Vainqueur d'étape sur le dernier Tour de France, Edvald Boasson Hagen espère finir sa saison en beauté, à domicile - Photo ASO
18 septembre 2017
Par  Robin Watt 

Essayer de s’entendre

Sans hiérarchie, pas de victoire possible. Alors entre Edvald Boasson Hagen et Alexander Kristoff, la Norvège va devoir choisir. A domicile, sur un parcours vallonné mais pas trop, les deux hommes ont leurs chances : à condition que l’un se mette au service de l’autre, pour ne pas revivre l’échec de l’an passé, au Qatar.

Pas deux fois

Il n’y a que quelques mètres d’écarts entre les deux. Pourtant, aucun ne regarde vers l’autre. C’est chacun son sprint. Il y a onze mois, dans la dernière ligne droite des Mondiaux de Doha, Boasson Hagen et Kristoff font tous les deux leur effort. Presque côte à côte. Comme des adversaires. Mais ils sont tous les deux loin de la victoire, respectivement six et septième. Battus, incapables d’utiliser leur surnombre dans le final. Une fois la ligne franchie, personne n’avait vraiment envie de faire partie de l’équipe norvégienne. Le plantage était total, la faute aux ego, chacun estimant devoir être le leader désigné de la sélection. « J’espère que cette fois, ils vont se mettre d’accord, souffle leur aîné Thor Hushovd. C’est en Norvège, à Bergen. Ils ne peuvent pas gâcher cette opportunité comme ils l’ont fait il y a un an. Ce serait tout simplement embarrassant, et ça ne doit pas être ainsi. »

Le garçon sait de quoi il parle. Lui avait été champion du monde en 2010, à Geelong, apportant à son pays le premier maillot arc-en-ciel de son histoire. Mais lui n’avait pas eu de problème de leadership. A l’époque, Edvald Boasson Hagen s’était logiquement mis à son service. Il n’y avait de toute façon pas à discuter, Thor Hushovd était un leader incontestable. Sauf que sept ans plus tard, les choses ont changé. Le jeune Edvald de l’époque a bien grandi. A désormais 30 ans, il estime que son tour est venu. Deuxième des Mondiaux en 2012 à Valkenburg, il a échoué trop près d’un sacre pour abdiquer. Mais il doit faire avec la présence d’Alexander Kristoff, vainqueur de Milan-Sanremo, du Tour des Flandres et tout récent champion d’Europe. Et comme aucun des deux n’a les arguments pour clore le débat, les deux larrons continuent de se battre pour le leadership.

Sans rancune ?

L’an dernier sur le papier, le parcours correspondait davantage à Kristoff. La stratégie de l’équipe norvégienne prévoyait d’ailleurs que Boasson Hagen lui emmène le sprint. « Je pensais vraiment qu’il allait me lancer mais, malheureusement pour moi, il a attendu l’emballage final », regrettait alors le sprinteur de Katusha. Son énervement était légitime. Son désir de revanche l’est aussi. Sauf que cette fois à Bergen, le parcours semble taillé pour le polyvalent puncheur de Dimension Data. Kristoff le conçoit, même s’il n’a toujours pas digéré le final de Doha (« Nous ne sommes toujours pas d’accord sur ce qu’il s’est passé, mais ça va mieux depuis, on peut en reparler »). La raison contre la fougue, peut-être. « On évolue tous les deux dans un registre différent, ce qui nous permettra de nous entraider », apaise de son côté Boasson Hagen.

C’est plus ou moins ce qu’il s’est passé lors des derniers championnats d’Europe, à Herning. Boasson Hagen a tenté sa chance dans les derniers kilomètres, et n’a d’ailleurs été repris qu’après la flamme rouge. C’est alors que Kristoff a pu disputer et remporter le sprint. Les deux ont donc eu leur chance, il n’y avait rien à dire. Sauf qu’ils n’ont pas couru ensemble pour autant. C’était encore chacun son tour, et si cela a fonctionné au Danemark, tout sera plus difficile en Norvège, où la concurrence sera bien plus coriace. Pourtant, il ne faut sans doute pas espérer voir Boasson Hagen en poisson pilote de Kristoff. « Alexander doit oublier Edvald et choisir une autre roue dans le sprint, comme Sagan l’a toujours fait, et comme d’autres le feront si sprint il y a », analyse Thor Hushovd. Boasson Hagen, lui, ne se souciera probablement pas de son coéquipier s’il est embarqué dans une course de mouvement. Voir les deux hommes travailler main dans la main est donc toujours aussi difficile à imaginer.

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2 Commentaires sur "Essayer de s’entendre"

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Sporthinker
Sporthinker
Salut, Je pense au contraire que la tactique que les Norvégiens doivent adopter pour triompher à domicile… est de laisser leurs deux leaders se la jouer solo. En 2015, EBH n’a pas collaboré avec GVA, empêtré dans un statut hybride de « lieutenant de luxe », alors qu’une médaille lui tendait les bras. En 2016, il a mal emmené Kristoff, à tel point qu’ils ont plus eu l’air d’être rivaux que compatriotes, comme décrit dans l’article. Deux immenses occasions de breloques mondiales ont été sacrifiées sur l’autel d’une hiérarchie gravée dans le marbre. EBH, 2e en 2012, a montré qu’il avait les épaules pour monter sur le podium d’un championnat du monde et après une campagne de classique fantomatique il réalise une deuxième partie de saison énorme. Kristoff n’est pas en réussite depuis qu’il a gagné deux Monuments du cyclisme, en 2014 (MSR) et 2015 (le Ronde). Mais ce palmarès légitime ses ambitions. Les deux cartes sont bonnes à jouer ! Le futur sprinteur d’UAE-Team Emirates a réussi à se « servir » du fait de compter EBH dans la même équipe que lui une seule fois dans sa carrière… lors des derniers championnats d’Europe, en profitant de sa présence à l’avant plutôt qu’en… Lire la suite »
rolfsorensen
rolfsorensen

Difficile de se frayer une place au milieu des Gilbert, Sagan, Kwiatek, GVA (+ 2-3 autres Belges…), voire Gaviria, Trentin, Ulissi, Colbrelli, Matthews… La liste des sprinteurs plutôt puncheurs ou des puncheurs assez sprinteurs est longue et non-exhaustive (Alaphilippe, évidemment, etc.). La force des Norvégiens devra être le nombre puisqu’ils peuvent profiter de 9 hommes, et au lieu de tirer le peloton, ils feraient mieux d’en envoyer quelques-uns à l’avant pour épauler EBH lorsque la course se décantera.