C’est l’histoire d’un grimpeur polonais sixième du Giro et qui comptait se reposer cet été, regardant le Tour depuis son canapé. Finalement, l’équipe Tinkoff a décidé de l’aligner, pour une réussite maximale. Majka est l’un des grands acteurs de ce Tour 2014 dès que la route s’élève, au plus grand bonheur de sa formation.

L’imbroglio du départ vite oublié

Doubler Giro et Tour de France en étant bon des deux côtés des Alpes est devenu presqu’impossible. Rafal Majka, du haut de ses 24 ans, en était conscient. Mais au dernier moment, il est apparu sur la liste des engagés pour découvrir la grande messe de juillet. On a alors avancé un peu partout qu’il remplaçait au pied levé un Roman Kreuziger mis sur la touche pour des données anormales dans son passeport biologique. En effet, Contador avait besoin d’un soutien de poids pour la montagne, et en l’absence du Tchèque, la présence du Polonais devenait presque obligatoire, même si ce n’était pas du goût de l’intéressé. « Je crois que l’équipe ne se soucie pas de ma santé », avait-il ainsi écrit sur sa page Facebook. Depuis, le natif de Zegartowice, dans le Nord de la Pologne, a démenti. Soit disant que sa participation à la Grande Boucle était prévue depuis la fin du Giro, et qu’il devait passer une première semaine tranquille avant de travailler pour son leader espagnol. Bon, on ne va forcer personne à y croire tellement l’argumentaire semble voué à l’échec.

Et de toute façon qu’importe, Majka était à Leeds et c’est tout ce qui compte. Désireux de reprendre le rythme tranquillement après un mois de mai éprouvant, il concéda quinze minutes dès la deuxième étape, vers Sheffield. Puis encore vingt-deux sur les pavés. Lorsque Contador abandonna dans les Vosges, le feu-follet de l’équipe russe était donc assez loin au général pour s’aventurer dans de longues échappées. Grimpeur aguerri, il visait une étape, qui aurait été sa première victoire chez les professionnels. Vers Chamrousse, la déception fut donc aussi grande qu’avait pu l’être l’espoir lorsque Nibali alla chercher le bouquet du vainqueur. Deuxième, Majka avait cependant pris rendez-vous. Le lendemain, vers Risoul, personne ne contesta une victoire amplement méritée au grimpeur que l’on avait découvert sur la Vuelta 2012, déjà dans un rôle de lieutenant pour le Pistolero. Un sacre décroché au sommet de la station alpestre qui venait éclaircir le Tour de l’équipe Tinkoff, et qui fit même pleurer le manager général, Olef Tinkov. Joli coup pour un garçon qui n’aurait pas dû être là…

Prémonitoire

A l’arrivée, Majka la jouait collectif, dédiant cette victoire à son leader malheureux. Mais on se rappelle surtout de ses mots après sa deuxième place à Chamrousse : « Je vais vraiment tout faire pour remporter l’étape de Risoul. » Une première déclaration prémonitoire, qui sera suivie d’une autre une fois sa victoire acquise : « C’est ma première victoire et je suis très heureux d’avoir gagné. Ce n’est peut-être pas la dernière sur ce Tour. » Après que Rogers ait levé les bras ce mardi dans la première étape pyrénéenne, Rafal Majka a donc tenu parole en allant chercher, maillot à pois sur le dos et avec un clin d’œil plein de malice dans le dernier kilomètre, une deuxième victoire en seulement quatre jours. De quoi redonner le sourire à Bjarne Riis, Oleg Tinkov et même à Alberto Contador. La formation russe, qui avait mis toute l’équipe à disposition de son leader, se retrouvait orpheline après l’abandon du Madrilène. Mais avec Majka, la preuve est faite que les lieutenants sont eux aussi capables de sublimer l’équipe.

Après une telle journée passée à l’avant, le Polonais de 24 ans peut même se targuer d’avoir fait un grand pas vers le maillot à pois. Si l’étape vers Hautacam peut encore offrir près de 80 points à celui qui franchirait en tête toutes les difficultés au programme, il faudrait un véritable exploit de Rodriguez ou une démonstration de Nibali conjuguée à un Majka absent pour que le paletot change d’épaules. Une nouvelle fois – comme en 2011 avec Sanchez et en 2013 avec Quintana – ce maillot si populaire récompenserait réellement l’un des meilleurs grimpeurs du peloton. Et rien que pour ça, on peut remercier Rafal Majka d’être venu. Le reste, c’est à dire pour ce qui est de l’augmentation et peut-être d’un nouveau statut, on laisse Oleg Tinkov s’en charger. Un peu lunatique, dans un bon jour, le Russe doit être capable de sortir le chéquier comme il se doit. A Majka d’en profiter aussi bien que lorsqu’il utilisa la moto de France Télévisions pour une rétro-poussette judicieuse dans la montée du Pla d’Adet, ce mercredi.

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