15 mars 2013

La Primavera les fait tous rêver

Dans une descente de capi, au détour d'un virage, les coureurs habités par le rêve de victoire, filent à vive allure - Photo Gazzeta.it
Dans une descente de capi, les coureurs habités par le rêve de victoire, filent à vive allure – Photo Gazzetta.it

La Primavera, Milan-San Remo, plus grande classique italienne, est de retour ce dimanche ! Une fois de plus, les meilleurs spécialistes s’arracheront la victoire sur la prestigieuse Via Roma, dont la longue ligne droite favorise le plus souvent une arrivée massive. Mais pour espérer y triompher, les sprinteurs devront d’abord déjouer les nombreux pièges parsemant ce parcours vallonné de près de trois-cent kilomètres. Les célèbres capi, tels que la Cipressa, le Capo Berta et bien sur le majestueux Poggio seront encore présents pour permettre aux puncheurs de contrecarrer les plans des sprinteurs.

– Les Favoris

 ***** Peter Sagan : La plus redoutable combinaison de puissance et de vélocité jamais vue sur un vélo fait office de favori incontournable de Milan-San Remo. Peter Sagan, qui l’aurait sans doute emporté l’an dernier sans la présence de son coéquipier Nibali à l’avant, dispose dorénavant des pleins pouvoirs au sein de l’équipe Cannondale, et s’applique à tout rafler dès le début de saison. Cinq victoires déjà pour le Slovaque de 23 ans, dont deux sur Tirreno-Adriatico. En général, les coureurs qui marchent bien sur la course des deux mers confirment en fin de semaine sur la Via Roma. À Sagan de perpétuer la tendance en ajoutant une première grande classique à son tableau de chasse.

***** Mark Cavendish : Avec Cavendish, c’est toujours la même question qui revient au moment d’aborder la Primavera : sera-t-il capable de passer le Poggio ? Une seule fois, en 2009 – sa meilleure saison –, il s’était retrouvé en bonne condition physique suffisamment tôt pour passer cet obstacle infranchissable et devancer Heinrich Haussler lors du sprint final. Sa razzia au Qatar dénote d’un état de forme correct, mais n’est pas gage de succès, car dès que la route s’élève légèrement, le Cavendish un peu gras du printemps peine à suivre les coureurs plus polyvalents. Mais une chose est sûre : si arrivée massive il y a, l’Express de Man sera imbattable.

**** Tom Boonen : Non contente d’avoir dans ses rangs le meilleur sprinteur du monde, Omega-Pharma Quick-Step possède également le meilleur classicmen de sa génération, Tom Boonen. Éternel maudit de Milan-San Remo, l’ex-cocaïnomane aura la chance de pouvoir se cacher. Cavendish est attendu, pas lui. Ces dernières années, de petits groupes ont su trouver la faille pour prendre le dessus sur les purs sprinteurs, c’est ainsi que Simon Gerrans et Matthew Goss ont pu tirer leur épingle du jeu. Sans être les plus rapides ou les plus costauds, ils se sont montrés opportunistes, une qualité que Boonen a acquit au fil du temps pour compenser la perte d’une partie de ses qualités physiques.

– Les Outsiders

*** Filippo Pozzato : Le nouvel homme fort de la Lampre ne se rate jamais sur sa course de prédilection. Vainqueur en 2006, de nombreuses fois dans le Top 5, Pozzato a le don pour sentir les bons coups, même s’il n’a pas toujours été en réussite dans l’emballage final. Souvent relégué au second rang par le duo Cancellara-Boonen,l’Italien sait qu’il a plus de chances de pouvoir les battre sur ce type de terrain que lors des flandriennes. On n’attend plus qu’une chose de lui : qu’il prenne l’initiative au risque de tout perdre, car Pippo n’est jamais aussi dangereux que lorsqu’il se montre offensif.

*** Fabian Cancellara : Spartacus, à force de jouer au héros, s’était vu jouer un bien vilain tour par Simon Gerrans en 2012. Trop sûr de sa force, Cancellara doit apprendre à la canaliser. Sa supériorité physique qu’il affiche à tout bout de champ lui vaut de porter une immense pancarte sur la tête depuis bien des années, il est l’homme à abattre. A l’instar de Pozzato, mais pour la raison inverse : sa meilleure chance de victoire réside dans l’effet de surprise, il doit attaquer au moment où on l’attendra le moins, et ne surtout pas tracter un petit groupe de favoris qui s’empressera de profiter de son travail pour se préserver et l’achever au sprint.

