8 décembre 2013
Par  Robin Watt 

Lance Armstrong en quête de rachat

En janvier dernier, Lance Armstrong accordait une interview à Oprah Winfrey suite à l’enquête concluante de l’USADA. Le Texan y prononçait des aveux choisis qui faisaient à peine la lumière sur le système qui lui a permis de gagner durant des années. Tout avait été calculé, encore une fois. Une interview, pas une de plus, où et avec qui il l’avait décidé, et en disant seulement ce qu’il souhaitait. Malgré tout, il déclarait à l’époque quelque chose de plutôt surprenant : « Je vais passer le reste de ma vie à m’excuser. » Il semblerait bien que cela ait commencé. De janvier à novembre, l’Américain s’est caché, et a tenté de défendre ses intérêts financiers. Mais depuis un mois, voila qu’il s’attaque à son image. Et brillamment.

Être partout, et s’excuser

Cela a commencé par Cyclingnews. Un site internet, plutôt étonnant comme choix pour refaire surface. Mais sûrement qu’Armstrong voulait toucher le monde entier dès le départ. Puis cela s’est poursuivi avec le DailyMail, la BBC et ces derniers jours la Gazzetta dello Sport puis L’Equipe. Chaque grand média a pu avoir son entretien avec le Boss, et ce n’est sans doute pas terminé. Mais que dire dans ces entretiens ? Tout simplement, Armstrong fait le dos rond, et s’excuse. Quelque chose dont on n’avait pas franchement l’habitude de le voir faire. D’autant que le natif de Dallas ne se contente pas de se confier aux différents journalistes, il rencontre personnellement ceux à qui il a fait du mal. Il y avait eu George Hincapie, son grand ami et fidèle lieutenant, qui l’avait dénoncé dans le rapport de l’USADA. Les deux hommes ont discuté et se sont réconciliés. Puis ce fut au tour d’Emma O’Reilly, son ancienne masseuse, qui avait été la première à affirmer que Lance Armstrong se dopait. Il l’avait traîné dans la boue et insultée de « pute alcoolique. » Grâce à la BBC, il a pu la rencontrer, et s’excuser auprès d’une femme qui n’a plus la même vie depuis…

Et ce samedi, dans L’Equipe, il y eut cette rencontre avec Christophe Bassons, comme la preuve ultime que LA veut passer de l’autre côté, celui de ceux qui luttent contre le dopage. Le Français, qui s’indignait contre les pratiques de certains en 1999, avait été recadré par Armstrong, maître du peloton. Tout le monde avait alors suivi le Boss, et marginalisé ce pauvre tricolore qui croyait à un cyclisme propre. Armstrong regrette, et s’en est expliqué avec le principal intéressé. Celui qui vit désormais à Austin s’est excusé, mais a aussi confié que sa vie était compliquée, plus encore qu’auparavant. « Christophe, crois-mois, j’aurais aimé faire autrement », a-t-il avoué au Tarnais. Dans les prochaines semaines devrait se dérouler une rencontre similaire avec Filippo Simeoni, qui comme Bassons, avait subit les foudres du septuple vainqueur déchu de la Grande Boucle. Le Texan est en quête de rachat, et s’excuse un peu partout, histoire que tout le monde soit au courant. Même sur son compte Twitter, il s’est fendu d’un message loin d’être anecdotique : « A commis de nombreuses fautes en chemin, et j’en suis vraiment désolé. » Mais pourra-t-il s’excuser auprès de tous ceux à qui il a fait du mal ? Ceux qu’il décrivait comme « cyniques et sceptiques » après sa septième victoire sur le Tour avaient raison. Et sûrement qu’ils ne le lui pardonneront jamais…

Il veut aider, mais ne peut pas…

Au fil des interviews, en plus des excuses publiques qu’il livre, Armstrong affirme qu’il aimerait désormais participer à la lutte antidopage. Alors qu’il avait refusé d’entrer dans les détails d’une possible collaboration avec les instances dans son entretien avec Cyclingnews, il a bel et bien déclaré à la BBC être prêt à aider pour toute enquête sur le dopage dans le cyclisme, et ce en étant « 100 % transparent et honnête. » Alors, crédible Lance ? Lui-même, lucide, ne le pense pas, et l’a confié à Bassons, fervent défenseur de l’éthique sportive. « Les évènements de l’année dernière, leurs conséquences tellement lourdes […] font qu’aujourd’hui, j’ai l’impression de ne plus avoir de crédibilité. » Malgré tout, le champion du monde 1993 n’est pas contre apporter son aide et sa connaissance du milieu. « J’ai demandé à l’USADA […] de se mettre d’accord pour coopérer. » Mais à le croire, on ne lui en offre pas l’occasion. « Si la question est : « Est-ce que je veux participer », je dis : oui. Si la question est : « Est-ce qu’on m’a déjà proposé de le faire ? », la réponse est : non. On a dit au monde entier que Lance Armstrong ne voulait pas aider à nettoyer ce sport. Mais on ne m’a jamais offert cette opportunité. »

