Romain Bardet participe à sa première Vuelta. Comme beaucoup de coureurs, il aimerait remporter son premier grand tour en Espagne - Photo ASO
Favori Vuelta
17 août 2017

L’Espagne pour première compagne

Gagner un grand tour est un graal pour beaucoup de cyclistes. Un rêve à accomplir, une ligne en gras dans un palmarès, un maillot distinctif à encadrer. Le Tour d’Espagne, souvent qualifié comme celui des revanchards, des éclopés ou des frustrés offre parfois sa tribune à des coureurs inattendus, trop faibles ou parfois encore trop verts pour le Tour et le Giro. Cette année, face aux favoris chevronnés Christopher Froome, Vincenzo Nibali, Alberto Contador et Fabio Aru, une pléiade de coureurs encore vierges de succès sur trois semaines vise son premier grand tour. Ambition plus ou moins réaliste.

Ils peuvent y croire

Joop Zoetelmelk, Bernard Hinault, Vincenzo Nibali, Pedro Delgado, Dennis Menchov… Ces noms sont associés au mot champion. Tous ont remporté plusieurs grands tours et tous ont commencé leur moisson par l’Espagne. C’est dire si l’épreuve est formatrice. Certes moins prestigieuse que le Giro et que le Tour de France, la Vuelta demeure une course très importante dans le calendrier. Un rendez-vous immanquable. De réputation le grand tour le plus accessible, elle accueille un parterre hétéroclite de coureurs. Des déçus aux ambitieux en passant par les néophytes, la course est toujours très ouverte. « Il y a moins de pression sur le Tour d’Espagne, c’est le dernier grand moment de la saison, plus d’opportunités sont offertes », nous expliquait Adam Hansen, qui du haut de ses dix-huit grands tours consécutifs sait de quoi il parle. Souvent moins compétitive, la Vuelta permet donc à beaucoup de coureurs à fort potentiel de trouver leurs marques, de se battre sur une course de trois semaines sans être sous une exposition médiatique aveuglante.

Parmi eux, Esteban Chaves, Romain Bardet et Steven Kruijswijk ont déjà joué les premiers rôles sur un grand tour dans leur carrière. Si le dernier est loin d’être favori, les deux autres ont une vraie chance. Le Colombien, cinquième de la Vuelta en 2015, deuxième du Tour d’Italie puis troisième en Espagne l’an passé est certainement celui qui a été le plus proche de remporter son graal. À cinquante-deux secondes près sur le Giro 2016. Mais El Chavito, totalement fantomatique sur le Tour, va devoir apporter des garanties rapides sur son état de forme, très nébuleux à deux jours du départ. Car s’il aura les frères Yates à ses côtés pour l’aider à décrocher le maillot rouge, Adam pourrait bien jouer sa carte personnelle à la moindre faille montrée par le grimpeur de poche. Romain Bardet, lui, va découvrir les routes de la Vuelta pour son premier grand tour hors de l’Hexagone. S’il a semblé à bout de souffle au terme de la dernière Grande Boucle, le Français a de très solides références sur trois semaines avec ses deux podiums parisiens. Entouré par une équipe solide, notamment appuyé par Domenico Pozzovivo, il a les moyens de déstabiliser les favoris. Ces deux hommes seront les grands outsiders. Chris Froome a d’ailleurs annoncé se méfier de la Team Orica et de Romain Bardet.