*** Phillipe Gilbert : Il en rêve, c’est une des rares classiques qui ne s’est pas encore offerte à lui, mais est-ce cette année que le champion du monde remportera Milan-San Remo ? Son pic de forme se situe fin avril, lors des classiques ardennaises. Les flandriens sont bien plus en forme que lui, les côtes ne sont pas assez raides pour lui permettre de faire la différence et il n’a aucune chance au sprint… On se rappelle alors de Merckx, qui attaquait toujours au même endroit sur la Primavera : au plus fort des pourcentages du Poggio. Gilbert doit s’inspirer de cette tactique, et espérer qu’un grimpeur comme Cunego ou Nibali l’accompagne. Car seul, il n’a presque aucune chance…

*** Edvald Boasson Hagen : Le Norvégien est un peu le Sagan « du pauvre ». Il reste ce coureur talentueux mais à qui il manque ce petit quelque chose qui le ferait passer du statut d’espoir à celui de grand champion. Véritable spécialiste des courses World Tour de seconde zone (Eneco Tour, Plouay, Gand-Wevelgem), Hagen n’a pas grand chose d’un vainqueur de Milan-San Remo. On l’a peu vu en début de saison et il lui reste des kilos à perdre, lui l’homme du mois d’août ! Mais sur un malentendu, on ne sait jamais ! Gerrans et Goss n’étaient pas des favoris, Freire était en bout de course… Une 4e victoire consécutive d’un véritable outsider n’est pas à exclure.

– A ne pas sous-estimer

** John Degenkolb : Deuxième du sprint du peloton derrière Peter Sagan en 2012, l’Allemand peut nourrir de belles ambitions pour cette édition. L’équipe Argos-Shimano est entièrement articulée autour de son sprinteur vedette et a acquis depuis l’année précédente, une expérience nouvelle. A l’image de ce dont bénéficiait Petacchi en 2005, un train de cette envergure constitue un avantage certain en cas d’arrivée massive. Très endurant et passant bien les bosses, Degenkolb est forgé dans le même métal que la légende Erik Zabel, 4 fois vainqueur de la Primavera. De quoi laisser rêveur.

** Moreno Moser : Équipier de Sagan, Moser ne pourra jouer sa carte personnelle que si la course se durcit de façon considérable ou que le Slovaque rencontre un problème au mauvais moment : autant dire que cela a peu de chances d’arriver. Encore très jeune et seulement dans sa deuxième saison professionnelle, Moser est là pour apprendre et servir de rampe de lancement à son leader qui a toutes les chances de s’imposer.

** Thomas Voeckler : Maître baroudeur, l’Alsacien saura justifier l’invitation de l’équipe Europcar à l’évènement en se montrant ultra-offensif, comme il aime le faire. En accompagnant le bon groupe ou en anticipant, Voeckler est capable de créer l’exploit. 18 ans que la France attend un successeur à Laurent Jalabert, dernier tricolore vainqueur de Milan-San Remo. Ce serait un beau moyen de mettre fin à cette disette.

** Vincenzo Nibali : La Primavera n’est pas une course qui sourit aux grimpeurs, mais Vincenzo Nibali, double vainqueur de Tirreno-Adriatico, est le plus à l’aise de tous les favoris dans les capi. Ses facultés de descendeur représentent un autre atout qui offre au Squale l’occasion de préserver l’avantage acquis en montée. Une attaque tranchante dans le Poggio, puis une descente spectaculaire vers la Via Roma et tout sera possible pour Nibali. A condition, bien sur d’arriver en solitaire, sans sprinteur dans son porte-bagage.

** Matthew Goss : De l’eau a coulé sous les ponts depuis 2011 et l’Australien a plus ou moins quitté le cercle autour duquel gravitent les meilleurs sprinteurs mondiaux. Il gagne peu, mais bien. Surtout, il est très à l’aise en Italie, sur Tirreno, dont il a remporté une étape, et sur le Giro, dont il ne sort jamais bredouille. Dans son registre, d’autres sont devenus meilleurs que lui, mais il reste une menace à ne pas négliger.

* Simon Gerrans : Enfin, un mot sur le tenant du titre. Depuis Erik Zabel en 2000/2001, personne n’a réussi le coup de s’imposer deux années de suite. Pour un non sprinteur, cela remonte à Laurent Fignon en 88/89, une éternité ! L’Australien de 32 ans n’est pas le plus rapide, ni le meilleur puncheur dans les côtes, mais il dispose d’un sens de la gagne qui a fait mouche à de multiples reprises au cours de sa carrière. Méfiance donc, on gardera un œil sur lui dans les derniers kilomètres.

Louis Rivas


 

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