Il poursuit en affirmant que le message de la part des instances était très clair : « Vous êtes encerclés, levez les bras et rendez-vous ! » Mais Armstrong a été déchu de ses titres, humilié à peu près autant qu’il avait pu le faire avec certaines personnes, et a tout perdu ou presque dans cette affaire. Maintenant, ne serait-il pas temps de répondre à son appel et de se servir de sa riche expérience pour traquer les tricheurs actuels ? Quand les doutes fusent autour de certains coureurs, parfois même comparés au Texan, lui ne serait-il pas capable d’apporter des éléments de réponse en privé, sans que cela ne s’ébruite, mais qui puisse faire avancer la traque des dopés ? Il est fort possible que si. Mais Armstrong est devenu un paria, un homme à qui plus personne ne doit faire confiance ouvertement pour ne pas s’octroyer les foudres de l’opinion publique. D’autant que l’UCI, vraisemblablement, l’a couvert durant des années. Comment, en compagnie des autres instances, pourraient-ils faire comme si de rien n’était ? L’Américain a révélé très récemment que le Président de l’instance internationale en 1999, Hein Verbruggen, avait couvert l’un de ses contrôles anormaux sur la Grande Boucle. « Un an après Festina, on ne pouvait pas se permettre ça… » auraient été les mots du Néerlandais selon Armstrong. L’UCI en devient alors aussi crédible que l’ancien chef de file de l’US Postal, et une association des deux parties ferait sûrement peu constructive…

Entre sincérité et manipulation…

Pour remettre les choses à plat, on ne peut donc pas compter sur l’unique UCI, mouillée jusqu’au coup dans les années folles du Texan. Car même si Brian Cookson n’est ni Verbruggen, ni McQuaid, et qu’il semble vouloir marquer un gros changement à la tête de l’instance, sa réputation reste à faire, et celle de l’UCI à refaire. Et à côté, l’USADA, seule, ne peut pas non plus assumer ce rôle de médiateur. « Ce n’est pas l’agence américaine qui peut résoudre un problème international. Ce n’est pas sa place », a affirmé l’Américain. On attend donc que l’AMA réagisse, peut-être, au lieu de déclarer qu’il n’y aura pas de remise de peine pour le Texan, chose dont on se doutait assez. Et les observateurs, pendant ce temps, essaient de démêler le vrai du faux, la sincérité du calcul et de la manipulation. Car tout ceci, ces rencontres, ces entretiens, ces excuses, sont à n’en pas douter calculées, au moins en partie. Durant toute sa carrière, et surtout entre 1999 et 2005, Lance Armstrong a été un maître dans l’art de la minutie. De sa préparation à sa communication, jamais il n’a semblé y avoir de faille. Et finalement, c’est au moment où il a baissé sa garde, en revenant sur la scène mondiale en 2009 et 2010, que tout a basculé. Car sans doute, il avait moins bien calculé son coup.

Mais alors, cette rencontre avec Christophe Bassons, et ces mots qu’il aime distiller entretien après entretien, que signifient-ils vraiment ? Le Français n’est pas dupe, et reste sur ses gardes. Mais il a souhaité discuter avec l’Américain pour tenter de faire avancer la lutte contre le dopage. Car après tout, même en calculant chacune de ses paroles, en faisant tout pour rétablir une image positive de sa personne, les intentions d’Armstrong sont louables. S’il aide à faire tomber les réseaux de dopage, qui lui en voudra alors d’avoir pensé à sa communication ? Certes, la politique du « peu importe ses motivations pourvu que les résultats soient là » est un peu égoïste, et ce serait permettre au Boss de parvenir à ses fins, encore une fois. Mais finalement, le garçon n’est-il pas fait pour cela ? Pour toujours gagner, même quand on le croit mort ? Armstrong a remporté de nombreuses batailles, contre le cancer d’abord, contre ses adversaires sur le vélo ensuite, et l’unique qu’il a perdu n’est peut-être qu’un accro qui, s’il ne pourra être oublié, pourra être estompé. Talentueux sur tous les plans et à la fin de l’histoire presque attachant, Armstrong n’était pas comme les autres. Ni au départ, ni pendant sa carrière. Et surtout pas maintenant. Battu une fois, il ne le sera pas deux.

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2 Commentaires sur "Lance Armstrong en quête de rachat"

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speedywilly
speedywilly

A vous lire cher Robin Watt, on pourrait croire qu’il faudrait lui donner le bon Dieu sans confession, voire même les reines de l’UCI. N’avez vous pas compris que le garçon a déjà tâté bien des options, à commencer par essayer de faire invalider les décisions de sa propre fédération. N’ayant personne à dénoncer, le mur de l’UCI est bien trop épais pour lui dans sa situation.

Désormais envahi par le doute et la contrition, nous dit-il, en quête d’un pardon hypothétique, il se voit se faire des amis chez ceux qu’il a persécuté avec les plus vils arguments. Non, LA n’en a rien à faire des autres, seule sa peau compte, quelle qu’en soit manière, son approche reste la même. Il est prêt à composer avec le diable dans un Faust en négatif où il demande aux autres de pactiser avec lui. Mais une telle mise en scène ne va pas déplacer les foules pour venir l’applaudir, après en avoir été l’un des principaux fossoyeurs du cyclisme, Armstrong n’en saura pas le sauveur.