Le souvenir du maillot rose en mai dernier est aujourd'hui encore ce qui motive Steven Kruijswijk, pas remis de son échec de 2016 - Photo RCS Sport
8 mars 2017

Kruijswijk tente de se relever

Il y a un an, Steven Kruijswijk était sur le point de remporter le Giro. Mais en ce début de saison, il panse ses plaies psychologiques. Sur Paris-Nice, une épreuve qu’il n’affectionne pas spécialement, le Néerlandais va devoir se rassurer.

Passé tout près de l’exploit

En mai dernier, Steven Kruijswijk devait être rose de bonheur, il a fini rosi par le froid et la honte dans les neiges de la descente du col d’Agnel. Passé à côté de l’exploit de sa vie, le Néerlandais a eu du mal à se remettre en selle le reste de l’année. Si Paris-Nice pourrait être un tournant, son début de saison a prouvé qu’il n’avait pas encore retrouvé cette étincelle qui l’avait fait pratiquement voler dans le Trentin en mai dernier. Sans elle, difficile de s’enflammer pour un coureur qui n’a jamais impressionné sur une semaine. Il y a douze mois, à 28 ans, Kruijswijk était plus connu pour son nom imprononçable que pour ses qualités de grimpeur-rouleur. Réputé pour être bon partout, excellent nulle part, il avait pourtant déjà résisté aux cadors sur les routes du Giro, terminant 8e en 2011, à seulement 24 ans, puis 7e en 2015. À chaque fois néanmoins, la course au maillot rose se jouait sans lui, et sa bataille pour le top 10 se déroulait avec des seconds (voir même troisièmes) couteaux comme Siutsou, König ou Caruso. Et l’an dernier, avant le mois de mai mai, l’ancien espoir de la Rabobank n’avait pas fait parler de lui, alternant entre le discret et le franchement médiocre (38e sur Paris Nice, 39e en Catalogne).

Mais ça, c’était avant. Avant que le Batave ne fasse rugir de joie l’une des plus ferventes nations du vélo sur les pentes italiennes. Certes sans gagner d’étapes mais avec une régularité digne des plus grands, Steven Kruijswijk était celui qui était toujours dans le coup. D’abord parmi les meilleurs, sans émerger, il se pare de rose à Covara avant d’être incroyable dans le chrono vers l’Alpe di Susi et de résister seul à Valverde à Andalo (troisième seconde place consécutive…). Si peu de monde avait parié sur lui au départ d’Apeldoorn, mais le frêle leader de Lotto-Jumbo semble avait course gagnée au matin de la 19e étape : trois minutes d’avance sur son dauphin Esteban Chaves, une éternité dans le cyclisme moderne. Le maillot rose est solidement accroché à ses épaules quand il résiste à Nibali dans l’avant dernier col du jour. L’Italien insiste, le teste plusieurs fois, à l’intox, espérant lui faire perdre de la lucidité. Et patatatra, Steven Kruijswijk fait un tout droit dans la neige de la descente du col d’Agnel. La suite, on la connait, le Néerlandais finira quatrième d’un Giro remporté pour la troisième fois par le Requin de Messine. Sur la ligne, le rouquin se lamentait devant les médias transalpins : « J’ai tout gâché. C’était stupide. Ça me fait tellement mal… »

Un premier test

Comment s’en remettre ? Comment réussir à se pardonner ? Steven Kruijswijk a-t-il laissé passer la chance de sa vie ? Combien sont-ils, ces seconds couteaux qui sur un mois de forme inespérée, ont réussi à capitaliser au maximum ? Ryder Hesjedal, vainqueur du même Tour d’Italie en 2012 avait su profiter jusqu’au bout de ce vent de folie poussant si fort dans son seul dos. Juan José Cobo et Chris Horner sont d’autres exemples sur les Vuelta 2011 et 2013. Trois coureurs qui avaient déjà connu le top 10 mais sans espérer goûter à la crème de la crème. Eux avaient profité de ce moment si particulier, quand tout semble se lier pour créer l’alchimie parfaite. Steven Kruijswijk y a ajouté la neige. Son mélange lui a explosé à la figure. Cette semaine, il retrouve pour la première fois une course World Tour depuis une Vuelta piteusement terminée par un abandon en première semaine. Le Steven Kruijswijk en rose est loin. Horner post-2013, Cobo post-2011, Hesjedal post-2012 ou même Pereiro post-2006 étaient aussi vite redescendus de leur nuage qu’ils y étaient montés. Et Horner mis à part, ils étaient tous dans la force de l’âge (entre 29 et 31 ans). Comme Kruijswijk.

Alors à l’approche des étapes décisives de Paris-Nice, il est l’heure de savoir si le Néerlandais a réellement franchi le palier que l’on se désespérait de le voir passer avant mai dernier. Devenu obsessionnel, hanté, il est focalisé sur le Giro, et a déjà reconnu l’étape reine. « J’étais tellement déçu d’être passé si près de la victoire mais je veux y revenir pour gagner », a-t-il confié à CyclingNews. Désormais un pur grimpeur, Kruijswijk ne part pas favori de l’épreuve. Et sur Paris-Nice, il a démarré timidement, déjà relégué à plus de deux minutes quarante du leader Démare. Alors aprèsle Mont-Bouilly mercredi, puis l’étape accidentée menant à Fayence vendredi, maigres apéritifs, il sera attendu samedi. Car cette année, l’étape reine, dont l’arrivée sera jugée au sommet du col de la Couillole (1678 mètres d’altitude), nouveau point culminant de l’épreuve, est taillée pour lui, le dur au mal. En cas d’échec, il serait anticipé de l’enterrer. Néanmoins les espoirs de le revoir en rose fondront. Comme neige au soleil.

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