Sous le maillot de l'équipe Lampre, Louis Meintjes espère briller sur les courses de trois semaines, et notamment sur le Tour - Photo ASO / G. Demouveaux
Interview
22 avril 2016

Meintjes, le Sud-Africain de l’Italie

Deux saisons. C’est le temps qu’il aura fallu à Louis Meintjes pour exploser sous le maillot de MTN-Qhubeka et relever à 24 ans deux défis du même coup : rejoindre l’Europe et le World Tour. Dixième du Tour d’Espagne et vainqueur de la Semaine Internationale Coppi & Bartali en 2015, le grand espoir sud-africain a posé ses valises pour deux ans en Italie, chez Lampre-Merida. Avec des ambitions et des rêves plein la tête, comme il l’a confié à la Chronique du Vélo. Il le sait, le chemin sera long. Mais pour le moment, il ne se fixe aucune limite.

L’amour de l’Italie et le temps d’apprendre

Pur produit de la formation sud-africaine, Louis Meintjes a connu une ascension dorée au pays « arc-en-ciel », prenant rapidement l’ascendant sur tous les autres jeunes coureurs pressentis avant lui pour devenir les stars de demain. Depuis toujours, il se démarque ainsi de ses coéquipiers, surtout lorsqu’il s’agit de briller en Europe. Sa première expérience sur le Vieux Continent remonte d’ailleurs à ses années chez les jeunes, où il a couru à l’UC Seraing puis dans l’équipe réserve de Lotto-Soudal. Mais il a rapidement mis de côté la Belgique. Son grand amour, c’est l’Italie, et ça a commencé sur le Tour du Trentin 2014. Sur les pourcentages affolants des ascensions transalpines, il avait dynamité l’épreuve et marqué les esprits. Alors forcément, l’équipe transalpine Lampre s’est positionnée, malgré la concurrence de nombreuses grosses écuries. « À vrai dire, Lampre montrait beaucoup d’intérêt pour moi, et c’est toujours agréable d’aller quelque part où vous sentez que l’on vous veut vraiment. Et puis je connaissais Brent Copeland et Tsgabu Grmay. Ça a aidé, au même titre que mon affection pour les courses italiennes et leurs cols uniques », explique Meintjes aujourd’hui. En rejoignant une équipe italienne dans laquelle il connaît déjà quelques hommes, il s’assure donc de ne pas être trop dépaysé. « Ça fait même quelques années qu’il vivait en Italie lorsqu’il courait ici pendant la saison », ajoute Philippe Mauduit, chargé de suivre son nouveau protégé lors de Paris-Nice. Une histoire d’amour avec la Botte, on vous dit.

Exit donc la pression qui, pouvait-on s’imaginer, pèserait au-dessus de Meintjes. En interne, sa liberté est même totale. D’abord au service de Diego Ulissi sur le Tour Down Under, sa condition monte crescendo, avec un objectif annoncé : « Liège-Bastogne-Liège, pour sûr, lâche sans hésitation le natif de Pretoria. Mais je ne suis pas du genre à penser qu’une course passe au-dessus de tout. Chaque épreuve est importante, c’est toujours une opportunité à saisir, même si mes objectifs restes axés autour de Liège et du Tour de France. » Des objectifs ambitieux, parce que le garçon n’a peur de rien mais aussi parce qu’il a des références. Onzième de la Doyenne en 2015, capable de tenir tête à Froome sur une étape du Dauphiné et d’endurer trois semaines de très haute intensité sur la Vuelta, Meintjes est un talent à polir. « C’est un coureur agréable, qui vient avec une autre culture, note Philippe Mauduit. L’Afrique du Sud est un pays lointain avec d’autres habitudes que les nôtres. Mais sa progression, on ne la verra pas sur l’année, il faudra attendre trois ou quatre saisons. » Le champion d’Afrique 2015 est encore en développement, et la Lampre le sait. Alors le résultat est parfois secondaire, et l’équipe met surtout l’accent sur l’apprentissage.

Grmay, Copeland et un plan de carrière

Poids plume – 61 kg pour 1m73 – la réussite de Meintjes sur les plus grandes épreuves passe par une science de la course sans faille, histoire de ne pas perdre gros sur des coups de bordures, où des grimpeurs comme Quintana ou Aru ont encore du mal. « Il faut qu’on continue à travailler sur la position de chrono, sur son placement dans le peloton à l’abord des difficultés. À chaque fois, ce sont des détails, mais l’accumulation des détails peut toujours coûter cher », détaille Mauduit. Mais en plus d’une équipe qui prend soin de sa pépite, le Sud-Africain bénéficie d’ores et déjà du soutien précieux de Tsgabu Grmay. Recruté l’an passé par la structure transalpine, l’homme d’Abyssinie a roulé en sa compagnie chez MTN avant de découvrir lui aussi l’équipe Lampre. Alors aujourd’hui, il ne lâche pas son coéquipier, aussi bien sur les courses qu’en dehors. « Louis était déjà un très bon coureur, et j’avais vraiment envie de pouvoir l’accompagner dans l’équipe », concède l’Éthiopien.

