En plus d'être leader au général, Bob Jungels est également meilleur jeune de ce Giro 2016 - Photo RCS Sport
18 mai 2016

Jungels, jusqu’à quand ?

Au soir de la onzième étape, le maillot rose est sur les épaules de Bob Jungels. Personne, au départ d’Apeldoorn, ne l’aurait pronostiqué. Mais le deuxième Luxembourgeois à avoir les honneurs du paletot de leader depuis Charly Gaul en 1959 tient, et semble presque sous-estimé par les grands favoris. Alors il en profite.

Personne ne l’a vu venir

A 23 ans, Bob Jungels n’est pas encore une grande star du peloton. Depuis son transfert chez Etixx, beaucoup le confondent en course avec Niki Terpstra, à cause de son maillot de champion du Luxembourg, aux mêmes couleurs que celui de son coéquipier néerlandais. Pourtant, son potentiel est immense, et depuis plusieurs années, le monde du vélo lui prédit un grand avenir. Il est en train de répondre présent, sur ce qui n’est que son troisième grand tour, et son premier Giro. En prenant le maillot rose à Sestola, le garçon vivait un rêve, mais ce n’était pas tant une surprise que ça. Depuis le départ des Pays-Bas, il a toujours trusté le haut du classement, sans que cela inquiète grand monde. Rouleur de formation, le voir intégrer le top 10 dès le prologue à Apeldoorn n’était pas surprenant. Mais déjà, sa manière de se positionner sur la cinquième étape eut de quoi surprendre. Quatrième d’un sprint pour costauds, il a également tenu le coup dans la première arrivée au sommet, le lendemain.

Absolument pas cité parmi les hypothétiques candidats au maillot rose avant le grand départ, Jungels fait son chemin sans la moindre retenue sur son vélo. Généreux, le garçon réfute par essence l’attentisme, auquel se prêtent encore les grands noms présents. Une vraie marque de fabrique, si l’on se souvient que son premier succès professionnel, sur les routes du GP Nobili, en Lombardie, s’était construit en partant dans l’échappée matinale. En compagnie d’Andrey Amador, bénéficiant également d’une grande liberté, le Luxembourgeois anime la course rose, et commence à s’imposer dans les esprits comme un futur poil à gratter sur les courses par étapes. D’autant plus en s’affichant comme supérieur à bon nombre de grimpeurs sur les premiers reliefs. Gianluca Brambilla, treizième d’un Tour d’Italie par le passé, s’est ainsi mis à la planche pour son jeune coéquipier, décidé à griller les étapes le plus rapidement possible.

Et s’il jouait le jeu à fond ?

Si pour le classement général, un duel entre Valverde et Nibali semble se profiler jour après jour, les écarts creusés par Jungels sur ses poursuivants sont à prendre en compte. Même si cela n’a rien d’insurmontable, le coureur du Grand-Duché a déjà relégué Majka, Chaves, Zakarin et Uran à plus de deux minutes. Le parcours, très équilibré, ne ferme la porte à aucune révélation et offre largement à chacun de quoi se refaire la cerise. Plus lourd que les escaladeurs comme Nibali, Valverde et Chaves, Jungels possède une sérénité étonnante, une grosse puissance, et s’apprête à abattre toutes ses cartes en résistant, au train, dans les plus grands cols italiens. Le parallèle avec Tom Dumoulin, maillot rouge à 48 heures de l’arrivée finale du dernier Tour d’Espagne, est peut-être osé, mais dans l’absolu, les erreurs des rivaux du Néerlandais en Espagne sont encore identiques à celles des actuels concurrents du Luxembourgeois.

