Le Tour de Sharjah 2016 a offert des paysages atypiques, mais un plateau sans grandes formations ni grands noms - Photo Mathilde L'Azou
21 février 2017

Les « Emirois » des inégalités

La tournée au Moyent-Orient est chaque année plus longue. Après Dubaï et Oman, direction le Tour d’Abu Dhabi, intronisé cette année au sein d’un World Tour élargi. Une belle vitrine pour le cyclisme local, contesté mais qui brille presque au-delà des espérances. Sauf que les coureurs de renom qui seront au rendez-vous ne croiseront pas beaucoup de cyclistes du cru. Seuls quelques uns gravitent à l’échelon professionnel, dans un anonymat propre à la culture sportive de la région. Le pimpant, le clinquant et le prestigieux prennent le pas du tout le reste.

Yousef Mirza, seul dans le désert

Le nom sonne comme celui d’un inconnu. Yousef Mirza court pourtant en World Tour cette saison. Il y est le seul coureur originaire du Golfe Persique. Au sein de la formation UAE Abu Dhabi, il a effectué ses premiers tours du roue sous ses nouvelles coureurs lors du Tour de Dubaï, conclu à une encourageante 13e place. Le tout en ayant affiché de belles velléités offensives. Un joli résultat pour le seul coureur des Emirats arabes unis ayant le privilège de concourir au plus haut échelon mondial. Quadruple champion national sur route, Mirza écume depuis plusieurs années les courses asiatiques et africaines, avec succès : Tour d’Al Zubarah en 2013, Sharjah International Cycling Tour en 2014, une étape sur le Tour de Tunisie l’année passée, il est le coureur le plus brillant de son pays. Pourtant, à bientôt 29 ans, difficile de lui imaginer un autre rôle que celui d’équipier. Bon rouleur, il devra apporter sa contribution à une armada à forte consonance italienne. Reste alors ce statut de précurseur. Au nom de la mondialisation du cyclisme, Mirza a tout pour devenir un modèle de réussite au Moyen-Orient.

SkyDive Dubaï, dans l’ombre des grands

Derrière les vitrines d’UAE Abu Dhabi et Barhaïn Merida, difficile de se faire une place. Mais en Continental, le troisième échelon mondial, l’équipe SkyDive Dubaï tente de prendre la lumière, composée à la fois de coureurs locaux et de vieux briscards du circuit, comme le Tunisien Rafaa Chtioui ou l’Espagnol Paco Mancebo. Lancée en 2014, la formation émiratie écume depuis les circuits continentaux, avec la possibilité de se mettre en évidence sur les épreuves majeures du calendrier régional, comme le Tour du Qatar par le passé. Sauf que l’épreuve de cette semaine, promue en World Tour, est barrée aux équipes continentales. SkyDive Dubaï devra se contenter de regarder passer le peloton, malgré un palmarès plutôt conséquent à faire valoir pour une équipe de troisième division – la Tropicale Amissa Bongo en 2015 avec Chtioui, le Tour d’Egypte avec Mancebo la même année, et une étape sur le réputé Tour d’Alberta, toujours grâce à l’Espagnol. Mais entre jeunes coureurs du cru, talents africains (les Marocains Addid et Jelloul) et globe-trotters européens (comme les Italiens Ivan Santaromita et Andrea Palini), la Tour de Babel continue son petit bonhomme de chemin.

Des épreuves sans lumière

Si le calendrier de la région s’est considérablement garni ces dernières années et a gagné en notoriété, d’autres épreuves subsistent en marge. Depuis 2013, le Sharjah Cycling Tour est une épreuve importante du circuit asiatique. Mais il se dispute au mois de décembre. Pendant que les cadors du peloton mondial rechargent les batteries, les locaux peuvent s’écharper sur des terrains variés. Avec souvent un manque de compétitivité évident. A domicile, les SkyDive Dubaï règnent sur l’épreuve, avec un triplé en 2015 et un doublé l’an passé. S’en suit dans la foulée l’UAE Cup, en place depuis deux saisons. Une épreuve favorisant les lévriers du sprint, comme le Marocain Maher Hasnaoui ou le Biélorusse Siarhei Papok, vainqueurs respectivement en 2015 et 2016. Pas de noms prestigieux à mettre en évidence, mais c’est le lot quotidien de ces courses confidentielles des calendriers continentaux. On est loin du bling-bling du début de saison, qui attire dans la région les stars du peloton. C’est le cyclisme à deux vitesses du Moyen-Orient et des Emirats arabes unis. Mais « il faut aller là où il y a l’argent ». C’est Bryan Cookson qui le dit.

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2 Commentaires sur "Les « Emirois » des inégalités"

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chris83
chris83

Il est regrettable que les courses classées world tour dans les pays s’ouvrant au cyclisme ne puissent justement pas aligner les équipes continentales locales ( l’UCI autorise seulement les conti pro).Le Tour de Californie, le Tour de Pologne, le Tour de Turquie, celui d’Abou Dhabi, voire le Down Under Tour où la London classic devraient autoriser les meilleures équipes continentales du pays à participer à ce qui pour elles représentent l’unique occasion de courir au plus haut niveau à domicile.

pata
pata

SkyDive Dubai vient d’arrêter. Tout comme Nasr – Dubai alors qu’ils avaient tout raflés sur les épreuves arabes l’année dernière … Mais bon d’autres équipes de mercenaires se créent ailleurs comme au Koweït. On verra bien si les projets d’Abu Dhabi et du Bahreïn tiendront bien longtemps !

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