« Nous avons déjà couru trois ans ensemble sur des routes européennes. À ce niveau-là, je ne pense pas que l’adaptation soit trop difficile. Mais c’est clair que chez Lampre, le niveau et les exigences sont plus élevées. », ajoute Grmay. Mais les attentes sont juste celles d’une équipe de l’élite mondiale. Heureusement, au sein de cette grosse structure, Meintjes peut compter sur un autre point d’appui incontournable : Brent Copeland. Directeur sportif de la maison fuschia dans les années 2000, son retour fin 2013 a été décisif. « Ça fait au moins deux années que j’étais en contact avec Lampre, ça coïncide avec l’arrivée de Brent Copeland dans le staff. Il m’avait alors demandé quels étaient mes plans pour mon futur. Il a été très important dans ma venue », raconte Meintjes, qui n’est décidément pas en terrain inconnu. Idéal, donc, pour passer la vitesse supérieure. Et à 24 ans, il a déjà un plan bien précis : « Je voudrais vraiment m’affirmer comme un coureur de grands tours plutôt qu’un spécialiste des courses d’une semaine ou des classiques. » Il n’y a plus qu’à.

L’ambition et la déception d’un champion

Sur les courses par étapes comme Paris-Nice, la Catalogne ou le Pays-Basque, le vice-champion du monde espoirs 2013 veut donc surtout apprendre, et aider Costa ou Ulissi. Le Portugais l’accompagnera d’ailleurs régulièrement cette saison, et notamment sur le Tour. « Mais ils ont un programme bien distinct, et quand ils se retrouveront, ils ne seront pas en concurrence », assure Philippe Mauduit, qui a déjà dû gérer plusieurs grimpeurs chez Tinkoff, avec Contador, Kreuziger et Majka. La cohabitation est donc prévue sur les ardennaises puis sur le Tour de Romandie, deux épreuves qui devraient permettre de situer Meintjes, pour le moment discret. Sa chute sur les routes espagnoles n’a pas aidé, le contraignant à l’abandon en Catalogne, avant que son corps se montre incapable de supporter les importantes variations de température au Pays-Basque. Un coup dur qui fait partie de l’apprentissage mais qui ne le démoralise pas. Car même timide, le garçon reste très déterminé ; et rassuré par ceux qui l’entourent, toujours. « Même si tu fais des erreurs, tu dois toujours apprendre et en tirer les leçons, avance Grmay. C’est un état d’esprit que je veux partager avec Louis. »

Pour le moment, Meintjes a assez peu été confronté à l’échec. Mais ses ambitions, presque sans limites, vont forcément le mettre face à de grandes difficultés. « Il faut être ambitieux. Si tu veux être une légende du cyclisme et montrer que tu es le meilleur dans ton sport, tu es obligé de gagner un grand tour dans ta carrière, si possible le Tour de France », lâche l’enfant de Pretoria. Son objectif à long terme est donc tout trouvé. « Le but, c’est que d’ici trois ans, il puisse jouer avec les meilleurs », confirme Mauduit. Rejoindre le World Tour et redécouvrir l’Europe était donc une étape indispensable à sa progression. Il en reste beaucoup, et le chemin sera long. Mais personne ne compte lui mettre la pression trop rapidement, surtout pas chez Lampre, où le staff est conscient de son potentiel et cherche simplement à le faire éclore dans les meilleures conditions. Après le prologue de Paris-Nice, que Meintjes avait terminé à près d’une minute du vainqueur, sa déception était palpable. Mais pas de quoi inquiéter Philippe Mauduit, loin de là : « C’est bien. C’est une bonne réaction de champion. »

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2 Commentaires sur "Meintjes, le Sud-Africain de l’Italie"

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Amior
Amior

« l’homme d’Abyssinie »
« Louis était déjà un très bon coureur, et j’avais vraiment envie de pouvoir l’accompagner dans l’équipe », concède l’Erythréen.
Grmay est Ethiopien plutôt ?
Début de saison compliqué pour Meintjes.

Robin Watt

Exact, petite erreur de notre part, c’est corrigé.

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