Contrairement à 2011, les coureurs n'ont pas enflammé les pentes de l'Etna cette année - Photo RCS Sport
9 mai 2017

L’Etna est resté endormi

Deux ans après sa victoire à Abetone, le Slovène Jan Polanc est allé chercher un deuxième succès sur le Giro au terme d’une longue échappée. L’autre vainqueur du jour ? L’ennui, provoqué par le vent certes, mais pas bousculé par des favoris apathiqes.

Le Giro n’a pas commencé

Ce matin au départ, tout le monde parlait de l’article de la Gazetta dello sport où Claudio Ghisalberti laissait naître une rivalité entre les favoris Vicenzo Nibali et Nairo Quintana. En haut d’un Etna loin de la fusion, l’un et l’autre ont terminé dans un groupe plein d’une trentaine de coureurs. À l’image de la piètre première grande journée du Giro. « Avec ce vent de face, c’était difficile de faire la bagarre », s’excusait presque Pierre Rolland à l’arrivée au micro de la chaîne L’Equipe. Pourtant, le Français de la Cannondale avait anticipé une possible bataille entre les favoris, à 12 kilomètres de l’arrivée, mais sans réussite. Dans son style toujours « casual », le grimpeur français n’avait pas creusé l’écart et derrière, personne n’a vraiment tenté sa chance.

La non-agression a finalement laissé un vainqueur surprise, Jan Polanc. Le Slovène s’était détaché du groupe d’échappée, espérant rejouer le numéro qui l’avait amené à la victoire en 2015 à Abetone. Et profitant de l’apathie des meilleurs grimpeurs, le coureur de UAE Team Emirates a, dans un style à l’arrachée, offert une première très grande victoire à son nouveau sponsor. A l’arrivée, il résumait peut-être pourquoi l’Etna n’avait pas fait la sélection derrière lui : « Avec le vent de face, c’était probablement le jour le plus dur de ma vie. » Si ce 9 mai restera probablement gravé à jamais dans sa mémoire, il ne hantera pas longtemps la notre. Pour les observateurs aussi, ce fut dur tant il ne s’est rien passé aujourd’hui.

Aucune équipe ne prend la course à son compte

Comme si ce Giro manquait d’un leader né, le groupe des favoris s’est neutralisé. Certes, la FDJ s’était mise en ordre de bataille dès le pied, malgré un Thibaut Pinot en délicatesse dans les parties descendantes précédant la montée finale, pour durcir la course. Sans que leur leader ne prenne l’initiative. « Personne ne voulait se découvrir aujourd’hui », expliquait justement le Franc-Comtois, passablement énervé une fois la ligne franchie. Comme pour rejeter la faute sur les autres. Plus loin dans l’ascension, Nibali avait aussi attaqué à trois bornes du bout. Mais ce fut bien le seul faible coup de panache d’une étape dont on attendait pourtant beaucoup. L’attentisme des équipes a marqué la fin de course. Les Sky étaient attendus à l’avant aujourd’hui, pour propulser Geraint Thomas sur une rampe finale qui l’avantageait, lui qui est en grande forme après sa démonstration au Tour des Alpes. L’équipe de Dave Brailsford a néanmoins été discrète, voir invisible. Peut-être à cause de l’incident mécanique de Landa, ou à un manque de confiance dans son leader gallois. Finalement Geraint Thomas est allé chercher la troisième place et de maigres secondes de bonification.

Les Movistar de Nairo Quintana, de leurs côtés, n’ont pas non plus pointé le bout de leur nez. Mis à part peut-être l’escarmouche d’Anacona. Son leader colombien, fidèle à son tempérament devenu plus prudent avec les ans, a observé les autres à la Bjarne Riis sur Hautacam en 1996, sans agir toutefois, pour préserver des cartouches qui pourraient lui manquer en juillet dans son rêve de doublé Giro-Tour. Enfin, le Requin de Messine, en dehors de sa banderille pour la symbolique, n’a jamais demandé à Agnoli ou Pelizotti de réellement changer le rythme sur la durée. La faute est donc partagée mais l’effervescence promise par la multiplicité des favoris sur ce Giro a un temps de retard. La couardise l’a emporté dans la course au maillot rose, et c’est Bob Jungels, impressionnant il y a deux jours, qui reprend la tunique à son équipier Gaviria. Le Luxembourgeois pourrait bien le garder un moment si tout le monde continue à se regarder en chien de faïence. Lui qui avait terminé sixième et maillot blanc l’an passé devrait être testé dimanche prochain à Majella. Les coureurs ont donc la semaine pour se ragaillardir. Car ce week-end commencent les choses sérieuses. Et si la course devient plus volcanique qu’à l’Etna, personne ne pourra se cacher en haut du Blockhaus.

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3 Commentaires sur "L’Etna est resté endormi"

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gougi
gougi

En vérité je vous le dis, il faut faire des étapes sans vent..c’est quand même pas difficile a organiser quoi !

alibaba
alibaba

Du coup il y aurait plus de bordures

Louharse
Louharse

Je me demande quand même si l’étape n’arrivait pas un peu trop tôt pour pouvoir faire une différence.
Tout le monde était encore relativement frais et les équipiers de montagne ont tous répondu présent. Résultat, personne n’a pu durcir suffisamment la course pour mettre les leaders en piste, ces derniers ne se risquant pas à attaquer alors que tous les cadors avaient encore au moins deux coéquipiers pour mener la chasse derrière.