A en croire certaines analyses, utiliser un vélo à moteur dans le peloton serait un jeu d'enfant : un raccourci facile - Photo ASO
3 octobre 2017
Par  Robin Watt 

Ces moteurs qui tournent en boucle

Il fallait s’y attendre. Le premier cas de dopage technologique avéré en France, survenu le week-end dernier à l’échelon amateur, a déclenché une vague de réactions toutes moins raisonnées les unes que les autres. Et il n’y a rien de surprenant là dedans tant on a parlé de ces fameux moteurs depuis des mois. Pourtant, il faut arrêter de voir dans ce cas la généralisation d’un système qui serait de toute façon intenable chez les professionnels.

Question d’époque

Certains devront vivre avec. Fabian Cancellara et Chris Froome par exemple, seront toujours soupçonnés par une partie des observateurs d’avoir eu recours, à un moment de leur carrière, à un vélo doté d’une aide électrique. Il n’y a que des suspicions, que personne n’est capable – et personne ne le sera jamais – de transformer en preuves plusieurs années après les faits, et pourtant, cela suffit à convaincre une partie de l’opinion. Soit. On ne saura donc jamais le fin mot de ces histoires. Mais il ne faut pas tout mélanger. Au printemps 2010 ou à l’été 2013, dates des performances exceptionnelles – donc douteuses pour certaines – du Suisse et du Britannique, il y avait une grande différence avec aujourd’hui : personne ne parlait de vélo électrique. Cela vaut donc pour tout le peloton : si certains professionnels de ces dernières années ont pu tricher de cette manière, c’est parce qu’ils ont devancé les instances de contrôle en faisant le choix d’une fraude qui n’était même pas envisagée. Comme lorsque Lance Armstrong utilisait de l’EPO à l’époque où la substance était indétectable.

Depuis, tout a changé. Le monde du vélo a conscience de la possibilité de fraude technologique. Et il est surtout parano. Devant la télé, c’est à croire que chacun épie les comportements des coureurs en laissant de côté toute logique ou bénéfice du doute. La moindre coureur en roue libre interpelle, demandez à Chris Froome, toujours lui. Sur la dernière Vuelta, au terme d’une arrivée en altitude, le Britannique fait demi-tour pour aller féliciter ses coéquipiers. Il est alors en légère descente et n’a plus besoin de pédaler : il n’en fallait pas plus pour que la vidéo fasse le tour des réseaux sociaux sans que personne ou presque ne prenne la peine de vérifier quoi que ce soit. En dépit des lois mécaniques, aussi, chaque chute où la roue arrière, entraînée par la vitesse continue de tourner, suscite de nombreuses réactions. Chaque fois, pourtant, au bout de quelques heures ou de quelques jours, on finit par trouver l’explication logique, celle qui anéantit la thèse d’un vélo à moteur.

Imparfait, mais efficace

Alors oui, tout n’est pas parfait dans la lutte contre cette fraude technologique. Oui, certains coureurs ont peut-être utilisé des moteurs dans le passé. Et certains continuent peut-être et réussissent à passer entre les mailles du filet. Oui, les tablettes de l’UCI, tant décriées par le dernier reportage de Stade 2, ne sont peut-être pas optimales. Mais difficile de se baser sur cet unique sujet – ou même sur les précédents – pour avancer que les cadors du peloton peuvent utiliser des moteurs sans risquer de se faire prendre. On ne peut pas et on ne doit pas répandre l’idée d’un dopage technologique généralisé, comme si le peloton avait juste changé ses habitudes de triche, passant des médicaments aux moteurs.

Stade 2 a en effet montré que les systèmes de l’UCI ne détectent pas précisément l’endroit où se trouve le moteur. Mais ils détectent une anomalie, et cela devrait largement suffire à faire tomber les tricheurs. Si tel n’est pas le cas, il aurait fallu nous le montrer avec une expérience témoin et l’utilisation de la fameuse tablette sur un vélo non modifié. Idem pour ce cycliste amateur, pris en flagrant délit le week-end dernier. Ses victoires étaient suspectes, elles ont été signalées, et il a été pris la main dans le sac. Pourquoi vouloir faire une analogie avec le monde professionnel, ou suspicion ou pas, les vélos sont contrôlés des dizaines de fois dans l’année ? Sans oublier que ce cyclo du sud-ouest possédait un système relativement archaïque, le même présenté par Stade 2 : sans doute efficace, mais si peu discret qu’on n’imagine pas une seconde un professionnel l’utiliser dans un peloton sans se faire repérer. Alors oui à la méfiance, mais stop à la paranoïa. Tout n’est pas parfait dans le vélo. Mais non, tout le peloton ne roule pas avec un moteur.

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36 Commentaires sur "Ces moteurs qui tournent en boucle"

