Depuis les Mondiaux de Valkenburg et son changement de parcours, l'Amstel s'éloigne de plus en plus de la Flèche wallonne ou de Liège-Bastogne-Liège, les ardennaises disputées en Belgique - Photo Michiel Jelijs
15 avril 2017

L’Amstel en précurseur ?

L’Amstel est-elle encore une classique ardennaise ? La question peut paraître brutale. A la vue du nouveau parcours de l’épreuve, elle est surtout légitime. La dernière ascension du Cauberg est repoussée à près de 20 bornes de l’arrivée, et les six derniers kilomètres sont dénués de difficulté. De quoi rebattre les cartes. Mais c’est finalement tout ce que l’on attend.

Grand chamboulement

« Ce ne sera plus la même course. » Philippe Gilbert fait une analyse simple, mais terriblement lucide. Lui qui a si souvent dompté le Cauberg (il est triple vainqueur de l’Amstel et a aussi été champion du monde à Valkenburg) sait que repousser l’emblématique montée néerlandaise aussi loin de l’arrivée – à presque 20 kilomètres – changera la physionomie de l’épreuve. « Le parcours se prête à un sprint, les sélections seront faites en fonction d’un sprint, toutes les conditions sont vraiment réunies pour que ce soit un sprint massif à l’arrivée », détaillait le Belge cette semaine, après la Flèche Brabançonne. Les équipes s’adaptent, forcément. Déjà ces dernières années, le fait de laisser deux kilomètres de replat après le Cauberg avait donné des idées aux sprinteurs. Voilà donc la tendance qui s’accentue. Chez Sunweb, on a par exemple fait le choix de miser sur Michael Matthews et pas Warren Barguil. Le Français devra attendre mercredi et la Flèche Wallonne pour pouvoir jouer sa carte.

Mais ce changement de parcours était inéluctable. L’ancienne version de l’Amstel, avec une arrivée au sommet du Cauberg, était devenue trop stéréotypée. La journée se résumait à une course de côte dans les 800 mètres de la montée. La suivante, avec deux kilomètres entre la fin de l’ascension et la ligne d’arrivée, n’avait pas permis de décanter les choses. A cause du replat, de moins en moins de coureurs osaient se découvrir. Il fallait donc chambouler complètement le profil de la course. Retirer les difficultés des derniers kilomètres peut-être une solution. Sur le Tour des Flandres, le résultat est au rendez-vous : après le Paterberg, il y a 13 kilomètres sans monts jusqu’à Audenarde. Conséquence (?), la bagarre débute avant et chaque favori essaie de basculer seul au sommet du Paterberg. L’Amstel s’en est sûrement inspirée. Après le Cauberg, désormais, il y aura presque 20 kilomètres – et deux côtes assez légères – pour rallier Berg en Terblijt.

Sortir des schémas préétablis

Si les puncheurs veulent donc avoir une chance de l’emporter, ils devront anticiper les débats. Un peu comme sur Milan-Sanremo, où le Poggio apparaît comme la dernière chance de faire sauter les sprinteurs, le Cauberg et ses 6,5% de moyenne offriront à Gilbert mais aussi Valverde, Kwiatkowski et quelques autres l’opportunité de s’isoler. Il faudra donc un peu d’audace, certes, pour partir avant le dernier kilomètre. Les spécialistes des ardennaises n’y sont pas toujours habitués, en témoignent les campagnes ennuyeuses de ces dernières saisons. Mais les organisateurs de l’Amstel, justement, ont le mérite d’essayer de faire changer ça. Et avec un peu de chance, Gilbert et Van Avermaet, au sortir des flandriennes, auront encore un peu de panache à distiller. Histoire de montrer la voie à leurs camarades avant la Flèche et Liège, où l’on aimerait bien sortir des schémas inlassablement attentistes des dernières éditions.

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