Baden Cooke, à gauche, et Robbie McEwen, à droite, sont épaule contre épaule lors du dernier sprint du Tour 2003, sur les Champs-Elysées - Photo DR
Interview
2 juillet 2017

Cooke : « Sur le Tour, le sprint commence à dix kilomètres de l’arrivée »

Baden Cooke a remporté l’un des maillots verts les plus disputés de l’histoire, avec deux petits points d’avance sur son compatriote Robbie McEwen. L’histoire de quelques centimètres. Ceux qui séparèrent les deux Australiens au bout de la dernière ligne droite sur les Champs-Élysées en ce mois de juillet 2003. L’acmé d’une longue carrière auréolée d’un succès sur le Tour. Baden Cooke dévoile à la Chronique du Vélo comment il a mené bataille pour ce vert qu’il chérit tant et nous livre sa vision du sprint sur le Tour.

Vous avez remporté le classement par points en 2003, quel impact cela a-t-il eu sur votre vie ?

C’est mon meilleur souvenir en carrière. Imaginez-vous, remporter le maillot vert sur les Champs-Elysées, le porter sur le podium ensuite… C’était fou. Et puis, par la suite, le maillot vert a vraiment changé ma vie… À partir de ce jour là, que j’ai du succès ou non, les gens me connaissaient comme l’homme qui a remporté le maillot vert. J’ai gagné beaucoup d’autres belles courses dans ma carrière mais ce maillot a eu un impact bien plus fort sur ma vie.

La course au vert s’est jouée pour deux points cette année-là, vous avez livré une lutte acharnée avec Robbie McEwen à qui vous prenez le maillot dans la dernière ligne droite à Paris. Le sprint fut d’ailleurs musclé, non?

Ce sprint, je m’en rappelle comme si c’était hier, je me souviens de chaque instant. Naturellement l’épisode avec McEwen y tient une place particulière. Dans la dernière ligne droite, je fonçais tout droit vers la ligne, au centre de l’allée quand, dans les derniers mètres, McEwen est venu me percuter. En fait, il s’est déporté de deux mètres sur la fin pour me rentrer dedans. Et après la course, il a quand même protesté ! C’est incroyable car quand on revoit les images, c’est clair que c’est lui qui se déporte sur moi. C’est vraiment invraisemblable qu’il ait osé protester.

En 2003, Baden Cooke arrache le maillot vert lors de la dernière étape. Il monte sur le podium à côté d’Armstrong et Virenque

Marc Madiot avait-il eu des mots pour vous avant le départ de cette dernière étape ?

Il a été déterminant dans ma conquête du maillot vert. En 2003, sur la ligne de départ de la dernière étape, alors que c’était très tendu pour le maillot vert, il m’a juste dit : « je suis fier de toi, fier de ce que tu as déjà fait. Ne sois pas anxieux, le résultat ce soir n’importe pas. Vas-y, donne tout et essaie, mais défaite ou victoire, cela n’importe pas. » Ça m’a enlevé toute la pression que j’avais pu me mettre. Il fut vraiment d’une aide précieuse ce jour-là. Au delà de cette étape, c’est quelqu’un qui m’a appris beaucoup de choses utiles pour ma carrière.

Le maillot vert a changé ma vie. À partir de ce jour-là, que j’ai du succès ou non, les gens me connaissaient comme l’homme qui a remporté le maillot vert.

Baden Cooke

Plus tôt dans ce Tour 2003, vous avez remporté la deuxième étape, votre seule sur La Grande Boucle…

Cette deuxième étape, je la dois un peu à Bradley McGee. Il avait gagné le prologue et portait le maillot jaune, ça avait suscité une excitation exceptionnelle dans l’équipe à ce moment-là. On était tous de super bonne humeur avec le sourire aux lèvres, on était heureux. Moi encore plus puisque Bradley est l’un de mes amis les plus proches, hier encore, il a dormi à la maison, c’est vous dire ! La veille, j’avais fini cinquième lors de la première étape, donc j’étais dans le coup. Le jour de la deuxième étape, Bradley McGee a pris les choses en main et m’a emmené dans le sprint vers la victoire. Assez ironiquement, il m’avait prévenu que si Zabel gagnait l’étape, il lui perdrait le jaune, et il m’avait averti : « Tu dois gagner l’étape, comme ça je garde le maillot. » J’ai gagné l’étape et il est resté en jaune !