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gougi
gougi
Votre article me renverse, je suis comme vous un amoureux du cyclisme, mais il y a quelques approximations dans votre sujet. Armstrong a utilisé l’EPO quand elle était détectable !!!! , l’affaire festina…. Mr Armstrong a simplement su déjouer le système ce n’est pas du tout pareil. Et pour ce faire il a utilisé plusieurs moyens dont ceux financiers. L’argent voilà le vrai problème, croyez vous que les cyclistes pros utilisent,s’il trichent un moyen aussi archaique que ce triste amateur ? allons soyons sérieux, la sky ( si toutefois ils trichent ) aurait largement les moyens d’utiliser une technologie a la pointe et donc en avance comme Armstrong en son temps pour le dopage physiologique ( entre parenthèse mr Armstrong pouvait déja utilisé le dopage mécanique en sont temps , dixit Lemond ) . Quand a Cancellara , vous avez raison on n’a aucune preuve, mais d’autres savent dans son entourage le plus proche, et il n’ pas intérêt a se fâcher avec eux… l’omerta a existé dans le dopage médicamenteux , alors dites moi pourquoi elle n’existerai pas pour le dopage mécanique. Désolé si froome et cance ont eu a subir les foudres de la suspicion ce n’est pas… Lire la suite »
SaganAfrica
SaganAfrica
Bonjour, Je suis tout à fait d’accord avec la dernière phrase de l’article. En revanche celui-ci est ponctué d’erreurs de logique et de raisonnement. Comme souvent malheureusement sur ce site. « Au printemps 2010 ou à l’été 2013, […] il y avait une grande différence avec aujourd’hui : personne ne parlait de vélo électrique. Cela vaut donc pour tout le peloton : si certains professionnels de ces dernières années ont pu tricher de cette manière, c’est parce qu’ils ont devancé les instances de contrôle en faisant le choix d’une fraude qui n’était même pas envisagée. » – Ce n’est pas parce qu’une technique n’est pas connue du grand public qu’elle n’existe pas ou qu’elle n’est pas envisagée par des professionnels. -Ce n’est pas parce qu’une technique est connue qu’il y a des contrôles pour l’empêcher. -Ce n’est pas parce qu’il y a des contrôles, qu’ils sont efficaces. Lance Armstrong utilisait de l’EPO à l’époque où la substance était détectable et à été couvert par l’UCI lors d’au moins un contrôle positif. « Depuis, tout a changé. Le monde du vélo a conscience de la possibilité de fraude technologique. Et il est surtout parano. Devant la télé, c’est à croire que chacun épie les… Lire la suite »
SaganAfrica
SaganAfrica

Je sait pas pourquoi j’ai dit que votre site était souvent ponctué d’erreur.
Je ne crois pas que ce soit vraiment la vérité.
Oubliez ça s’il vous plait.
Ou intégrez une fonction d’edit^^.

Baboutox
Baboutox
Autant on peut être d’accord ou pas d’accord avec le reste de l’article autant le passage sur France 2 est un raccourci et un détournement de ce qui a été dit. Dans Stade 2 ils ont prouvé 1 : que le passage des tablettes trop rapides ne donne aucun résultat et c’est ce que font les commissaires 2 : qu’il réagit à toute présence de fer, moteur ou pas et qu’il est difficile de savoir si il réagit à cause des pignons ou d’un moteur si celui-ci est dans la roue. 3 : qu’il ne réagit qu’au fer, si les moteurs sont dans d’autres matériaux plus haut de gamme et technologiques la tablette ne voit rien. Donc autant on peut dire qu’il ne faut pas crier au loup et qu’il n’y a pas de preuve tangible de moteur chez les pros autant les tablettes ne sont que de la poudre aux yeux pour donner l’impression que l’UCI a réagi. Je dois dire que je suis déçu par un tel manque de recherche dans un de vos articles. J’ai confiance en vous et ne confronte pas vos articles pour chercher les sources etc… et je ne suis pas le seul. Mais… Lire la suite »
Flo
Flo

Il y a quand même une chose qui interroge, que faisaient France 3 et Thierry Vildari sur cette course de 3ème caté ? L’Agence Francaise de Lutte Antidopage n’est pas censée prévenir les médias lorsqu’elle procède à un contrôle.
Je ne remets pas en cause la culpabilité de ce coureur et je ne veux pas tomber dans la parano mais je trouve surprenant que quelques minutes après l’annonce du contrôle, Tout le Sport consacre un reportage à l’affaire. J’ai l’impression que le dopage technologique est devenu un fonds de commerce pour France Télévisions. C’est un moyen de faire parler et de faire de l’audience et ça alimente les polémiques stériles à chaque vidéo d’un coureur en roue libre.
De plus, si le dopage technologique a pu exister chez les professionnels, j’ai du mal à imaginer un coureur prenant ce risque aujourd’hui, un produit dopant sera toujours beaucoup plus difficile à trouver qu’un moteur, aussi petit soit-il. En cas de doute suite à l’usage d’une tablette ou d’une caméra thermique, il suffit de désosser le vélo pour trouver le moteur.Les chances d’échapper aux mailles du filet sont quand mêmes maigres…

SaganAfrica
SaganAfrica

Pourquoi un produit serait-il plus facile à cacher ? Selon quels critères ?
L’inverse se défend très bien en tout cas.

Les tablettes ne marchent pas du tout ! Il faudrait y passer des plombes pour chaque vélo pour être efficace. La caméra thermique ne marche que sur des sources de chaleur donc moteur a l’arrêt. Forcement il vont pas allumer le moteur pendant les contrôles. Et en course c’est pas fiable, pas précis…

Il faut faire passer les vélo dans des cabines de scan, comme des valises a l’aéroport…
Simple, rapide, et plus si cher aujourd’hui.

Flo
Flo

Parce qu’un vélo peut-être démonté, analysé sous toutes ses coutures et parce qu’un organisme présente une complexité un poil supérieur. Il existera toujours des produits qu’on ne peut pas détecter, qui ne laissent quasiment pas de traces ou qu’on ne pense même pas à chercher. A mon sens, on peut éradiquer le dopage technologique en remédiant facilement aux quelques failles dans les contrôles( vous proposez d’ailleurs une solution qui me semblerait efficace ) mais on ne pourra jamais dire que le combat contre le dopage « classique » est gagné.

SaganAfrica
SaganAfrica

En effet, Je n’avais pas vu cela comme ça.
Quand à démonter les vélos pièces par pièces, j’espère qu’on en arrivera jamais là. Quelle horreur de suspicion. Quel enfer à organiser etc…
C’est la mentalité globale qu’il faut changer, les tentatives de triches existeront toujours je pense et c’est pas grave. Tant que l’ensemble est serieux et honnête.