Chaves et Bardet pourraient imiter Alejandro Valverde, Alexandre Vinokourov ou Fabio Aru qui, après avoir tourné plusieurs fois autour de la gagne, ont remporté leur premier grand tour en Espagne. Des coureurs qui, pour les deux premiers tout du moins, n’avait pas la qualité suffisante pour remporter le Tour et qui ont trouvé dans la Vuelta le moyen d’obtenir ce grand tour si important dans un palmarès. D’autres, qui ne sont jamais montés sur la boîte, pourraient aussi tirer leur épingle du jeu. Ilnur Zakarin et Adam Yates se sont déjà mêlés à la lutte pour un podium, mais il semble plus compliqué de mettre une pièce sur eux. Warren Barguil, s’il n’a pas perdu sa condition incroyable du Tour pourrait aussi surprendre. À côté de ces coureurs relativement rodés, un coureur sans référence sur trois semaines a des chance de briller sur cette Vuelta. Miguel Ángel López devrait essayer de soutenir son leader Fabio Aru, mais même dans cette position, son talent peut éclabousser la péninsule des Ibères. Celui de Nairo Quintana s’était révélé pour la première fois sur ces mêmes routes en 2012. Le jeune colombien retrouve peu à peu ses jambes après une énième chute sur le Tour de Suisse, il pourrait être la surprise du chef de cette édition.

Les très grosses côtes

Car ce qui fait la particularité de la Vuelta, ce sont justement ses surprises d’envergures. Il est vrai que le théâtre espagnol a récemment profité à Juan José Cobo Acébo et Chris Horner, derniers exemples victorieux des possibilités infinies que propose la Vuelta. Peter Velits, troisième en 2010 en est un autre. Des coureurs que personne n’attendait à pareille fête. Deux cyclistes en fin de carrière qui avaient démontré des capacités sur ce genre d’épreuve, mais qui n’avaient jamais approché le podium de près. Nous ne sommes jamais à l’abri d’énormes sensations lors de cette épreuve qui arrive tard dans la saison, quand les jambes sont fatiguées. Alors cette année aussi, malgré la présence d’immenses champions, plusieurs coureurs pourraient gagner une course dont ils ne rêvent même plus. Ici, il n’est pas question de l’éclosion d’un jeune espoir, mais bien d’une victoire d’un coureur dont on n’attend plus grand chose. Au portillon de l’embuscade inattendue, ils sont beaucoup d’espoirs défraîchis à se bousculer. Wilko Kelderman, septième sur le Giro 2014, sera dans l’ombre de Warren Barguil. Mais le Néerlandais a des qualités. Capable de grimper, de rouler, c’est aussi un bon puncheur, qualité essentielle en Espagne.

Au rang des noms de « potentiels » déchus, celui de Tejay Van Garderen, deux fois cinquième de la Grande Boucle, tient également bonne place. Même si l’Américain n’a plus rien de l’immense prospect de la fin de la décennie 2000, il reste un coureur de qualité. Tout comme Carlos Betancur, dont le corps s’affine un peu depuis le début de la saison et dont la dix-huitième place sur le Tour a rassuré. Si le Colombien retrouve un peu de son punch d’antan… Avec le seul Marc Soler comme leader, il devrait avoir une fenêtre de tir. Marc Soler justement, va participer à son premier grand tour avec, déjà, l’étiquette de numéro un. Troisième du Tour de Catalogne, huitième du Tour de Suisse, il pourrait bien étonner pour ses débuts. La liste des outsiders pourrait encore être longue (Rafal Majka, Wout Poels, Julian Alaphilippe…), car la Vuelta a cela de charmant que la course est souvent spectaculaire, parfois déroutante, mais toujours ouverte. Beaucoup rêvent d’en faire leur première compagne de trois semaines. Même si l’ambition affichée par Chris Froome, la retraite annoncée d’Alberto Contador et la saison à rattraper de Vincenzo Nibali pourrait cadenasser un peu les jeux.

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4 Commentaires sur "L’Espagne pour première compagne"

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Amaury
Amaury

Petit hors sujet, mais vous nous prévoyez un petit débat sur le choix de Coquard? Y a matière à discuter, surtout après le soap pré-Tour de France…

Baboutox
Baboutox

Perso Soler j’y crois. Je pense qu’il peut faire une très grosse perf sur la vuelta

Gestas
Gestas

Pour moi lopez superman sera l’inattendu sur cette vuelta, aru sera émoussé. Si lopez est épargné par la malchance il sera en course pour le podium, à burgos il montait en puissance, ses qualités de grimpeur sont indéniables. Et lopez est frais contrairement à beaucoup.

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