Une condescendance exagérée, une mauvaise estimation des échéances à venir et des plans tactiques défectueux de ses rivaux, tout cela confère à Jungels un matelas de secondes qui augmente petit à petit, entre les cassures et les inattentions des derniers kilomètres. Parce qu’au fond, les dispositions du leader actuel dès que la route s’élève ne sont pas nouvelles. Huitième à Mende, cinquième à Gap, quatrième à Saint-Jean-de-Maurienne en échappé sur la route du Tour, il s’était classé treizième en haut de l’Alpe d’Huez à la régulière. Et s’il était justement en train d’opérer sa mue pour se spécialiser dans les Grands Tours ? « Je pense qu’il va évoluer dans ce sens », a affirmé sans hésiter Patrick Lefevere au micro de BeIN Sports à Asolo. Déjà entré dans l’histoire en succédant à Charly Gaul, Bob Jungels est aussi en train d’exploser au grand jour, après sa victoire d’étape au Tour d’Oman et sa troisième place finale sur Tirreno-Adriatico. Et désormais, avec son maillot rose, plus personne ne le prend pour quelqu’un d’autre.

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6 Commentaires sur "Jungels, jusqu’à quand ?"

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pat
pat

Les jeunes ont le vent en poupe chez Etixx . Alaphiippe hier en Californie , Jungels sur le Giro ont démontré leur talent et leur énorme potentiel pour les années futur . Ils ont l’audace et la fougue de la jeunesse et j’aime ça .

james
james

Vous avez vu le programme de la troisième semaine ? Jamais il ne passera ça.

Lance Neilstrung
Lance Neilstrung

Il est sous-estimé clairement. Comme Dumoulin 2015 , comme Hesjedal en 2012. Tout ca parce que d’un qu’il y’a un grand tour sans Contador, Froome , Quintana ou un Nibali au top de sa forme personne n’attaque. Donc si les leader vont attendre encore les 2derniers km a chaque fois j’espere qu’il s’accrochera jusqu’au bout pour bien leur faire regretter.

bullomaniak
bullomaniak

Mais contrairement à Dumoulin qui a réglé tous les favoris dans une arrivée au sommet de la première semaine de la Vuelta, Jungels a été constamment dominé dans les ascensions, même celles roulantes.

Et Hesjedal avait quand même un top 5 du Tour comme antécédent.

Baboutox
Baboutox

On a souvent tendance à s’emballer pour des coureurs qui se révèlent comme ça et 99% du temps la hiérarchie se rétablie. Oui Jungels a fait du bon travail jusqu’à maintenant mais le giro a été très peu montagneux jusqu’à maintenant, c’est vrai que les leaders se neutralisent, mais il suffira qu’un d’entre eux attaque d’ici à la 20ème étape et Jungels disparaitra du top 5. Comme pour Dumoulin sur la Vuelta, les grimpeurs sont attentistes mais il a suffit d’une étape où la Astana se donne à fond pour le faire craquer. Jungels ne grimpe pas comme Dumoulin, il a déjà montré ses limites sur de précédentes étapes. Le jour et il va venir où Nibali ou Valverde attaque ils feront laché Jungels et les coureurs comme Majka/Kruisjwick seront obligés de se donner à fond eux aussi pour limiter la casse et il sortira du top 5 au minimum. 2minutes sur une ascension pour un coureur qui n’est pas un pur grimpeur ce n’est pas tant que ça. Alors les favoris attendront peut-être la dernière étape de montagne ou il le feront avant, mais pour Jungels le résultat final sera le même

rolfsorensen
rolfsorensen

Il va tout de même falloir s’employer pour sortir Jungels du Top 10 dorénavant, surtout si 2-3 outsiders ont la malchance d’un Pozzovivo hier. Pas sûr que Firsanov ou Hesjedal virevoltent à 1000 lieues au-dessus du jeune Luxembourgeois… Avec le travail de Formolo pour Uran, d’Amador pour Valverde et de Fuglsang pour Nibali, le top 10 semble bien lui ouvrir les bras, à moins d’une grosse défaillance. Mais Jungels a de la ressource et semble récupérer plutôt très bien. Cependant, la « vraie » montagne n’a malgré tout pas encore été aperçu des coureurs de ce Giro.

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