Chez Trek, Jasper Stuyven est désormais l'un des leaders sur les classiques, mais il refuse d'être présenté comme un cador - Photo Kristof Ramon
Interview
23 mars 2017

Stuyven : « Les médias, vous essayez de me mettre la pression »

Vainqueur de Kuurne-Bruxelles-Kuurne l’an passé, Jasper Stuyven s’est imposé comme l’un des futurs très grands en vue des flandriennes. Après trois ans passés au côté du monument Fabian Cancellara, le Belge de 24 ans devrait avoir carte blanche cette année. Son caractère bien trempé, son ambition et son talent le placent déjà parmi les favoris de la quinzaine flandriennes. Pour la Chronique du Vélo, il annonce donc la couleur. Ambitieux et désireux d’écrire sa propre histoire. Sans tenir compte des autres ou des on-dit.

Vous avez entamé votre quatrième saison professionnelle. Avec un objectif ciblé ?

Je vise les toutes les classiques du début d’année. Je n’en ai pas coché une en particulier, je veux bien figurer partout.

Est-il trop tôt pour vous voir remporter un monument dès cette année ?

Si vous prenez le départ d’une course, vous pouvez toujours la gagner. Si vous n’y croyez pas, la seule chose dont vous pouvez être certain, c’est que ça n’arrivera pas. En tout cas, moi, j’y crois vraiment. Et pourquoi pas dès cette année.

C’est une question qui revient souvent, mais qu’est ce que Fabian Cancellara vous a appris pendant vos trois saisons ensemble ?

Sprinteur correct, Stuyven n’a pas la pointe de vitesse de Sagan ou Van Avermaet – Photo Kristof Ramon

C’est une question stupide car ce n’était évidemment pas à lui de m’apprendre à faire du vélo. C’était à moi d’observer ce qu’il faisait en course et comment il le faisait. Il m’a donné des conseils et il ne dépend que de moi de de les appliquer ou non. Il s’agit de savoir quoi retenir de mon expérience avec lui et de m’en servir.

Après le départ à la retraite du Fabian, vous deviez être le leader de l’équipe sur les classiques. Mais un autre grand nom est arrivé : John Degenkolb. Qui est le nouveau boss chez Trek ?

Ce sera moi et John, ou John et moi selon le déroulement des courses. Ce qui est sûr, c’est que ce sera vraiment différent d’avec Fabian. Avec lui, la hiérarchie était bien établie. Là, on sera tous les deux sur les courses pour les gagner.

Mais pensez-vous qu’une équipe peut gagner sans hiérarchie prédéfinie, avec deux leaders ?

Vous ne le pensez pas ?

Je ne sais pas, je vous pose la question…

Oui je pense, oui. Je ne vois vraiment pas en quoi c’est un problème.

Après Cancellara, vous avez une nouvelle légende dans votre équipe : Alberto Contador. Certes, l’Espagnol n’a pas le même calendrier que vous, mais est-il excitant de partager le quotidien d’un coureur comme lui ?

« Sagan et Van Avermaet ne sont pas seulement rapides, ils sont aussi très forts, ce sont des coureurs au top du top. »

Jasper Stuyven

Oui, on ne court pas ensemble donc c’est un peu abstrait. Mais, comme avec Cancellara, c’est enrichissant de voir à quel point ces gars-là travaillent dur pour atteindre leur but. J’ai beaucoup de respect pour eux. Au fond, je crois que n’importe qui voudrait avoir de grands noms dans son équipe.

Chez Trek, Edward Theuns est l’autre grand espoir sur les pavés. Quel est votre relation avec lui ?

Nous sommes bons amis, on était dans le même groupe d’entraînement cet hiver. Plus largement, le groupe tout entier est vraiment sympa et on s’est bien marrés tous ensemble. Je pense que la bonne ambiance qui règne entre nous tous sera très importante quand on sera en course.

Vous n’avez pas la pointe de vitesse pour battre d’autres favoris comme Sagan ou Van Avermaet en cas d’arrivé groupée. Cela va-t-il vous obliger à lancer la course de loin ? Avez-vous déjà une stratégie en tête pour les battre ?

Non, je ne pense pas. Sagan et Van Avermaet ne sont pas seulement rapides, ils sont aussi très forts, ce sont des coureurs au top du top. De toute façon, les classiques ne se décident pas toujours au sprint, elle se jouent même souvent avant. Après, si j’ai une chance de partir un peu tôt, pourquoi pas. Mais tout dépend de la physionomie de la course, des autres coureurs, de mes sensations… Je ne peux pas dire « Je vais faire ci ou ça » avant d’avoir déjà bien entamé la course.

Après votre victoire à Kuurne-Bruxelles-Kuurne l’an passé, vous êtes devenu un outsider très surveillé. Ressentez-vous plus de respect depuis ce succès ?

Le respect ne dépend pas que des victoires. Vous gagnez aussi le respect en fonction de votre comportement. Je dirais même que la personne que vous êtes a plus d’importance pour gagner l’estime des autres coureurs. Donc je ne ressens pas plus de respect, par contre c’est vrai que davantage de personnes me connaissent désormais.

Boassen Hagen ou Vanmarcke sont deux exemples actuels de ces très grands espoirs des pavés qui ont pour l’instant clairement échoué à remporter un monument… Qu’est-ce qui fait que vous n’échouerez pas ?

Le Flamand a réalisé un bon week-end d’ouverture, 8e du Het Nieuwsblad (photo) puis 2e à Kuurne – Photo Team Sky

(Il coupe) C’est quelque chose que je ne comprends pas avec vous, les médias. Certains disent qu’ils ont échoué mais tant qu’ils sont en course, ils peuvent toujours gagner un monument. Ils n’ont même pas 30 ans, ils rentrent dans leur meilleures années ! Et puis en quoi ont-ils échoué ? C’est parce que les médias s’attendaient à ce qu’ils gagnent un monument rapidement qu’on considère qu’ils ont échoué. C’est un jugement qui est basé sur vos propres attentes et non sur des faits.

Alors quand beaucoup d’observateurs vous annoncent comme le futur ogre des classiques, vous ne ressentez pas de pression ?

J’ai seulement 24 ans, mes meilleures années sont devant moi. Ce n’est pas parce que je ne gagne pas cette année que j’aurai échoué. Ce sont vous, les médias, qui essayez de me mettre la pression. Je n’ai jamais annoncé que j’étais le cador des classiques. Même si, évidemment, j’essaie de le devenir.

Avez-vous un modèle dans le monde du vélo ?

Non, aucun ! Je n’en ai jamais eu.

Donc vous ne voulez pas d’un surnom tel que « le nouveau Museeuw » ?

Non, je suis juste Jasper. J’essaie de faire mon chemin, je ne me compare à aucun autre coureur.

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1 Commentaire sur "Stuyven : « Les médias, vous essayez de me mettre la pression »"

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M7O
M7O

Il a l’air très sympa en tout cas…