Dans le peloton professionnel, quitter son équipe avant la fin de son contrat n'est pas commun, mais possible pour les leaders - Photo ASO / P. Ballet
6 décembre 2016
Par  Robin Watt 

La mode des contrats rachetés

Il y a eu Wiggins, en 2009, au moment de quitter Garmin-Slipstream pour Sky. Puis Cancellara, entre Saxo Bank et Leopard, ou Kittel, l’an passé, pour rallier Etixx Quick-Step. Chez les gros noms du peloton, ne pas aller au bout de son contrat devient quelque chose de possible. Même si encore inhabituel.

Le privilège des leaders

« Il faut que le désir vienne du coureur, pose tout de suite Michel Gros, le plus important des agents du cyclisme français. Sans ça, aucune démarche ne sera entreprise par les autres équipes. » Comprendre que si Etixx a racheté la dernière année de contrat de Marcel Kittel l’hiver dernier, c’est parce que le sprinteur allemand avait fait part de son envie de changer d’air. « J’imagine que ça s’est moyennement terminé avec Giant, souffle Michel Gros. Quand une équipe accepte de lâcher un coureur, c’est que le courant ne passe plus trop. » A titre personnel, lui a vécu pareille situation avec Jean-Christophe Péraud, lorsque le Toulousain a débarqué dans le peloton sur route en provenance du VTT. Au départ, « Jicé » devait épauler Jürgen Van den Broeck, leader désigné de l’équipe Lotto. Mais rapidement, il s’est montré plus en forme. Et Marc Sergeant, le manager général, ne voulait pas changer ses plans.

« Ca a été difficile de faire comprendre à Lotto notre position. Ils avaient été les seuls à proposer à Jean-Christophe un vrai contrat, en ne le considérant pas comme un néo-pro, se rappelle Michel Gros. Mais ça a fini par bien se passer. De toute façon, il fallait qu’il parte. » Résultat, c’est AG2R qui a récupéré la mise, en s’acquittant de l’année de contrat qui restait au Français au sein de la formation belge. Mais ce genre de pratiques, pour le moment, ne concerne que les coureurs d’une certaine envergure. « J’ai aussi eu le cas avec Brice Feillu, lorsqu’il est passé de Leopard à Saur-Sojasun, ajoute Michel Gros. Mais pour qu’une équipe paie la dernière année de contrat d’un coureur, il faut qu’elle le veuille vraiment. On ne fait pas ça pour n’importe qui. » Depuis quelques années et les premières transactions du genre, cela concerne donc surtout de grands leaders.

Loin du foot

Pas de risque, donc, de se retrouver dans un système similaire à celui du football, où les joueurs allant au terme de leur contrat sont finalement les plus rares. « Dans le vélo, changer d’équipe avant la fin de son contrat n’est pas commun, note Michel Gros. Ce n’est pas une tactique, comme dans le foot, où l’on prolonge un joueur pour le vendre plus cher. » Question de culture, sans doute. D’argent, aussi. Les grosses formations sont plus riches qu’il y a une quinzaine d’années. Mais les billets sont encore loin de couler à flots dans le monde de la petite reine. « On n’est pas dans le même monde », lâche Michel Gros. L’agent tricolore n’imagine donc pas un système où le rachat de contrat deviendrait la norme : « Cela concerne des moments et des cas particuliers. Mais on n’y pense pas au moment du recrutement. » D’où la grande majorité de contrats courte durée, d’un ou deux ans. Les coureurs doivent se laisser la possibilité d’aller voir ailleurs régulièrement, ou de renégocier leurs engagements. Avec tous les inconvénients que cela implique.

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1 Commentaire sur "La mode des contrats rachetés"

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gestas
gestas

Sujet intéressant. Dans les jours à venir il faudra parler aussi du flou autour de TJ sport. Ca pourrait animer le marché alors que la plupart des équipes ont leur effectif