C’était l’âge d’or du cyclisme Australien, non ?

Oui, probablement. D’ailleurs, le jour où je gagne l’étape à Sedan, Bradley McGee est maillot jaune, Robbie McEwen est maillot vert et je suis maillot blanc ! L’Australie était sur tous les fronts (rires) !

Ce maillot vert, en rêviez-vous enfant?

Quand j’étais jeune, je rêvais plutôt du maillot jaune ! Je m’imaginais carrément pouvoir gagner le Tour de France ! Bien-sûr en vieillissant je me suis rendu compte que j’étais davantage constitué pour le sprint et j’ai réalisé que je n’avais pas les bonnes caractéristiques pour gagner le Tour. Donc j’ai travaillé pour devenir meilleur dans mon domaine, le sprint.

Qu’est ce qui différencie un sprint du Tour de France d’un autre sprint ?

Les sprints sur le Tour sont plus rapides et plus longs. Je dirais même que le sprint commence à dix kilomètres de l’arrivée. On est déjà à plein gaz à ce moment-là et ça va de plus en plus vite. Ça me convenait mieux d’ailleurs car je n’étais peut-être pas le plus rapide, mais je résistais plutôt bien sur la distance. Plus le sprint était dur, mieux c’était pour moi.

Aviez-vous plus de pression sur le Tour ?

Je laissais la pression de côté pendant le Tour. Je pense même que je ressentais plus de pression pendant de plus petites courses car le niveau était plus faible, je me devais donc de gagner. En plus, la vitesse n’était pas assez élevée sur les courses moins prestigieuses, donc j’étais moins compétitif.

Pourquoi le Baden Cooke de 2003 n’a-t-il jamais confirmé les espoirs suscités avec le gain du maillot vert?

L’année d’après j’ai quand même gagné dix courses. Les gens ont dit que c’était un échec car ce n’était pas à la hauteur de ce que j’avais fait sur le Tour. Mais beaucoup de coureurs aimeraient gagner dix fois dans l’année. Ensuite, c’est vrai que j’ai gagné de moins en moins mais je ne saurais pas dire pourquoi.

J’étais habitué à courir selon mon ressenti et mon instinct, alors que dans le cyclisme actuel, tout est chiffré.

Baden Cooke

Qu’est-ce qui a changé dans le sprint selon vous ?

Tout est beaucoup plus calculé aujourd’hui qu’à mon époque. J’étais habitué à courir selon mon ressenti et mon instinct, alors que dans le cyclisme actuel, tout est chiffré. Chacun regarde la data de très près. Même au niveau de l’entraînement ça a beaucoup changé. À l’époque, je n’avais pas de coach spécifique, j’avais l’habitude de m’entraîner seul, sur de longues distances. Ça n’est plus du tout le même type de préparation aujourd’hui.

Qui était votre adversaire le plus impressionnant?

C’était Petacchi. Il était trop rapide, il pouvait faire les 250 derniers mètres devant et s’imposer. L’année où je suis maillot vert, il tape quatre étapes. Il était tellement, tellement rapide…

Et aujourd’hui, qui craindriez-vous ?

J’admire beaucoup Marc Cavendish mais je suis un plus grand fan encore de Caleb Ewan, qui est la nouvelle tête de proue du sprint. J’aime son style et j’aime sa façon de penser la course. Il a un cerveau de sprinter, il calcule bien ses coups et il n’est jamais effrayé.

Y a-t-il une vie après le vélo?

J’ai d’abord été agent. Je voulais rester dans le monde du cyclisme et être un agent était quelque chose d’évident pour moi. J’ai apprécié ces quelques années à représenter de très bons coureurs. Maintenant, je suis dans l’industrie du vélo et ça se passe très bien. C’est très excitant pour moi d’être impliqué dans les processus de fabrication. C’est ma passion du moment.

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