se rattraper et gagner une deuxième Vuelta ? - Photo LaPresse
Favori Vuelta
14 août 2017

Nibali, sept ans après

En 2010, le Tour d’Espagne sacrait un vainqueur inédit en la personne de Vincenzo Nibali. L’Italien, qui ne jouissait pas encore du rôle de leader dans l’équipe Liquigas aux côtés d’Ivan Basso, avait remporté son match face à Igor Anton, Joaquim Rodriguez et l’inattendu Ezequiel Mosquera, finalement déclassé quelques mois plus tard. Aujourd’hui, le Requin de Messine est avec Alberto Contador le seul champion en exercice à avoir inscrit son nom au palmarès des trois Grands Tours. Un statut qui le classe obligatoirement parmi les favoris de l’épreuve qui débute samedi, à défaut de présenter des garanties sur sa condition.

Effacer l’affront du Giro

Double vainqueur de la course rose, le Sicilien n’avait en tête qu’une chose au moment de démarrer sa saison, réaliser le triplé sur ses terres. Malheureusement, tout ne s’est pas passé comme prévu, et s’il fit honneur à son caractère d’attaquant sur l’étape reine comprenant une double ascension du Stelvio, la maigre addition finale aurait pu être encore plus décevante si Quintana et Pinot avaient eu les moyens de lâcher les chevaux. Engagé dans une lutte sans merci avec le futur lauréat, Tom Dumoulin, il avait laissé échapper quelques signes de frustration en ciblant verbalement le Néerlandais, arrogant et fanfaron, mais aussi le Colombien, trop peu aventureux à son goût. Sa troisième place finale, ajoutée au modeste Tour de Croatie, représente son meilleur résultat de la saison. Assurément trop peu pour un coureur de sa trempe, habitué à jouer les premiers rôles sur deux courses de trois semaines durant une même année et de briller sur les classiques. Alors, comme une bonne partie du peloton présente en Italie au mois de mai, le Squale traversera la Méditerranée pour se rendre à Nîmes, ou la Vuelta s’est installée. Avec l’espoir d’y briller, ce qui n’est plus arrivé depuis près de quatre années. Car pour arriver à la grande consécration du Tour 2014, il avait su réduire son programme de courses pour atteindre un pic de forme unique au moment clé.

Depuis, le grand Nibali s’est illustré de façon plus épisodique, même si les victoires de prestige demeurent toujours au rendez-vous. Tour de Lombardie en 2015, Tour d’Italie en 2016, montrent qu’il n’a pas perdu le goût de la victoire, même si le chemin pour y accéder s’est véritablement durcie. Moins aérien en performance pure que Froome ou Quintana, ses souffrances vis-à-vis de Kruijswijk et Chaves l’année dernière avaient déjà surpris. Toujours aussi complet, il semble toutefois de plus en plus carburer au rythme des moteurs diesel. Ce même Giro, calamiteux au soir de la dix-huitième étape, puis victorieux trois jours après, l’illustre à merveille. Son profil très complet, ainsi que son mental à toute épreuve pourraient lui permettre de remonter la pente, même s’il paraît difficile de l’imaginer tout en haut des classements au terme de la première semaine de course. Neuvième du Tour de Pologne après un stage en altitude au Passo San Pellegrino, espère toujours être en pleine forme dans la Péninsule Ibérique. Il s’est déclaré satisfait de son test, et a pris note de la concurrence relevée.

2013 puis 2015, deux accidents à réparer

Sur la Vuelta, Nibali est passé par toutes les émotions. Parti à la conquête d’une place d’honneur en 2010 pour son premier doublé Giro-Vuelta, il s’est retrouvé en pole position après l’abandon du maillot rouge sur chute. En 2013, alors qu’il vient d’écraser le général d’un Giro neigeux, rien ne semble pouvoir l’empêcher de signer le doublé, mais c’était sans compter sur Christopher Horner, parfait trouble-fête. Puis en 2015, frustré par un Tour de France en dent de scie, il est disqualifié au soir de la deuxième étape pour s’être accroché trop longuement à la voiture de son directeur sportif, acte qui précipite l’ascension de Fabio Aru vers la gagne et scelle une cohabitation de plus en plus lourde à gérer pour le staff italo-kazakh. Désormais, de l’eau a coulé sous les ponts, et à 33 ans, il s’est lancé dans un nouveau défi, en contribuant au développement de l’équipe Bahraïn-Merida. Mais la pression n’a pas disparu pour autant. Aux abonnés absents sur la Grande Boucle, sa formation joue gros de l’autre côté des Pyrénées, et Nibali est encore loin de se trouver lui-même vieillissant, quand la référence Contador, 34 ans, s’apprête à mettre un terme à une carrière dorée.

Le pilier d’un cyclisme italien en pleine crise se voit même sur le prochain Tour de France pour le gagner, rien que ça. Au bout de presque une décennie de cyclisme de haut niveau, l’appétit est toujours aussi intact. Ainsi, s’il court moins, le Messinois mise sur sa fraîcheur par rapport à Froome ou Bardet, et à son expertise de course, qui l’a sauvé de bien mauvais pas et rendu possible des succès bien mal embarqués. Mais, comme indiqué précédemment, son équipe, construite autour de sa personne, ne s’est jamais vraiment démarquée. S’il dispose d’un gregario indissociable, Franco Pellizotti, le reste des coureurs alignés, plutôt spécialiste des classiques vallonnées, est inférieur au neuf de la Sky. Mais, heureusement pour lui, la Vuelta n’est jamais une course comme les autres, et les scénarios prévus peuvent dérailler subitement. Pour l’emporter, il devra forcément compter sur sa bonne étoile, qui l’a provisoirement lâché dans la descente du circuit olympique de Rio.

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