Alejandro Valverde, déjà une figure du peloton en 2006, avait été contraint à l'abandon sur les routes du Luxembourg - Photo DR
3 juillet 2017

Le Luxembourg, des rêves au cauchemar

Valverde a dû abandonner samedi. C’est la première fois depuis un certain 3 juillet 2006 au Luxembourg. Au moins, l’Espagnol ne reviendra pas dans le pays où il avait perdu ses illusions de maillot jaune il y a un peu plus de dix ans. Retour en 2006 donc, où la retraite d’Armstrong et l’affaire Puerto ont aiguisé les appétits, celui de Valverde particulièrement. Mais il était écrit que cette Grande Boucle ne serait pas comme les autres, avec son lot de surprises et d’écueils dont l’une des malheureuses victimes fut Alejandro Valverde.

Un outsider de poids

An 1 après LA. Nous sommes en juillet 2006, le Tour de France connaît sa première édition sans son monarque texan. Le boss américain, vainqueur des sept dernières éditions, est parti prendre une retraite dorée de l’autre côté de l’Atlantique. Un jeune espagnol de 26 ans débarque du côté de Strasbourg avec le curseur des ambitions au maximum. Celui qui n’est pas encore « El Imbatido » a légitimement le droit d’y croire. Son palmarès est déjà conséquent en cette année 2006. Alejandro Valverde peut s’appuyer sur ses Vuelta 2003 et 2004, terminées aux troisième et quatrième place, mais surtout sur un Tour de France 2005 attaqué de façon flamboyante. Vainqueur de la dixième étape à Courchevel, il avait dû toutefois renoncer sur la route de Montpellier, vaincu par une douleur tenace au genou. Il était alors cinquième à quarante secondes du podium. Son début de l’année 2006 est du même acabit que sa Grande Boucle écourtée. Il s’offre son premier doublé Flèche-Liège, la troisième place du Tour de Romandie, et s’avance donc comme l’un des outsiders de l’épreuve juillettiste, à la tête d’une solide équipe Caisse d’Epargne.

Puis au départ de Strasbourg, sa côte grimpe en flèche. L’affaire Puerto vient de passer par là, embarquant avec elle Jan Ullrich, Ivan Basso, Paco Mancebo et toute l’équipe Astana d’Alexandre Vinokourov. Celui qui sera quelques mois plus tard au centre du viseur est pour l’instant épargné, malgré quelques soupçons. La liste des prétendants au maillot jaune s’aère, l’équipe Caisse d’Epargne et son leader peuvent légitiment croire en leurs chances. Les Espagnols, dont le sponsor suit la lignée de la Banesto, puis de l’équipe Iles Baléares, comptent déjà 20 victoires depuis le début de saison, dont le doublé ardennais de Valverde. Le Murcien fait belle impression d’entrée avec une belle cinquième place dans les rues de Strabsourg lors du prologue, à seulement quatre secondes du vainqueur, le Norvégien Thor Hushovd. Karpets, son lieutenant, termine quant à lui dixième, l’équipe est en forme.

Quand tout bascule

Les premiers jours de course se déroulent sans encombre. Vigilant, le leader de l’équipe termine dans les vingt premiers de ces étapes traditionnelles de début de Tour de France, achevées par des sprints massifs. Le quatrième volet, qui trace vers le Nord et les Pays Bas, s’annonce lui plus corsé, avec un final vallonné et une arrivée à Valkenburg évoquant forcément l’Amstel Gold Race. C’est l’Allemand Matthias Kessler qui surprend tout son monde, en attaquant de façon décisive à deux kilomètres de l’arrivée et en préservant cinq secondes sur la meute. Une revanche sur le Tour pour un coureur dont on garde en mémoire l’impressionnante cabriole dans la descente du Puy Mary sur le Tour 2004. Il sera à nouveau victime d’une chute plus tard dans le Tour, lors de l’étape de Gap, dans un improbable soleil par-dessus une glissière de sécurité. Preuve que le Tour peut prendre fin à chaque instant.

Celui de Valverde, en ce jour de juillet 2006, se termine à vingt kilomètres de Valkenburg. Oui, la victoire de Kessler est anecdotique car l’événement du jour a eu lieu plus tôt. Une demie-heure avant l’emballage, la caméra s’arrête sur un homme tombé de son vélo. Le maillot blanc est au sol. Violemment projeté sur le bitume, la clavicule en vrac, il voit son Tour de France s’achever prématurément dans une étape dont le profil lui laissait présager d’autres émotions. Toute la stratégie de l’équipe Caisse d’Epargne s’effondre alors. Sans leader, le choix se porte sur un duo d’électrons libres : Karpets et Pereiro. Loin de s’imaginer, à ce moment là, que l’un d’entre eux remportera la Grande Boucle. Au terme d’une échappée fleuve, l’Espagnol prend le maillot jaune à Montélimar, en arrivant avec une demi-heure avant le peloton. Il cédera finalement dans l’ultime contre la montre face à Floyd Landis. Mais on connaît la suite. Même par procuration, la victoire est là, à jamais inscrite. Il en aurait été sans doute autrement sans cette fameuse quatrième étape. Un Valverde présent dans le jeu jusqu’aux ultimes instants de l’épreuve, un Pereiro cantonné au rôle d’équipier de luxe. Le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres.

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